On prétendra sans doute le contraire, mais il y a beaucoup de gens dans la classe politique au Québec qui ont poussé un grand soupir de soulagement en voyant Gilles Vaillancourt plaider coupable à des accusations de corruption.

Pendant près d'un quart de siècle, Gilles Vaillancourt aura régné en maître absolu de son île de Laval. Et pour obtenir sinon ses faveurs ou, au moins, sa neutralité, les partis politiques au pouvoir à Québec étaient prêts à bien des choses.

On ne parle pas ici de corruption à proprement parler. Ce sont surtout des faveurs de nature plus politique ou bien fermer les yeux au bon moment. Et tous ceux qui ont exercé le pouvoir à Québec au cours des années Vaillancourt s’y seront prêtés à un moment ou un autre.

On l’oublie facilement aujourd’hui parce que c’est moins vrai qu’autrefois, mais pendant les décennies 1990 et 2000, le parti provincial qui gagnait une majorité de sièges à Laval avait toutes les chances de gagner le pouvoir.

Cela donnait à M. Vaillancourt un pouvoir considérable. Celui de placer sa ville au-dessus de certaines lois, par exemple. Ainsi, toutes les villes du Québec sont tenues d’avoir un schéma d’aménagement, un plan global d’urbanisme, qui doit être revu tous les cinq ans.

Le dernier schéma d’aménagement de Ville de Laval a été adopté en 1990, quelques mois après l’arrivée de M. Vaillancourt à la mairie. Il n’y en a pas eu d’autre avant 2015, après sa démission et l’arrivée au pouvoir de l’administration actuelle du maire Marc Demers.

Le schéma d’aménagement établit d’avance là où on pourra construire un quartier d’habitation, un centre commercial ou un parc industriel. S'il n'y en a pas, l’administration municipale peut faire pratiquement tout ce qu’elle veut, au goût et selon les demandes des promoteurs qui présenteront des projets.

Le pot de miel

Dans une rare entrevue, le mois dernier, le commissaire de la Commission Charbonneau, Renaud Lachance, déplorait que le mandat de la commission lui ait interdit d’enquêter sur le zonage. « Il était là, le pot de miel le plus intéressant sur la corruption municipale ».

Quand il n'y a pas de plan directeur d'urbanisme, chaque projet peut recevoir toutes les autorisations nécessaires en privé dans le bureau du maire. Si vous vous demandez comment le maire Vaillancourt avait pu amasser une telle fortune, vous avez la réponse. Il avait un accès presque illimité au pot de miel, parce que les garde-fous normaux ne s'appliquaient pas à lui.

Et tout cela a été possible parce qu'à Québec les gouvernements des deux partis ont choisi de ne pas faire appliquer la loi.

Le simple poids politique de Laval permettait aussi à son maire de plaider sa cause plus fort que les autres. Par exemple, lors de l'extension du métro à Laval. Le métro devait, selon le plan en vigueur à l'époque des élections de 1998, être prolongé en priorité vers l'est de Montréal. Après tout, les citoyens de Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies avaient payé pour le métro depuis sa construction ou presque. Pas ceux de Laval.

Même si l'extension du métro se justifiait, il reste que, élections obligent, on a préféré sauver des sièges à Laval plutôt que de construire vers le nord-est de l'île de Montréal. En bonne partie parce que ce que voulait le maire Vaillancourt pesait plus lourd.

Il y avait donc, à Laval, un cocktail explosif dont les ingrédients étaient la corruption, mais aussi un pouvoir politique indiscutable du maire. C'est pour cela qu'il faut souhaiter qu'il y ait au moins un procès de l'un des coaccusés du maire Vaillancourt.

Ne serait-ce qu'au plan pédagogique et pour éviter que les erreurs se reproduisent, il faut savoir comment fonctionnait le « système Vaillancourt » et comment on aurait pu l'arrêter avant qu'il ait pu fonctionner pendant un quart de siècle.

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