Avec sa proposition de dépister les valeurs anticanadiennes de certains immigrants, la candidate à la direction du Parti conservateur Kellie Leitch menace de diviser son parti. Dans une formation qui tente d'élargir sa base et ses appuis, certains craignent qu'un projet du genre puisse avoir les mêmes impacts électoraux que ceux de la charte des valeurs sur le Parti québécois qui, à leurs yeux, explique la défaite retentissante de ce parti au printemps 2014.

Une analyse de Raphaël Bouvier-Auclair

Sans candidat-vedette, l'issue de la course à la direction du Parti conservateur demeure bien incertaine. Dans ce contexte, toutes les occasions sont bonnes pour attirer l'attention et, parfois, faire croître les appuis.

La députée ontarienne et ancienne ministre de la Condition féminine Kellie Leitch a choisi de miser sur l'immigration. Tout a commencé par une question dans un courriel. Dans un sondage envoyé à ses partisans, la candidate a demandé s'il fallait « dépister les valeurs anticanadiennes de potentiels immigrants ».

C'était au début du mois. Depuis, la proposition continue de s'imposer dans la course à la direction. La chef intérimaire Rona Ambrose, qui doit pourtant faire preuve de neutralité, s'est prononcée contre l'idée sur les ondes de CTV.

Dans les couloirs de l'hôtel où se déroule le caucus du Parti conservateur à Halifax, Kellie Leitch n'a pas raté une occasion de défendre son projet, et surtout d'en parler.

Il faut dire qu'elle a reçu de bonnes nouvelles au début du caucus. Un sondage mené par la firme Maintstreem montrait que la candidate était la favorite de 15 % des sympathisants conservateurs, seulement quatre points de pourcentage derrière Peter MacKay. La bonne nouvelle pour Mme Leitch : Peter MacKay, perçu comme un favori, a finalement annoncé qu'il renonçait à se lancer dans la course à la direction.

Débat sain ou source de malaise?

Quand on aborde cette proposition au caucus conservateur, les réponses sont semblables. « Une course à la direction, c'est justement l'occasion de débattre de questions comme l'immigration. »

Mais l'idée de Kellie Leitch est tout de même loin de plaire à tous. « Personnellement, je ne suis pas à l'aise avec ça », dit par exemple le député Gérard Deltell.

Même destin que la charte des valeurs?

Sans s'attaquer avec véhémence à la proposition de Kellie Leitch, Maxime Bernier, l'un de ses opposants dans la course à la direction, dresse un parallèle entre son projet et celui qui avait été défendu par l'ex-première ministre québécoise Pauline Marois lors de l'élection provinciale de 2014.

Son adversaire Michael Chong en rajoute. Aborder le dossier de l'immigration sous cet angle comporterait son lot de risques.

Surtout que les conservateurs doivent entre autres leur victoire de 2011 à une plus grande proximité avec les communautés culturelles.

Encore et toujours Trump

Bien sûr, la proposition de Kellie Leitch attire l'attention. Mais elle attire aussi les risques d'être associée au candidat républicain Donald Trump, qui a aussi proposé des examens pour les immigrants.

Les libéraux ont déjà ciblé cet angle d'attaque. Mardi, tant le ministre de l'Immmigration John McCallum que le premier ministre Trudeau s'en sont pris à la proposition de Kellie Leitch.

Dans le cas du premier ministre, fidèle à son habitude, il n'a pas nommé Donald Trump. Mais c'est tout comme. Il a parlé de politiciens qui exploitent l'anxiété de certaines personnes.

M. Trudeau a également évoqué les « conservateurs ces jours-ci qui semblent sombrer dans cette politique de division, de peur ». Pas Kellie Leitch, mais bien les conservateurs.

Il est là tout le danger de cette course à la direction. Que des enjeux soulevés de manière indépendante par des candidats viennent nourrir les attaques contre l'ensemble des conservateurs. Qu'elles viennent ternir une image que le parti tente de redorer après 10 ans de gouvernement Harper. 

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