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« Vivre-ensemble » : le ton, les mots et la politique

Après l'attentat aussi meurtrier qu'insensé de la grande mosquée de Québec, nos politiciens ont tous été à la hauteur. Les appels à la solidarité, à l'inclusion et à la modération dans le discours se sont multipliés. La condamnation de l'intolérance a été unanime. Près de trois semaines plus tard, que reste-t-il de ces bonnes intentions? Regard sur le naturel qui menace de revenir au galop.

Une analyse de Sébastien Bovet

Dans les heures qui ont suivi l’attentat de Québec, le premier ministre Philippe Couillard nous mettait en garde : « Les mots sont importants. » Le chef du gouvernement a montré l’exemple en utilisant les bons mots et en appelant à la tolérance et à l’ouverture. Il ajoutait qu’il y avait « un avant et un après l’attentat ». Mais aujourd’hui, il se retrouve parmi ceux qui chatouillent les limites de la modération dans le discours politique.

À l’Assemblée nationale, il a dit : « […] je ne voudrais pas revenir sur les événements malheureux dont ce parti [le Parti québécois] a été l'auteur, qui ont mené effectivement à une augmentation… »

Le premier ministre a été interrompu dans son élan par le président de l’Assemblée nationale, qui l’a mis en garde contre les propos blessants. S’il avait pu, il aurait ajouté quoi? « Intolérance »? « Division »? « Discrimination »?

Ce n’est que quelques heures plus tard, en répondant à une question d’un journaliste, qu’il a précisé sa pensée. Il ne voulait pas faire de lien entre la charte des valeurs et l’attentat de Québec, dit-il. Il voulait faire un lien entre la charte et les tensions qui ont suivi avec la communauté musulmane.

En impromptu de presse, il a dit : « Nous sommes totalement opposés à la discrimination vestimentaire et on voit le genre de dérive que ça a pu causer. » De quelle dérive s’agit-il? Mystère. Mais il tient à ce mot, parce qu’il a parlé plus tard de « dérives néfastes ».

Le ton était calme, mais les mots et leur signification semblaient tout droit sortis de « l’avant-attentat ».

Un projet de loi sorti de nulle part

Sur le fond, le gouvernement a décidé de prioriser un projet de loi sur l’intégration des immigrants au marché du travail. C’est légitime, personne ne niera que l’intégration passe par l’emploi. Le problème, ici, c’est qu’à la base le projet de loi 98 ne parle pas d’immigration. Il porte sur la gouvernance des ordres professionnels et il concerne le commissaire aux plaintes pour la reconnaissance des compétences. Cette prise de conscience sur l’intégration semble subite.

La démarche relègue ainsi le projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État (PL 62) à un débat ultérieur. Ce projet de loi devait être adopté d’ici juin, selon la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.

Son collègue Jean-Marc Fournier dit maintenant que ce sera d’ici la fin de l’année. Leur patron, Philippe Couillard, laisse planer la fin du mandat (en octobre 2018) comme échéance.

Tant Philippe Couillard que Jean-Marc Fournier affirment par ailleurs que le gouvernement ne laissera pas un « désert législatif » sur la question des accommodements raisonnables. Un aveu peut-être involontaire que, depuis Bouchard-Taylor, nous traversons ce désert à la recherche d’une oasis...

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