Petit séisme politique en Alberta. Après s'être opposé à l'idée d'une fusion de la droite pendant des mois, le chef du Parti Wildrose ouvre la porte pour la première fois à une union. Serait-ce une façon de riposter à Rachel Notley et à ses victoires dans le dossier des pipelines?

Un texte de Laurence Martin

Brian Jean, le chef du parti le plus à droite à l’Assemblée législative de l’Alberta, a pris tout le monde par surprise jeudi soir.

Dans une vidéo diffusée sur Internet, il affirme qu’il a bien compris le message envoyé par ses membres : « Nous devons unir nos forces. »

Brian Jean tend ainsi la main à l’autre parti de droite, le Parti progressiste-conservateur, qui a gouverné l’Alberta pendant 43 ans et qui est sans chef permanent depuis 2015.

Mais pourquoi le chef du Wildrose, somme toute assez populaire dans les sondages, fait-il cette volte-face?

Rachel Notley et les oléoducs

La première ministre albertaine a beau avoir instauré en janvier une taxe sur le carbone qui fait des mécontents, elle a aussi remporté plusieurs victoires dans le domaine énergétique ces derniers mois.

L’exemple le plus frappant? L’approbation par Ottawa de l’expansion du pipeline Trans Mountain vers la Colombie-Britannique. Un projet qui était très cher à la chef néo-démocrate.

Pour justifier son feu vert, le premier ministre Justin Trudeau a vanté le leadership de Rachel Notley en matière de lutte contre les changements climatiques.

Le politologue à l’Université de l’Alberta Frédéric Boily croit que ces victoires affaiblissent inévitablement les deux autres partis de droite.

On note que Madame Notley a pas mal de succès. [...] Dans ce contexte-là, on voit que la droite est un peu à court de munitions.

Frédéric Boily, professeur en sciences politiques, Université de l'Alberta

L’idée d’unir les forces de droite pour faire front commun contre les néo-démocrates devient donc plus alléchante, selon lui.

Pas une union facile...

Brian Jean n’est pas le premier à parler d’union de la droite.

Depuis des mois, l’ancien ministre fédéral Jason Kenney, qui souhaite maintenant devenir chef des progressistes-conservateurs albertains, fait campagne sur cette « idée de fusion ».

Pour M. Kenney, cette union va de soi et pourrait être aussi bénéfique que celle sur la scène fédérale en 2003.

Le défi pour lui comme pour Brian Jean, c’est de rejoindre bien des militants du PC albertain qui ne se retrouvent pas dans les idées du Wildrose, et inversement.

Dans le passé, certains candidats du Wildrose ont tenu des propos très controversés, sur les personnes gaies entre autres. Rien pour attirer la sympathie des progressistes-conservateurs.

Et même sur le plan économique, Jeff Fafard, qui est membre du PC albertain, explique par exemple qu’il appuie des mesures plus centristes, comme la taxation sur le carbone. Il craint que Jason Kenney, avec la fusion, n’emmène le parti trop à droite.

Ne pas répéter les erreurs de Danielle Smith

Là où Brian Jean est habile, selon le politologue Frédéric Boily, c’est qu’il remet la décision à ses membres.

Ce sont eux qui vont décider si M. Jean doit démissionner de son poste pour se présenter à la tête d’un nouveau parti uni.

Une stratégie qui tranche avec celle de l’ancienne chef du Wildrose, Danielle Smith, qui s’était attiré une foule de critiques lorsqu’elle avait tout d’un coup rejoint les rangs progressistes-conservateurs en 2012.

Huit autres députés avaient aussi changé de camp.

Danielle Smith plaidait pour l’unification des forces conservatrices, mais sa façon de faire avait été perçue par beaucoup comme opportuniste.

[Brian Jean] ne veut surtout pas donner l’impression que c’est une décision qui vient d’en haut et qui s’impose aux membres.

Frédéric Boily, professeur en sciences politiques, Université de l'Alberta

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