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Violences faites aux femmes : le sujet oublié de la campagne électorale

Avec le mouvement #MoiAussi, l'affaire Rozon et Salvail, le nombre de dénonciations d'agressions sexuelles a explosé dans la dernière année. Les organismes d'aide en Ontario se disent débordés et lancent un cri du coeur afin d'obtenir plus de ressources de la part des gouvernements. Ils sont inquiets de constater que le sujet n'a jamais été abordé lors de la campagne électorale.

Gestionnaire au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) francophone d'Ottawa, Josée Guindon a vu une hausse des appels de femmes souhaitant dénoncer des agressions sexuelles.

« Je pense qu'on va toucher les 300 demandes d'informations et de soutien par année », estime-t-elle.

Alors que l'affaire Jian Ghomeshi - l'ex-animateur de l'émission culturelle Q à la radio de CBC qui a été accusé d'agressions sexuelles, puis acquitté en 2016 - a fait beaucoup de remous du côté des anglophones, ce n'est qu'avec le mouvement #MoiAussi, l'affaire Rozon et Salvail que les dénonciations de femmes ont pris de l'ampleur, selon Mme Guindon.

« Je pense qu'on a eu 34 appels en 2 jours de femmes qui disaient : "Ok, moi j'ai le goût de dénoncer et de dévoiler que j'ai été agressée sexuellement et j'ai besoin d'aide" », poursuit la gestionnaire.

Mme Guindon aimerait pouvoir répondre à toutes les demandes, mais pour cela elle juge que trois intervenantes devraient être embauchées à temps plein, ce qui représente environ 175 000 dollars par année.

Pour autant, elle regrette que le soutien financier n'ait pas suivi, et ce malgré l'annonce du gouvernement ontarien en mars dernier de hausser de 242 millions de dollars sur trois ans l'enveloppe destinée aux différents programmes de lutte contre la violence dite sexiste et aux programmes d'aide aux victimes de cette violence. Mais, quelques jours après l'annonce de Queen's Park, les organismes ont appris qu'il y avait eu une erreur et que la hausse de 35 % ne serait finalement que de 18 %.

Candidate libérale dans Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers a reconnu que les montants prévus mettent du temps à être versés.

« Il y a toute une enveloppe qui a été mise de l'avant dans le budget et elle n'a pas encore été allouée », explique la candidate.

« Alors moi, je vais certainement m'assurer que les organismes francophones ont leur juste part », promet-elle. « Il y a plus de 35 millions qui doivent être distribués. »

Outre le manque de financement, c'est l'absence de promesses sur ce sujet pendant la campagne que désapprouvent les militantes et organismes communautaires.

Pour sa part, Julie Lalonde, militante pour le droit des femmes et impliquée dans plusieurs organismes, regrette le fait que la violence faite aux femmes n'ait pas été une priorité pendant la campagne.

« Je n'ai rien entendu cette année durant la campagne au sujet de la violence faite aux femmes en général, même quand il s'agit de donner des détails sur du financement ou du soutien. Je trouve ça étonnant dans le contexte du #MeToo », commente-t-elle.

Sur leurs plateformes respectives, seuls le Parti libéral de l'Ontario et le Nouveau Parti démocratique de l'Ontario proposent quelques pistes et promesses pour lutter contre la violence faite aux femmes. Le Parti progressiste-conservateur de l'Ontario n'en fait pas mention.

« Le Parti libéral de l’Ontario s’est engagé à assurer la sécurité, l’égalité et l’autonomisation des femmes dans la province et nous allons continuer à améliorer les programmes et services pour protéger les femmes de la violence et du harcèlement, protéger les choix qui s’offrent à elles en matière de santé génésique et appuyer les familles », peut-on lire sur le site internet des libéraux.

Quant au NPD, la candidate Andrea Horwath promet notamment d'affecter « une partie des 65 000 logements abordables dont nous planifions la construction aux femmes et à leurs familles cherchant à échapper à la violence » et de promouvoir des formations dans le milieu de l'éducation pour prévenir ces violences.

Avec les informations d'Audrey Roy et de Guillaume Dumont

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