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Utilisation des blocs opératoires : guerre de chiffres entre la CAQ et le gouvernement

Chiffres à l'appui, la Coalition avenir Québec (CAQ) déplore la sous-utilisation des salles d'opération de la province, dénonçant notamment un taux moyen d'utilisation à peine supérieur à 50 %. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est rapidement monté au front pour dénoncer des données « tout à fait inexactes » et, selon lui, électoralistes.

Le porte-parole de la CAQ en matière de santé, François Paradis, a choisi de convoquer la presse lundi matin devant l'Hôpital de Saint-Jérôme, où 200 patients sont en attente d'une intervention chirurgicale depuis plus de six mois.

À l'heure actuelle, aucune région du Québec n'a pu atteindre l'objectif d'un taux d'utilisation de 75 % fixé par le Commissaire à la santé et au bien-être, a-t-il dénoncé.

En fait, le taux moyen d'utilisation des blocs opératoires au Québec ne dépasse pas 53 % durant les 29 heures par semaine où ils fonctionnent, a ajouté le député de Lévis, se basant d'ailleurs sur des données obtenues auprès du Commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois.

Selon les régions du Québec, le taux d'utilisation des blocs opératoires varie entre 29 % en Abitibi-Témiscamingue, et 65 % dans la région de la Capitale-Nationale, a précisé M. Paradis.

Le député caquiste a, en partie, imputé le problème au manque de ressources pour les médecins spécialistes, qui veulent effectuer ces interventions, mais qui n'ont pas accès aux blocs opératoires. Il n'a pas manqué de souligner que 20 000 Québécois sont dans l'attente d'une intervention depuis plus de six mois.

La CAQ a rappelé qu'en 2012, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lorsqu'il représentait la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMOQ), avait déjà sonné l'alarme et dénoncé le manque d'accès aux blocs opératoires.

Le parti de François Legault réclame du gouvernement libéral qu'il établisse des échéanciers et des objectifs clairs à atteindre.

« Le ministre devra s'asseoir, regarder ce qui se passe, où il faut investir, qu'est-ce que ça prend comme ressources, comment on peut faire en sorte de bonifier ces équipements-là qui sont là et qui existent », a suggéré M. Paradis. « Les faits sont sur la table, les faits sont maintenant connus, le ministre est obligé de réagir », a-t-il tranché.

Barrette dénonce la mise en avant de chiffres « faux » et « non vérifiés »

Qualifiant l'intervention du député caquiste de « déplorable », le principal intéressé a convoqué la presse à son tour pour remettre « les pendules à l'heure ».

« Je tiens à le dire d'emblée : l'utilisation des blocs opératoires au Québec n'est pas totale, mais elle n'est certainement pas à la hauteur qui a été véhiculée par M. Paradis », a lancé le ministre Barrette, accusant son adversaire d'utiliser une manoeuvre « déplorable ».

La CAQ a utilisé des chiffres « qui sont faux, non vérifiés et présentés d'une façon évidemment orientée pour [...] ameuter la population et gagner des points électoraux présentés dans un comté qui va bientôt être en élection partielle », a-t-il soutenu.

Les données avancées par la CAQ comptabilisent 61 salles qui « ne sont plus utilisées », par exemple en raison de leur vétusté. « Ce sont des salles de rangement », a-t-il illustré. Sur les 554 salles d'opération répertoriées, il y en a en fait 493 qui sont opérationnelles, a-t-il soutenu.

Le ministre a également invoqué les vacances estivales et la période des fêtes, pendant lesquelles la capacité opératoire est diminuée, ainsi que les différences régionales.

« Tout le monde comprendra, là, qu'à Sainte-Anne-des-Monts, le bloc opératoire ne fonctionne pas 10 heures par jour, 52 semaines par année, a-t-il poursuivi. En réalité, il fonctionne quelques heures par mois, mais nous avons choisi, collectivement, d'assurer à la population de toutes les régions une disponibilité chirurgicale à la semaine longue. Alors, on peut dire la même chose de Ville-Marie, on peut dire la même chose de Gaspé, de Chandler, de Matane. »

De plus, la CAQ a fondé ses calculs sur un « idéal » du Commissaire à la santé et au bien-être, « qui a choisi - et c'est son propre arbitre - d'utiliser une norme qui ne correspondait aucunement aux horaires de travail du Québec », a-t-il ajouté.

« Le pourcentage d'utilisation des salles d'opération qu'a rapporté M. Paradis est basé sur un nombre idéal d'heures d'opération utilisées, qui est de 10 heures par jour et de 4 heures le samedi. Or, ce sont des normes européennes qui ne sont pas utilisées au Québec, parce que nous n'avons pas, au Québec, des quarts de travail de 10 heures », a-t-il déclaré.

En appliquant une règle de huit heures par jour, « le taux d'utilisation des salles d'opération pour tout le territoire du Québec serait de 81 % », a plutôt soutenu M. Barrette.

La CAQ dénonce la disparition du Commissaire à la santé et au bien-être

François Paradis a par ailleurs profité de son point de presse pour dénoncer l'abolition du poste du Commissaire à la santé et au bien-être, sans lequel sa formation n'aurait pas pu obtenir les données sur les capacités opératoires des hôpitaux. « Le ministère nous avait répondu qu'il ne les avait pas », a-t-il affirmé.

Le gouvernement Couillard a choisi d'abolir cette fonction dans son dernier budget. Cet organisme, qui regroupe une douzaine de chercheurs, a pour mandat d'évaluer, en toute indépendance, l'efficacité et la pertinence des politiques et des programmes adoptés par le ministre de la Santé.

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