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A-T en mouvement : combat pour la transformation du bois à Lebel-sur-Quévillon

La ville de Lebel-sur-Quévillon, dans le Nord-du-Québec, est née de la bataille du Père Lebel. Ce « visionnaire », comme le décrit Gérald Lemoyne, ancien maire de LSQ, voulait que le bois qui était coupé massivement dans le secteur y soit également transformé, plutôt qu'envoyé vers le sud. Des années plus tard, le combat est à recommencer, mais les citoyens de Lebel-sur-Quévillon n'ont pas dit leur dernier mot.

La série « L'Abitibi-Témiscamingue en mouvement » est une initiative lancée par l'émission Région zéro 8 afin de retracer les histoires de mobilisation régionale, de se rappeler quand et comment les gens de la région se sont battus pour conserver le contrôle des ressources naturelles ou encore pour s'assurer que ces ressources allaient être transformées ici.

Créer une ville à partir de rien

Lorsque le chemin de fer atteint le secteur qui allait devenir Lebel-sur-Quévillon, au cours des années 50, des centaines de bûcherons s'y dirigent et s'engagent pour différents « jobbers » qui y organisent l'exploitation forestière. Quelques moulins à scie sont lancés, mais, pour l'essentiel, le bois est mis directement sur le train et est envoyé dans le sud du Québec pour y être transformé.

Le Père Lebel, propriétaire de la scierie de Rapide-des-Cèdres qui oeuvrait dans le secteur, « disait : "On devrait pouvoir transformer cette ressource-là ici!", paraphrase Gérald Lemoyne, ex-maire de Lebel-sur-Quévillon. À ce moment-là, quand on coupait du bois, il y avait beaucoup de job, de travailleurs, mais, en transformant ici, on aurait évidemment les jobs qui vont avec. Il faut se remettre dans le contexte : Lebel-sur-Quévillon inexistant, il n'y a pas beaucoup de gens pour se joindre à lui, mais lui mène la bataille et obtient gain de cause au début des années 60 pour que Domtar [...] construise une usine à Lebel-sur-Quévillon. »

Cela impliquait de créer une ville. Rien de moins! Il y avait déjà sur place des camps de bûcheron. Environ 1000 personnes travaillaient dans le secteur pour différents « jobbers », mais l'endroit était essentiellement sauvage.Le Père Jean-Baptise Lebel n'avait pas froid aux yeux. D'allégeance libérale, il aurait « fait des pressions auprès du gouvernement du Québec pour qu'il regarde ça et, avec le gouvernement, il a réussi à convaincre Domtar de venir installer une usine ici » après la réalisation d'études d'approvisionnement et l'engagement à remplir certaines conditions.

Lebel-sur-Quévillon s'est développée durant de nombreuses années autour de l'usine de pâtes et papiers qui y était exploitée. Mais le combat remporté par le Père Lebel allait être à recommencer.

Fermeture et relance de l'usine

En 2005, Domtar annonce par surprise une fermeture indéfinie de l'usine. Puis, en 2008, à la veille de Noël, Domtar en annonce la fermeture définitive.

Ces batailles-là sont des batailles principalement de régions ressources [...] à peu près continuelles où on prend les ressources et on veut aller les transformer ailleurs, en nous disant toujours qu'il y a des avantages.

Gérald Lemoyne

Gérald Lemoyne et les citoyens de Lebel-sur-Quévillon s'étaient organisés. « Dès 2005, on avait commencé à regarder qu'est-ce qu'on pourrait faire soit avec Domtar, soit avec quelqu'un d'autre, pour assurer la survie de notre ville qui avait été créée à partir de cette usine-là et qui pouvait en assurer la continuité dans l'avenir », dit-il.

Ça aura été une lutte intense, mais « finalement, on avait convaincu Fortress de venir s'établir à Lebel-sur-Quévillon [...] Quand M. Charest, premier ministre de l'époque, était venu faire l'annonce à Level-sur-Quévillon, il y avait 600 ou 700 personnes qui étaient très heureuses de voir la relance de cette usine-là. »

Une lutte à finir

Les réjouissances sont de courte durée. Le vent change subitement de sens sur les marchés. « Malheureusement, les Chinois ont mis une surtaxe sur les importations de rayonne - parce qu'on voulait faire de la rayonne à partir de Lebel-sur-Quévillon - et le projet devenait de moins en moins rentable », explique Gérald Lemoyne.

Combattant, inspiré peut-être par la victoire du Père Lebel, M. Lemoyne ne baisse pas les bras. « Je demeure convaincu que cette usine-là, un jour, va repartir, assure-t-il. Mais ça ne se fera pas tout seul. Comme dans le temps du Père Lebel, comme on l'a fait avec la relance de Fortress [...] on doit travailler avec le gouvernement du Québec. Il faut que le gouvernement du Québec s'associe à nous pour convaincre une entreprise de repartir cette usine. »

On ne peut jamais atteindre notre objectif quand on vire de bord en chemin, alors on n'a pas l'intention de virer de bord.

Gérald Lemoyne

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