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Winnipeg : nombre record de conseillers municipaux qui apprennent le français

Le français a le vent en poupe au conseil municipal de Winnipeg. L'an dernier, trois conseillers et le maire suivaient des cours de français, du jamais vu depuis près de 10 ans. Dorénavant, près de la moitié du conseil municipal est en mesure de comprendre ou de parler le français.

Un texte de Thibault Jourdan

Entre 2009 et 2016, aucun élu de la Ville de Winnipeg n’a suivi de cours de français, indique un porte-parole de la mairie. Mais en 2017, les conseillers Jenny Gerbasi, Mike Pagtakhan, Scott Gillingham et le maire Brian Bowman se sont lancés dans l’apprentissage de la deuxième langue officielle du pays.

Ils s’ajoutent ainsi à Mathieu Allard, à Brian Mayes et à Jason Schreyer, conseillers qui parlent déjà français. Au total, 7 des 16 membres du conseil municipal sont capables de parler ou de comprendre, à des niveaux divers, le français.

À raison de quelques heures de cours par semaine, coincées dans leurs emplois du temps chargés, ils n’ont cependant pas encore le niveau ni la confiance en soi pour faire des entrevues en français avec les médias.

Jenny Gerbasi est la vétérane parmi ces nouveaux étudiants. La conseillère de Fort Rouge-East Fort Garry suit des cours depuis « quatre ou cinq ans » parce qu’elle avait comme objectif de devenir présidente de la Fédération canadienne des municipalités, une organisation bilingue, poste pour lequel elle a été élue en 2017. « Je constate cependant que, depuis qu’on a le service de traduction à la mairie, cela a accru la sensibilisation au français, et les conseillers veulent le comprendre », dit-elle.

L’influence de Mathieu Allard, de Brian Mayes et de Jason Schreyer

C’est le cas, par exemple, du conseiller de Point Douglas, Mike Pagtakhan. Ce natif des Philippines comprend le tagalog et avait commencé à apprendre le portugais. L’intérêt pour le français lui est venu en partie lors des réunions du conseil municipal. « Au cours de ce mandat, Mathieu Allard et Brian Mayes parlent français parfois et nous avons aussi le traducteur… Tout cela m’a amené à penser que ça pourrait être bien d’apprendre la deuxième langue officielle du pays », explique-t-il.

Même chose pour Scott Gillingham qui a, dans son quartier électoral de St-James, de nombreuses familles de militaires francophones travaillant à la base de la 17e Escadre. « Les conseillers Allard, Mayes et Schreyer, qui parlent tous français, m’ont en quelque sorte inspiré », dit-il.

Mathieu Allard est le conseiller de Saint-Boniface, un quartier associé au fait français à Winnipeg, tout comme celui de Saint-Vital, que représente Brian Mayes. On trouve aussi des francophones dans Elmwood East Kildonan, que représente Jason Schreyer.

De gros efforts au cours de ce mandat

De l’avis même de Jenny Gerbasi, qui siège à la mairie depuis 19 ans, des efforts ont été faits au cours des dernières années pour appuyer le français. « Certains conseillers ont utilisé un peu plus fréquemment le français, et je pense qu’il y a une sensibilisation croissante des conseillers vis-à-vis du français et de la nature bilingue de notre ville », explique-t-elle.

Le maire lui-même s’est lancé dans l’aventure de l’apprentissage du français l’été dernier. Si tous ses autres collègues suivent des cours à l’Alliance française du Manitoba, Brian Bowman a fait le choix d’aller à l’Université de Saint-Boniface, pour des raisons pratiques.

« J’ai décidé de suivre des cours parce qu’on a une grande communauté francophone à Winnipeg et j’essaie de faire des efforts pour mieux communiquer avec les habitants que je [représente] », dit-il entre deux conjugaisons de verbes du premier groupe.

Brian Bowman, dont la famille paternelle parle français, se défend cependant de toute visée électoraliste, même si 2018 est une année d’élection à la Ville de Winnipeg. « J’ai commencé à suivre des cours l’an dernier parce que je voulais être en mesure de proclamer la reconnaissance du territoire traditionnel en français pour les Jeux du Canada. Rien de plus, pour être honnête », affirme-t-il.

Nicole Young ravie

La directrice des services en langue française de la Ville, Nicole Young, est ravie de cette situation et des efforts des élus : « C’est formidable que des conseillers suivent des cours de français, s’enthousiasme-t-elle. Le maire appuie vraiment les services en français à la Ville. »

Nicole Young a peu de contacts avec les élus, mais elle leur est tout de même venue en aide. « Le maire, Mike Pagtakhan et Scott Gillingham m’ont approchée. Ils ne savaient juste pas comment s’y prendre », explique-t-elle.

Son rôle principal est, cependant, d’appuyer l’administration de la ville. Sous sa houlette, plus de 26 fonctionnaires ont suivi des cours de français l’an dernier. « Ma porte sera toujours ouverte si je peux appuyer les élus », assure-t-elle.

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