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30 ans de l'OSR : une oeuvre d'André Mathieu revivra grâce à Alain Lefèvre et Jacques Marchand

L'Orchestre symphonique régional (OSR) de l'Abitibi-Témiscamingue fêtera cette année son 30e anniversaire. Pour l'occasion, Jacques Marchand, directeur artistique et chef d'orchestre, promet une série de concerts grandioses qui se conclura avec nul autre qu'Alain Lefèvre comme invité d'honneur. Il interprétera le célèbre Concerto de Québec d'André Mathieu, revu, corrigé et orchestré par M. Marchand.

Un texte de Félix B. Desfossés

30 ans de concerts classiques

Né à Rouyn-Noranda, Jacques Marchand a longtemps travaillé hors de la région. Pianiste et directeur musical pour Pauline Julien et Renée Claude durant plus d'une décennie, il décide de revenir s'installer dans sa ville natale au cours des années 80. C'est à ce moment qu'il lance l'OSR. Il est à la barre de l'Orchestre depuis.

C'est officiellement en 2017 qu'on fêtera les 30 ans de l'OSR. L'événement sera donc souligné avec un grand concert de fin d'année au printemps prochain. Alain Lefèvre, géant de la musique classique au Québec, en sera l'invité d'honneur.

Renaissance d'une grande oeuvre d'André Mathieu

M. Lefèvre interprétera avec l'Orchestre le Concerto romantique, mieux connu sous le nom de Concerto de Québec, composé par le légendaire André Mathieu. Le Concerto romantique, « c'est le vrai nom de ce qu'on a appelé le Concerto de Québec à l'époque. C'est un nom qui a été donné [à l'oeuvre] ultérieurement parce que ça a servi pour des musiques de film vers 1948 », explique M. Marchand.

« Alain m'a demandé de rebâtir le concerto à partir du manuscrit original de 1943, continue-t-il. Alors j'ai passé un an et demi à défricher et déchiffrer le manuscrit lui-même. Mathieu a écrit ça à l'âge de 13 ans. De 13 à 14 ans... alors il y a des pattes de mouche, il y a de tout là-dedans... c'était vraiment difficile à décortiquer. Parfois, j'étais avec la loupe à essayer de grossir [les caractères]. »

Une fois le manuscrit déchiffré, le travail plus créatif a pu débuter. « J'ai réalisé l'orchestration, parce que ce qu'il y avait déjà eu comme orchestration, c'était en vue du film dont je parlais plus tôt, et l'arrangeur de l'époque avait coupé l'oeuvre à différents endroits pour pouvoir utiliser ce qu'ils veulent dans le film et le concerto a été joué comme ça par la suite. En partant du manuscrit de Mathieu, je me suis rendu compte que les coupures étaient vraiment boiteuses et puis dans [l'oeuvre originale de] Mathieu, il n'y a aucune coupure, tout coule vraiment bien », note le chef d'orchestre.

Mathieu : le Mozart québécois, mais aussi un homme tourmenté

Outre l'orchestration, Jacques Marchand a ajouté une cadence à l'oeuvre de Mathieu. « Une cadence, c'est la partie soliste pour le piano, qui n'existait pas. Alain voulait avoir une cadence, alors je me suis transformé en Mathieu », lance M. Marchand avec un sourire dans la voix.

Retoucher une oeuvre importante d'un compositeur aussi renommé qu'André Mathieu comportait son lot d'angoisses créatives. « C'était un travail vraiment difficile, je dirais aussi au niveau émotif, admet M. Marchand. Le deuxième mouvement entre autres, c'est un cri du coeur de A à Z. »

« Mathieu c'est un jeune prodige. Ses premières compositions, il avait 4 ans ou 5 ans. Déjà à l'époque, on l'appelait le Mozart québécois. Une chose qui est sûre, c'est que Mozart n'avait pas écrit des choses aussi matures que ça à cet âge-là. Mathieu est allé faire des concerts en Europe, puis la guerre est arrivée. Ça a bousillé sa carrière, il s'est retrouvé dans l'oubli. Il avait des problèmes d'alcoolisme, c'était un être tourmenté. Il est mort à 38 ans, il est mort jeune », raconte M. Marchand.

Le public d'Abitibi-Témiscamingue aura donc droit à la première canadienne de cette version rafraîchie du Concerto romantique de Mathieu. Alain Lefèvre l'interprétera ensuite un peu partout à travers le monde.

Plusieurs autres concerts au programme

La programmation dévoilée cette semaine par l'OSR promet aussi d'autres événements d'envergure, dont un concert d'ouverture de la saison avec l'Ensemble Aiguebelle. « On fait un genre de kaléidoscope de différentes pièces qui touchent des compositeurs d'Angleterre, de Norvège, d'Italie et du Danemark. Ça donne quelque chose de coloré », assure-t-il.

Comme chaque année, l'OSR offrira aussi une série de concerts de Noël. « On fait ça avec des chorales locales. Le procédé, c'est qu'on demande aux choristes : "Qu'est-ce que vous chantez? On va vous accompagner!" On a un genre de bassin de pièces qu'on peut mixer. C'est demandant pour les musiciens, mais ça fait quelque chose de vraiment charmant! C'est le temps des Fêtes! », lance Jacques Marchand.

Entre 250 et 300 musiciens sont passés par les rangs de l'OSR au cours des années.

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