Retour

Une vingtaine d’ex-députés du Bloc réclament le départ de Martine Ouellet

Martine Ouellet doit quitter ses fonctions de cheffe du Bloc québécois et le parti doit renouer avec son approche de promotion de l'indépendance par la défense des intérêts du Québec, soutiennent dans une lettre l'ex-chef Gilles Duceppe et son ancien leader parlementaire Pierre Paquette qu'ont aussi signée une vingtaine d'anciens députés.

Dans cette missive publiée dans les pages du Devoir, ces anciens élus bloquistes expliquent que le travail des députés du parti va au-delà de la simple promotion de l'indépendance - l'approche préconisée par Martine Ouellet.

De fait, on y écrit que « l’opposition entre "la promotion de l’indépendance" et "la défense des intérêts du Québec", dont plusieurs parlent actuellement, a quelque chose d’absurde. Les deux sont intimement liées ».

Pour les signataires de la lettre, ce débat, qui « ne date pas d'hier », n'a pas lieu d'être. En effet, ils estiment que si l'« incantation » souverainiste, qui consisterait à ne parler que d'indépendance, « permet de gagner des courses à la chefferie », la méthode révèle rapidement ses limites.

En empruntant plutôt la voie de la défense des intérêts du Québec, il est possible « de se coller le plus possible aux consensus qui existent au sein de notre nation ».

« Ensuite, et rien qu’ensuite, on peut faire valoir aux Québécois que le gouvernement fédéral n’est pas le leur, qu’il ne travaille pas toujours dans le sens de leurs intérêts », lit-on encore dans cette lettre.

Pour appuyer leurs dires, les anciens députés rappellent que l'appui à l'indépendance du Québec n'a été majoritaire, au sein de la population, qu'« à une seule reprise depuis le référendum de 1995 », soit lors du scandale des commandites, en 2004.

Moment inopportun

Aux yeux des signataires, la crise au sein du Bloc, dans le cadre de laquelle 7 des 10 députés ont infligé un important camouflet à la cheffe Martine Ouellet en claquant la porte du parti, mercredi, survient à un moment où le Québec est en position de faiblesse sur l'échiquier politique canadien­.

Les ex-bloquistes imputent cette faiblesse au gouvernement libéral de Philippe Couillard, qui « veut éviter tout conflit avec son grand frère canadien », ainsi qu'à Martine Ouellet, qui a « exacerbé » les conflits internes au Bloc, affaiblissant du même coup « le Québec en entier ».

Les signataires de la lettre le réitèrent : seul le Bloc peut défendre efficacement les intérêts du Québec, puisqu'ils n'ont pas à s'inquiéter de l'influence des différents groupes d'intérêt des autres provinces.

Mais pour assurer cette défense du Québec, plaident-ils, Martine Ouellet doit démissionner, puisqu'« elle divise les souverainistes au moment où ils ont besoin de s’unir ».

« Jeu risqué »

En entrevue à RDI Matin, Pierre Paquette, l'un des signataires de la lettre et ancien leader parlementaire, estime que les instances du Bloc québécois jouent à un « jeu risqué » si elles envisagent de retirer leur titre de bloquistes aux députés démissionnaires.

« Si jamais le Bureau national décidait d'expulser les sept députés, ceux-ci pourraient faire appel au Conseil général et, ultimement, au Congrès [du parti], et je pense que plus l'instance sera vaste, plus les députés auront de chances d'être entendus », a-t-il déclaré.

« Il y a un sérieux problème; le Bureau national doit regarder cela avec plus de hauteur que selon l'angle de la loyauté envers Mme Ouellet, parce que je pense que de partout est venue la constatation qu'elle fait partie du problème », a ajouté M. Paquette.

Ce dernier reconnaît que le leadership contesté de la cheffe du Bloc « n'est pas la seule raison des problèmes » du parti, mais que cet aspect est venu envenimer les choses au cours des derniers mois.

M. Paquette soutient par ailleurs qu'il a été « très facile » de réunir la vingtaine de signataires de la lettre publiée dans Le Devoir, et que ce nombre aurait augmenté « si nous avions eu plus de temps ».

« Le Bloc a fait son temps »

Pour un autre ancien pilier du Bloc, l'ex-chef et ex-député Michel Gauthier, le Bloc québécois n'aurait dû vivre que pendant les quelques années entre sa création, au début des années 1990, et le référendum de 1995.

M. Gauthier estime donc que la dernière crise en date au sein du parti souverainiste signale la fin de l'aventure bloquiste.

« Je pense qu'il faut que ça finisse; je pense que les énergies doivent être redirigées vers Québec » pour préparer la souveraineté avec le Parti québécois, a-t-il déclaré en entrevue sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première, à Saguenay.

Michel Gauthier a beau approuver l'idée d'une promotion de la souveraineté, il estime néanmoins que Martine Ouellet doit quitter son poste.

« Ça ne peut pas durer [...]; Martine Ouellet a malheureusement une mauvaise attitude, mais de l'extérieur, je regarde cela, et je me dis qu'on ne peut pas diriger une formation politique dans ces circonstances », ajoute l'ex-député.

Selon lui, soit Martine Ouellet va rapidement démissionner et céder sa place à quelqu'un d'autre, soit « on assiste à la fin du Bloc ».

Plusieurs conseils exécutifs se prononcent

Outre les anciens députés, le mouvement de fronde contre la cheffe du Bloc s'étend également aux responsables actuels, alors que les exécutifs bloquistes des circonscriptions de Berthier-Maskinongé et de Portneuf-Jacques-Cartier ont eux aussi réclamé le départ de Mme Ouellet.

Dans des communiqués transmis aux médias, les conseils exécutifs reprennent l'argument de la promotion de la souveraineté via la défense des intérêts du Québec, et soutiennent que « la situation actuelle est inacceptable ».

Dans Portneuf-Jacques Cartier, on appelle par ailleurs au retour des députés démissionnaires, une fois le départ de Martine Ouellet officialisé. On souhaite également une nouvelle course à la chefferie, « dont la date sera déterminée après l'annonce d'au moins deux candidatures ».

Silence des pro-Ouellet

Les trois députés bloquistes toujours fidèles à leur cheffe ne commenteront pas vendredi le contenu de la lettre des ex-bloquistes.

Les trois parlementaires ne se trouvaient pas à Ottawa, vendredi matin, pour participer à la période des questions à la Chambre des communes.

Plus d'articles