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Une période de questions monopolisée par Justin Trudeau, vraiment pertinente?

Le premier ministre Justin Trudeau a lancé un ballon d'essai en se réservant une période de questions entière aux Communes cette semaine. Mais comment cet exercice peut-il se réconcilier avec sa promesse de « gouvernement par cabinet »?

Une analyse de Fannie Olivier

Le jour de l’assermentation de ses ministres, sous un surprenant soleil de novembre, Justin Trudeau a lancé plusieurs petites phrases qui ont marqué les esprits. Sa plus célèbre est certainement « parce qu’on est en 2015 », servie pour expliquer pourquoi il avait opté pour un cabinet paritaire.

Mais une autre formule percutante a été prononcée sur le parquet de la résidence officielle du gouverneur général. Devant ses ministres fraîchement assermentés disposés en rang d’oignon, prêts à se lancer dans la lecture frénétique de leur portefolio, Justin Trudeau a lancé : « government by cabinet is back ». C’est le retour du gouvernement par cabinet.

Traduction : le bureau du premier ministre n’aura plus les pouvoirs qu’il avait sous Stephen Harper. Je ferai confiance à mes ministres. Ce seront eux les experts dans leur champ de compétence.

Près d’un an et demi plus tard, Justin Trudeau a pris le plancher à la Chambre des communes et a répondu, pour la toute première fois, à absolument toutes les questions des députés de l’opposition, peu importe le sujet.

Mercredi, à la période de questions aux Communes, ce n’étaient plus les ministres, les experts. C’était Justin Trudeau.

Cet exercice s’inscrit dans un contexte de bras de fer avec l’opposition sur les règles qui régissent les Communes. Les libéraux souhaitent notamment réserver une période de questions entièrement au premier ministre, comme on le fait en Grande-Bretagne. Il s’agit-là d'ailleurs d’une promesse de leur plateforme électorale.

Mais les partis d’opposition craignent que cette période réservée devienne une excuse pour que le premier ministre ne se présente qu’une fois par semaine en Chambre. Ce serait-là un recul démocratique considérable, plaident-ils.

Traditionnellement, le premier ministre répond aux questions des chefs de parti, puis les ministres et secrétaires parlementaires prennent le relais, dans leur domaine respectif. Lors de l'exercice de mercredi, Justin Trudeau s’est levé 42 fois pour répondre à des sujets allant de l’attaque chimique en Syrie au dossier du bois d’œuvre, plutôt que de laisser le champ libre à ses ministres.

Au bureau de M. Trudeau, on confie être satisfait de cette performance. L'expérience pourrait être répétée.

L’opposition, elle, n’est pas convaincue. Les réponses de M. Trudeau étaient scriptées, souvent lues. Il n’a pas répondu d’une façon plus éclairante que le font normalement ses ministres.

Quelle est donc la pertinence de cet exercice?

Les libéraux affirment vouloir échanger sur les façons de moderniser le système parlementaire. L'objectif est louable, mais les moyens, plus discutables.

Ils ont soumis un document de réflexion proposant plusieurs réformes au comité de la procédure des Communes. Les députés conservateurs et néo-démocrates refusent de l'étudier sans avoir l'assurance que le gouvernement n'ira pas de l'avant sans l'appui de l'ensemble des partis. Les libéraux refusant, l'opposition s'est lancée dans l'obstruction parlementaire, communément appelée filibuster.

Toutes ces manoeuvres sont loin de favoriser la réflexion sage et posée que commande un dossier de cette nature.

En coulisses, on entend que certains députés libéraux seraient mal à l'aise avec l'actuelle façon de faire. Justin Trudeau pourrait avoir avantage à tendre l'oreille à ceux à qui il offrait toute sa confiance un an et demi plus tôt pour apaiser les tensions et créer un espace vraiment propice à l'échange.

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