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25 ans de Tu m'aimes-tu : Richard Desjardins revient sur le lancement à Rouyn-Noranda

En octobre 1990, Richard Desjardins lançait au Cabaret de la dernière chance de Rouyn-Noranda son deuxième album solo, Tu m'aimes-tu. Bien que la carrière de l'auteur-compositeur-interprète avait déjà le vent dans les voiles, Tu m'aimes-tu a été la rencontre de Desjardins avec le grand public et avec le succès. Sans le savoir, le public de la région assistait en primeur au lancement de l'album qui est peut-être le plus important de l'histoire de l'Abitibi-Témiscamingue ainsi que l'une des œuvres majeures de la décennie 90 au Québec.

Un article de Félix B. Desfossés

Lancement abitibien

Rouyn-Noranda et l'Abitibi-Témiscamingue ont été le berceau de la carrière de Richard Desjardins. Avec son groupe Abbittibbi, alors qu'il habitait toujours dans la région, il a composé certaines de ses chansons les plus connues, dont Les Fros, Y va toujours y avoir et Un beau grand slow.

Au moment de faire paraître son premier album solo, Les derniers humains, en 1988, le public de la région était au toujours au rendez-vous. Ses amis et fans d'Abitibi-Témiscamingue, mais aussi d'ailleurs au Québec, l'ont aidé à financer la production de ce premier album.

Le chanteur explique que le financement s'est fait « avec l'aide des souscripteurs. Je vendais l'album 10 $ avant. Je prenais tous les noms, toutes les adresses. Pour l'album Les derniers humains, il y a eu 400 personnes. Moi je leur promettais que je leur amènerais leur copie à leur porte s'il le fallait. Je l'ai tout fait. Je me rappelle, avec mon vélo, j'ai déposé les dernières copies de l'album à Montréal. »

Richard Desjardins a aussi procédé par sociofinancement pour trouver les fonds qui allaient lui permettre de produire la suite, Tu m'aimes-tu.

Une fois l'album terminé, l'artiste est d'abord passé à Rouyn-Noranda, en primeur, le 9 octobre 1990, pour le lancer. Son lancement montréalais allait être effectué le lundi 15 octobre suivant au Café Campus, à Montréal.

Du lancement rouynorandien, M. Desjardins n'a que peu de souvenirs.

Desjardins et Ferré

Fait inusité, quelques jours avant le lancement de Tu m'aimes-tu à Rouyn-Noranda, soit le 2 octobre, un géant de l'histoire de la chanson française était venu donner un concert au Théâtre du cuivre. Léo Ferré était en effet venu chanter en Abitibi!

Saisissant l'occasion, Richard Desjardins a demandé à Jacques Matte, directeur du Théâtre du cuivre, de remettre une copie de son album Les derniers humains (Tu m'aimes-tu n'ayant pas encore été lancé) à Ferré. C'est finalement Mario Melançon de Rouyn-Noranda, chauffeur désigné pour aller cueillir Ferré à Montréal, qui a remis une copie du disque ainsi qu'une lettre de Desjardins, à Léo Ferré.

Un rendez-vous avec Ferré

Par contre, trois ans plus tard, M. Desjardins est arrivé à obtenir un rendez-vous avec Ferré. Et ce dernier avait écouté son album.

« J'avais une amie Suisse qui se trouvait à être mairesse d'une petite ville, Saint-Cergue, dans les montagnes. C'était une grande amie de Ferré. [...] On avait un rendez-vous bien précis, chez elle, à l'automne '93. Je lui avais envoyé Les derniers humains. [...] Il avait bien aimé ça, il avait bien apprécié ça. Alors il a dit : "Je veux voir ce mec!" On avait rendez-vous, puis il est mort à l'été, le 14 juillet '93 », se souvient l'Abitibien.

Ce fut donc un autre rendez-vous manqué pour Desjardins et Ferré, un de ses idoles, dit-il. « Je le considère ce gars-là, toute littérature confondue, littérature musicale, toutes langues - je ne connais pas toutes les langues du monde, mais je suis capable de lire le portugais, l'italien, l'espagnol, l'anglais, le français - mais je n'en connaissais pas d'aussi puissant. Alors pour moi, je rencontrais mon idole, si on peut dire », se rappelle Richard Desjardins.

Comme Ferré, Desjardins est un poète passionné et socialement engagé. Les parallèles à faire entre les deux son nombreux. Mais Richard Desjardins cite aussi toute une variété d'influences littéraires, dont la poésie sud-américaine, le mouvement surréaliste de la littérature française « et aussi, mélangez tout ça à l'humour abitibien! », lance-t-il en riant.

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