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Vifs échanges entre libéraux et conservateurs sur la motion contre l'islamophobie

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau refuse d'élargir la motion visant à dénoncer l'islamophobie pour l'étendre aux autres religions, comme le suggèrent les conservateurs. Le gouvernement tient à l'utilisation du mot islamophobie dans le libellé de la motion afin de dénoncer un phénomène précis.

La ministre du Patrimoine, Mélany Joly, estime qu’il est important de nommer la communauté musulmane dans le libellé de la motion, puisque les crimes haineux contre les musulmans sont en hausse. « L’attaque de Québec, le 29 janvier dernier, était horrible et devrait nous motiver – tous autant que nous sommes – à dénoncer cette question », a-t-elle plaidé.

Le fait de choisir de ne pas en parler [de l'islamophobie] ne la chassera pas.

Mélanie Joly

La ministre Joly réagissait ainsi à la volonté du Parti conservateur de déposer une motion plus large qui condamnerait le climat de haine pouvant mener à des événements comme les récents actes de violence survenus à Québec, en plus de condamner toute forme de racisme et d’intolérance religieuse envers les musulmans, les juifs, les chrétiens, les hindous, les sikhs et les personnes d'autres confessions.

Mme Joly accuse les conservateurs d’éluder le problème et de tenter de se faire du capital politique sur le dos des communautés. « Les conservateurs ont proposé cette motion d’une façon cynique pour faire avancer leur cause politique sans souligner les vraies questions de l’islamophobie », a déploré Mme Joly au cours d’une conférence de presse à Ottawa.

[Les conservateurs] se cachent derrière un faux débat et ne reconnaissent pas les défis auxquels fait face la communauté musulmane.

Mélanie Joly

Mme Joly refuse également de remplacer le mot « islamophobie » par « haine des musulmans », comme le proposent certains, qui estiment que le premier terme peut porter à confusion. « L’islamophobie, c’est clair, c’est une discrimination contre les musulmans, a expliqué Mme Joly. C’est un terme qu’il ne faut pas avoir peur d’utiliser. »

Entourée d'une soixantaine de membres du caucus libéral, Mme Joly a annoncé que le gouvernement soutenait inconditionnellement la motion M-103, qui chargerait un comité parlementaire d'étudier le « racisme et [la] discrimination religieuse systémiques ».

L'instigatrice de la motion outrée et... insultée

La motion d’initiative parlementaire avait été déposée dans l’indifférence par la députée d’arrière-ban de la région torontoise Iqra Khalid en décembre dernier. Jeudi, la députée s'est dite outrée de l'attitude des conservateurs.

J’ai écrit 90 % de cette motion et je suis vraiment atterrée de voir que les conservateurs ont recours à des tactiques cyniques pour essayer de lancer un faux débat sur la définition d’islamophobie, plutôt que d’aborder le sujet de front et de faire front commun avec les parlementaires.

La députée libérale Iqra Khalid

Prenant la parole à la Chambre des communes, elle dit avoir reçu des milliers de courriels haineux, islamophobes, racistes et misogynes, mais d'autres étaient encourageants.

Elle en a cité quelques-uns, comme celui-ci : « Les vrais Canadiens vont se soulever et se débarrasser de ces [...] d’islamistes à Ottawa. Ils devraient retourner d’où ils viennent; nous allons brûler vos mosquées. »

Dans la foule de messages, Iqra Khalid, qualifiée de « très laide », est sommée de « retourner chez elle » et qualifiée de « marxiste culturelle » qui essaye de « ruiner le Canada ».

« Je vous [...] avec une scie à chaîne », lui a écrit une autre personne.

La députée a aussi lu quelques messages de soutien, dont celui-ci : « Nous sommes tous des immigrants. Il y en a qui, comme moi, sont arrivés il y a bon nombre d’années et nous sommes heureux de voir que nous avons un gouvernement qui comprend très bien en quoi consistent les vraies valeurs canadiennes. C'est ce dont nous avons besoin pour défendre nos citoyens, nos résidents permanents et nos réfugiés contre la discrimination religieuse. »

Le débat sur la motion s'est amorcé mercredi en début de soirée en Chambre, mais comme il s'agit d'une motion d'initiative parlementaire, le vote n'aura pas lieu avant quelques semaines, voire quelques mois.

Cacophonie

Les échanges, qui viraient parfois à la cacophonie, ont été acrimonieux en chambre pour une deuxième journée consécutive.

On retiendra notamment la prise de bec entre le député libéral de Louis-Saint-Laurent, Omar Alghabra, et le conservateur Gérard Deltell.

« Il [M. Deltell] est un invité régulier des émissions parlées de la radio de Québec. A-t-il réfléchi aux mots qu'il a employés ces dernières années? A-t-il accepté une part de responsabilité pour le type de rhétorique qu'on entendait là? », a lancé M. Alghabra.

M. Deltell, visiblement irrité, a rétorqué : « Le député est sur une glace très mince. Très, très mince. J'aimerais porter à son attention que jusqu'à présent, concernant l'individu qui est suspect, tout a été démontré qu'il n'avait strictement aucun lien avec les émissions de radio dont il parle. »

Exacerbée par la tournure des discussions, la chef du Parti vert, Elizabeth May, s'est levée pour déplorer un débat « lamentable ».

On assiste à un non-débat, alors que nous devrions unir nos voix dans cette Chambre contre la haine; nous devrions dire clairement à la communauté musulmane : ‘’Vous êtes protégés dans ce pays.''

La chef du Parti vert, Elizabeth May

La néo-démocrate Jenny Kwan a également trouvé « tellement décourageant de constater la façon dont le débat se déroule ».

La députée britanno-colombienne a exhorté les libéraux et les conservateurs à s'unir pour « trouver une solution afin que [les députés] parlent d'une seule voix, d'une voix forte, pour dire que la discrimination et la haine » ne sont « pas tolérées » au Canada.

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