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Vente de Rona : la vérificatrice générale contredit le ministre Daoust

Un rapport de la vérificatrice générale du Québec vient contredire le ministre Jacques Daoust, qui a toujours affirmé ne pas avoir été mis au courant de la liquidation des actions de Rona que détenait Investissement Québec (IQ). Mais le ministre maintient sa version des faits.

À la lumière d'un procès-verbal d'Investissement Québec, Guylaine Leclerc conclut, dans un rapport sur la société d'État publié jeudi, que le ministre qui en avait la responsabilité - c'est-à-dire le ministre de l'Économie - a approuvé la transaction, ultimement autorisée par le conseil d'administration en décembre 2014. Elle ne le nomme pas, mais c'est Jacques Daoust qui a occupé ce poste de mai 2014 à fin janvier 2016.

« Étant donné que l'intervention financière a été effectuée à l'aide des capitaux propres d'IQ, la responsabilité de gérer le dossier par la suite lui incombait, notamment en ce qui concerne la décision de vendre les actions », écrit-elle dans le document, qui retrace les étapes de la participation financière de l'organisme public dans Rona.

Un porte-parole d'Investissement Québec a par ailleurs affirmé à Radio-Canada qu'il s'agissait d'un accord verbal.

Daoust persiste et signe

L'annonce de la vente de Rona au géant américain Lowe's, en février dernier, avait soulevé des questions sur l'action du gouvernement pour conserver un fleuron québécois et sur le rôle qu'il aurait pu jouer pour empêcher la transaction si IQ avait conservé ses titres.

Lorsqu'un journaliste avait demandé au ministre Daoust s'il était au courant de la vente des parts détenues par Investissement Québec, il avait alors répondu par la négative, plaidant l'indépendance de l'organisme public.

Interwiewé sur les ondes d'ICI RDI, le ministre Daoust a maintenu la version des faits qu'il avançait au printemps.

Le ministre Daoust précise qu'il ne remet pas en cause le travail de l'équipe de Guylaine Leclerc. 

« La vérificatrice générale ne fait pas d'erreur, elle vérifie les documents et rapporte ce qu'elle trouve, elle n'est pas mise en cause du tout dans ça, dit-il. La question, c'est est-ce que le procès-verbal est exact? »

« Pourquoi le procès-verbal est ainsi écrit? Est-ce que le secrétaire a interprété certaines des paroles? Est-ce que l'intervenant qui a dit ces paroles-là s'est exprimé correctement? », demande le ministre Daoust. « Je ne le sais pas, mais je peux vous assurer d'une chose : ce que j'ai dit en février est rigoureusement exact », répète-t-il.

Il insiste : il n'avait « aucun intérêt à dire le contraire de ce qui s'est produit ».

« Si on m'avait demandé mon opinion, je vous dis tout de suite que je n'aurais pas été très chaud à l'idée à me départir de cette position-là parce qu'on l'avait acquise pour protéger Rona d'une prise hostile, explique-t-il. Il aurait fallu qu'on me convainque que, financièrement, c'était une bonne transaction et qu'il n'y avait pas de tentative hostile prévisible dans un avenir rapproché. »

Il rappelle en outre que c'est sous sa présidence (de 2006 à 2013) qu'Investissement Québec a acheté des actions dans Rona afin de « la protéger ».

La balle est maintenant dans le camp de sa collègue Dominique Anglade, l'actuelle titulaire de l'Économie. « Elle sera en mesure, je présume, de faire la lumière sur cette situation. »

Le rapport de la vérificatrice générale précise qu'entre décembre 2014 et février 2015, IQ a liquidé les 10,1 millions d'actions de Rona qu'il détenait encore au montant de 13,59 $ l'action. En février 2013, la société possédait 12 millions d'actions.

Les libéraux ne sont toutefois pas les seuls à avoir été au pouvoir lorsque IQ s'est départi de blocs d'actions dans Rona. Selon des informations transmises à Radio-Canada par une porte-parole d'Investissement Québec en février dernier, la première transaction a été effectuée le 6 décembre 2013, lorsque le PQ était au pouvoir. IQ avait alors vendu 8 % de ses actions dans l'entreprise.

La CAQ réclame la tête du ministre

L'affaire a rebondi à l'Assemblée nationale, où le leader parlementaire de la CAQ, François Bonnardel, a réclamé la démission du ministre Daoust, aujourd'hui ministre des Transports.

« Est-ce qu'il a dit la vérité aux parlementaires, aux Québécois et aux journalistes, ou est-ce que la vérificatrice générale, elle, ment? » a demandé le député de Granby.

Le ministre Daoust avait alors dit réserver ses commentaires pour plus tard.

Mercredi, il a dû défendre son ministère, accusé par Annie Trudel, une vérificatrice embauchée par l'ex-titulaire Robert Poëti, d'avoir soumis des documents erronés à la Commission de l'administration publique de l'Assemblée nationale.

Le rapport de la vérificatrice générale a été déposé le même jour que celui sur l'aide financière accordée à Premier Tech par le gouvernement Charest.

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