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Woodcock, le stratège qui ne lisait pas ses courriels jusqu'au bout...

L'ex-directeur de la gestion des enjeux au sein du cabinet de Stephen Harper, Chris Woodcock, a témoigné lundi dans le cadre du procès du sénateur déchu Mike Duffy sur le scandale des dépenses au Sénat. Son nom est abondamment cité dans les courriels déposés en preuve.

M. Woodcock a affirmé à la barre des témoins qu'il n'était pas au courant que Nigel Wright, l'ex- chef de cabinet du premier ministre, avait émis un chèque personnel pour rembourser les allocations de dépenses perçues par Mike Duffy.

Chris Woodcock dit avoir appris la nouvelle le 14 ou le 15 mai 2013, à la suite d'un reportage du réseau anglophone CTV. Or, les courriels présentés en cour révèlent que Nigel Wright l'avait avisé de la situation dès mars 2013.

L'ex-directeur de la gestion des enjeux soutient toutefois ne pas avoir remarqué la portion du courriel qui parlait du remboursement des allocations avant la fin du mois de juin 2013. Il affirme avoir été surpris lorsqu'il a finalement remarqué cette information.

Une version mise en doute par la défense

En contre-interrogatoire, l'avocat de Mike Duffy a sérieusement mis en doute la version du témoin.

Donald Bayne a longuement questionné Chris Woodcock, tentant de comprendre comment ce dernier aurait pu manquer pareil élément d'information, en pleine crise. « C'est votre patron qui vous écrit! » a-t-il lancé au témoin.

Ce dernier a maintenu sa version. Il croit que la ligne en question s'est simplement retrouvée à l'extérieur de l'écran de son téléphone intelligent et qu'il n'a pas été au bout du courriel, puisque l'information qu'il attendait était au début de la note.

« Si j'avais vu cette ligne à l'époque, a dit Chris Woodcock, ça m'aurait vraiment aidé à mieux faire mon travail par la suite. »

L'avocat de Mike Duffy a comparé le cas du témoin à celui de Ray Novak, l'actuel chef de cabinet du premier ministre, qui a indiqué n'avoir jamais ouvert le courriel que lui a envoyé son ancien patron, Nigel Wright, pour lui dire qu'il allait payer pour le sénateur Duffy.

Un rôle de stratège en communication

Chris Woodcock était en poste en 2013, soit une période durant laquelle une partie des faits reprochés à l'ex-sénateur Duffy se sont produits. Son rôle consistait à identifier les nouvelles diffusées par les médias qui pouvaient être potentiellement nuisibles au Parti conservateur.

Son expertise était aussi sollicitée lorsque des crises surgissaient au sein du gouvernement conservateur. C'est d'ailleurs ce qui l'a amené à intervenir dans le dossier du scandale des dépenses des sénateurs.

Il a expliqué qu'il avait communiqué avec les sénateurs empêtrés dans l'affaire afin éviter toute sortie médiatique impromptue de leur part.

Il a indiqué que Mike Duffy considérait que toute l'affaire ne représentait qu'une « chasse aux sorcières ». M. Duffy se croyait victime de l'acharnement d'un journaliste qui avait écrit plusieurs histoires à son sujet par le passé.

M. Woodcock a affirmé avoir participé à la rédaction de communiqués et de « lignes de presse » de manière étroite avec Mike Duffy.

Le procès doit se poursuivre cette semaine à Ottawa. Il sera toutefois ajourné à la fin de la semaine, et ce, jusqu'à la fin de l'automne. Les audiences devraient normalement reprendre vers la troisième semaine du mois de novembre et se poursuivre jusqu'en décembre.

Le procès, qui avait commencé au printemps dernier, se prolongera donc au-delà du scrutin fédéral, prévu le 19 octobre prochain.

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