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À la rencontre des cueilleurs d'eau de Pâques en Abitibi-Ouest

À environ 55 km de Rouyn-Noranda, à Sainte-Germaine-Boulé, en Abitibi-Ouest, un petit groupe se réunit chaque année depuis plus de 20 ans pour aller récolter l'eau de Pâques.Ces cueilleurs amorcent leur rituel en fin de nuit, afin de pouvoir remplir leurs contenants avant que le premier rayon de soleil ne touche l'eau.

Avec les informations de Lise Millette

Lise Bégin, Marcel Chabot, Raymonde Jalbert et Chantal Labelle se lèvent bien avant l'aube pour aller puiser l'eau de Pâques à la source. Pour Marcel Chabot, il s'agit d'une tradition familiale. « Je me souviens que le matin de Pâques, notre père allait toujours chercher de l'eau de Pâques qu'il mettait près de l'évier. En se levant, il y avait de l'eau de Pâques dans la maison. Ça mettait une couleur, une ambiance extraordinaire : c'est Pâques aujourd'hui », raconte-t-il.

Selon ses croyances, Lise Bégin attribue à cette eau des propriétés protectrices. Elle raconte même que cette croyance a été renforcée par un événement survenu alors qu'elle était toute petite. « En 1964, il y a eu une tornade qui a détruit beaucoup ce granges. Quand s'est passée la tornade, maman et mon papa étaient là aussi et l'eau bénite était là aussi, je me souviens qu'on priait très fort et la grange a passé par-dessus la maison, sans rien briser. Alors quand il y a des choses comme ça qui se passent, on est portés à y croire et à y croire pas mal. »

La cueillette de l'eau de Pâques a été partagée à Chantal Labelle, par son groupe d'amis. Cette activité lui a permis de souder des liens. « La première fois que j'en ai pris, c'était à Pâques 1990 et depuis ce temps-là, le matin de Pâques, avec des amis, on se lève tôt, on prépare la veille l'accès, parce que quand c'est en plein hiver, comme cette année, quand il y a beaucoup de neige, il faut aller préparer, parce que si on arrive aux petites heures du matin et que l'accès n'a pas été préparé, on peut rester pris longtemps. Le soleil va se lever, l'eau de Pâques va être finie et on va avoir manqué notre coup », raconte-t-elle.

Une source aux origines de Sainte-Germaine

La source est située à quelques centaines de mètres du centre de Skinoramik. Les véhicules s'immobilisent en file indienne sur le bord du chemin, un petit sentier a été aménagé dans la neige pour permettre aux cueilleurs d'atteindre le petit filet d'eau, qui s'échappe d'une pipe plantée dans une source. Une source qui remonte aux origines mêmes du village de Sainte-Germaine.

« La source est implantée sur le lot 10 du rang 2 qui appartient à M. Réal Bisson et Mme Normande Gauthier, raconte Marcel Chabot. Ils l'ont eu de monsieur Adélard Breton, qui est arrivé ici en 1939, où il a mis la pipe où coule l'eau aujourd'hui. »

La fin d'un rituel?

Les cueilleurs d'eau de Pâques observent un rituel très précis. L'eau doit-être récoltée avant le lever du soleil la procédure de cueillette se déroule aussi dans le silence le plus complet.

Et pourtant, aucun des quatre cueilleurs présents n'a transmis cette tradition. Craignent-ils d'être les derniers cueilleurs d'Eau de Pâques?

« J'ai tenté de parler de ça, mais c'est comme un peu des affaires de grand-mère. Je me dis, peut-être un peu plus tard, peut-être », avance Lise Bégin. « On est beaucoup en quête de sens, alors ça explique pourquoi on se retrouve avec ceux pour qui ça fait du sens aussi », ajoute-t-elle.

De son côté, Marcel Chabot, voit dans cette tradition un sens élargi. « Le parallèle que je fais entre l'eau de Pâques, le renouveau vers des jours meilleurs, je pense que quand on puise au plus profond de soi-même, lorsqu'on se met ensemble, qu'on a de l'unité on finit par créer de belles choses et c'est de ça je pense qu'on est bien fiers ».

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