« Ça a brassé depuis quelques mois. » Au moins, le commissaire de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, est réaliste. Des documents confidentiels d'enquête se sont retrouvés à pleines pages dans les journaux. Les privilèges parlementaires ont été bousculés par l'arrestation du député Guy Ouellette. Le numéro 2 de l'unité a démissionné. Et le climat de travail a été dénoncé. « Ça a brassé » est, dans les circonstances, un euphémisme. La confiance est ébranlée. Mais qu'est-ce qu'on attend de l'UPAC?

Une analyse de Sébastien Bovetchef du bureau parlementaire à Québec

En entrant dans le quartier général de l’UPAC à Montréal, on a un peu l’impression d’entrer dans un bunker. Rien, de l’extérieur, ne vous dit que, derrière ces murs, l’escouade anticorruption traque les bandits à cravate.

Une fois les portes sécurisées passées, vous arrivez dans un espace à bureaux qui ressemble à n’importe quel autre au gouvernement. Il y a des cubicules, des guirlandes de Noël, les gens vous saluent avec un visage qui dit : « qu’est-ce qu’il fait là celui-là? »

Le bureau du patron est modeste. Quelques photos de famille, des médailles, une grande photo de la fontaine de Tourny et une autre beaucoup plus petite de Bono, le chanteur du groupe U2, prises par Robert Lafrenière, sont accrochées au mur.

L’homme est sympathique, facile d’approche. Il donne l’impression d’un grand-père gâteau, sans malice. Difficile de croire qu’il fait trembler les criminels. Et pourtant, son parcours est sans faille : agent à la Sûreté du Québec, chef du groupe d’intervention, chef du poste de Sainte-Julie, chef du service des unités d’urgence, directeur de la protection du territoire, directeur de la protection des personnalités, directeur des enquêtes criminelles, des échelons gravis, en veux-tu en v’là!

Pas facile son travail.

  • Il donne des entrevues, on l’accuse de jouer à la rock star, alors qu’on réclame aussi plus de transparence;
  • Il arrête une ancienne ministre le jour du budget. On l’accuse de sceller sa nomination à l’UPAC;
  • Il est obligé de se rendre jusqu’en Cour suprême pour obtenir accès à des documents, on lui reproche de se traîner les pieds;
  • Il veut mener ses enquêtes à l’abri des distractions, mais elles se retrouvent dans les journaux et des réputations sont entachées;
  • Si ces enquêtes ne débouchent pas sur des accusations, on dit qu’il protège du monde. Si elles mènent à des accusations, on lui reproche de détruire des réputations;
  • On mesure ses résultats au nombre d’arrestations et d’accusations plutôt qu’à la recherche de la vérité.

Objectivement, l’UPAC a commencé en lion. Rappelez-vous des condamnations de deux maires : Gilles Vaillancourt à Laval et Michael Applebaum à Montréal. Mais depuis, on a l’impression que l’UPAC avance comme une vieille auto avec des pneus « usés à la fesse » dans 30 centimètres de neige. D’accord, l’arrêt Jordan l’oblige à monter sa preuve au complet avant d’arrêter des suspects pour éviter des délais trop longs dans les procédures.

Mais le véritable problème de l’UPAC, ce sont les fuites de documents confidentiels. Ça, c’est la grosse tache à son dossier. La grande question est : pourquoi? Pourquoi ces fuites? Qui en est responsable? Une personne? Douze personnes? Des perquisitions ont été menées chez un employé et un ex-employé.

Les fuites venaient-elles uniquement de là? Elles ne viennent pas d’employés qui trouvent que les enquêtes sont bloquées, mais de gens qui veulent nuire aux enquêtes, qui ont intérêt à ce qu’elles dérapent, nous dit le commissaire. Qui? Quel intérêt? Mystère.

Comme citoyen, on veut vous croire M. Lafrenière, on est obligé de vous croire en fait. Mais on veut surtout que l’UPAC fonctionne. Ne nous décevez pas.

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