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Vives réactions à l'abandon par Trudeau de la réforme du mode de scrutin

Les partis d'opposition ont réagi avec véhémence à la suite de l'abandon, par le gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau, de la réforme du mode de scrutin électoral, l'accusant de trahison, de cynisme et de manque de respect à l'égard des électeurs.

La ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, a annoncé que la réforme ne se concrétisera pas. « Il est devenu évident que nous n’avons pas pu dégager le vaste consensus nécessaire pour effectuer un changement de cette ampleur », a-t-elle expliqué en conférence de presse, mercredi à Ottawa.

La réforme du mode de scrutin était une des promesses libérales lors des élections générales d’octobre 2015. Sur la plateforme électorale du parti, on pouvait lire : « nous sommes déterminés à faire en sorte que l’élection de 2015 soit la dernière élection fédérale organisée selon un scrutin uninominal à un tour ».

Le premier ministre Justin Trudeau s’était engagé à présenter un projet de loi sur la réforme électorale dans les 18 mois qui suivraient son élection.

Peu avant que Karina Gould n'effectue son annonce, La Presse canadienne avait révélé que le premier ministre avait retiré à la ministre des Institutions démocratiques le mandat de modifier le système actuel, qu'il avait confié à sa prédécesseure, Maryam Monsef.

Dans sa lettre à Karina Gould, Justin Trudeau précise en toutes lettres que « la modification du système électoral ne fera pas partie de son mandat ».

Les députés de tous les partis ont critiqué l’abandon de cette promesse électorale. Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a ridiculisé le motif invoqué par le gouvernement libéral, soit l'absence de consensus.

Le consensus généralisé des experts et des citoyens qui ont participé à nos travaux est clair : les gens veulent un système où chaque vote compte. Les citoyens sont favorables à un système [électoral] proportionnel. Dire qu’il n’y a pas de consensus est un mensonge.

Alexandre Boulerice, député néo-démocrate de la circonscription Rosemont–La Petite-Patrie

« À partir du moment où les libéraux gagnent avec 39 % du vote, qu'ils obtiennent 55 % des sièges et 100 % du pouvoir, ils ne voient plus la nécessité de changer un système électoral qui les a avantagés. M. Trudeau manque de respect envers les gens, mine la confiance à l’égard de nos institutions et rehausse le cynisme en politique », a ajouté Alexandre Boulerice.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a affirmé que les « Canadiens devraient y penser deux fois avant de croire ce que Justin Trudeau leur dit ».

Une décision qui aura des conséquences

La chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, croit que la décision des libéraux fédéraux d’abandonner cet engagement électoral pourrait avoir d’importantes conséquences.

« J’ai bien peur que cette trahison touche le cœur des Canadiens bien plus que ne le croit M. Trudeau, particulièrement chez les jeunes électeurs », a-t-elle dit en point de presse en faisant référence aux politiciens qui ont mené des révoltes populistes dans d’autres pays.

« Nous vivons une période dangereuse politiquement. Tout politicien qui comprend les enjeux ne doit rien faire pour nourrir le cynisme. Le cynisme a déjà assez de se nourrir de lui-même. On travaille pour nourrir l’espoir et la croyance, et quand vous brisez l’espoir, vous détruisez tout ce que vous avez semé », a dit Mme May, qui siégeait au comité spécial de la Chambre des communes sur la réforme démocratique.

Politiciens c. population

En entrevue à Patrice Roy en direct, le leader parlementaire du Bloc québécois, Luc Thériault, a affirmé que la décision du gouvernement Trudeau prouve « qu’il ne faut jamais laisser ce débat entre les mains des politiciens ».

Le député de la circonscription de Montcalm appuyait l’idée de tenir un référendum sur une réforme du mode de scrutin, parce que cette démarche « impliquait qu’on laisse entre les mains de la population l’opportunité de trancher [la question] ».

Nathan Cullen, député néo-démocrate et porte-parole en matière de réforme démocratique, a déclaré être en colère pour les millions de Canadiens qui ont voté pour le Parti libéral du Canada aux dernières élections fédérales.

Ce premier ministre a dit qu’il serait différent, mais a prouvé qu’il était exactement le même que celui qu’il a remplacé.

Nathan Cullen, porte-parole néo-démocrate en matière de réforme démocratique

Une proposition de scrutin proportionnel

En décembre dernier, un comité spécial multipartite de la Chambre des communes avait recommandé au gouvernement d'opter pour un mode de représentation proportionnelle et de tenir un référendum national sur cette option.

La ministre Monsef avait réagi en se moquant ouvertement du travail de ces députés de tous les partis à la Chambre des communes. Le gouvernement Trudeau avait ensuite lancé en ligne son propre sondage sur la question, sur le site « MaDémocratie.ca ».

Dans sa lettre de mandat à la ministre Gould, le premier ministre reconnaît que les travaux du comité et les diverses consultations n'ont pas permis de dégager un consensus sur un mode de scrutin en particulier, et qu'il « ne serait pas dans l'intérêt du Canada » de tenir un référendum sans « préférence ou question claire ».

M. Trudeau a plutôt demandé à la ministre Gould de concentrer ses efforts à la lutte contre le piratage informatique du processus électoral, à la transparence du financement des partis politiques et à la réforme du Sénat, notamment.

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