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Accaparement des terres agricoles : le président de l'UPA inquiet pour l'avenir des régions

Le président général de l'Union des producteurs agricoles (UPA) est de passage en Abitibi-Témiscamingue, aujourd'hui. Marcel Groleau rencontrera des producteurs et des intervenants de la région. L'achat de terres agricoles du Témiscamingue par des investisseurs étrangers inquiète plusieurs producteurs de la région.

Occupation régionale et rendement financier

C'est l'intérêt d'investisseurs d'origine chinoise, selon l'UPA, d'acheter 3300 acres de terres agricoles au Témiscamingue qui a relancé le débat sur l'accaparement dans la région.

Le président de l'UPA estime que « lorsque les terres sont exploitées par des non-résidents, le terme "exploitées" devient encore plus juste, parce qu'ils sont ici pour tirer le maximum de ces terres-là, mais pas pour vivre dans la région. Alors c'est sûr que pour l'occupation régionale et le développement du territoire, ça pose une question sur l'avenir de nos régions. »

M. Groleau est d'ailleurs venu chercher dans la région des appuis en faveur d'une agriculture d'occupation régionale. Il met en opposition le rendement agricole et le rendement financier recherché par les spéculateurs qui résulte en la financiarisation des terres agricoles.

En ce sens, il a rencontré différents intervenants politiques et économiques, dont Emploi Québec, le ministère du Développement économique, la Société de développement du Témiscmaingue et la chambre de commerce locale.

Une « menace » ou une « opportunité d'affaires »?

M. Groleau, affirme qu'il n'est pas venu en Abitibi-Témiscamingue pour jeter la pierre aux producteurs qui ont vendu leur terre à des investisseurs étrangers. « Je suis loin de blâmer ceux qui ont accepté les propositions qui leur ont été faites. Ces gens-là ont probablement pris, dans leurs conditions, la bonne décision de vendre, puisqu'ils ont eu une offre intéressante », précise-t-il.

Il propose par contre une réflexion plus profonde. « Maintenant, sur le développement régional plus largement, je questionne: "Est-ce que cette entreprise-là qui veut fabriquer de la luzerne déshydratée, est-ce qu'elle serait intéressée à faire des arrangements avec les producteurs qui vivent ici pour qu'eux continuent d'exploiter leurs terres et approvisionner cette entreprise-là?" » demande-t-il.

Le préfet de la MRC de Témiscamingue, Arnaud Warolin, était très satisfait de la rencontre avec M. Groleau. Il note cette volonté de maximiser les retombées économiques, notamment par la transformation agroalimentaire. Il dit vouloir passer d'une « menace » à une « opportunité d'affaires ».

L'agroalimentaire et l'économie québécoise

La rencontre a aussi mené au consensus sur la nécessité de sensibiliser les acteurs politiques et la population à l'importance de l'agroalimentaire au sein de l'économie québécoise. L'UPA compte entamer une tournée provinciale sur cet enjeu au cours des prochaines semaines.

Une rencontre qui ne fait pas l'unanimité

Au cours de la rencontre, l'UPA a proposé aux membres de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles de limiter à 100 hectares par année la superficie que toute personne peut acquérir, à l'exception des transferts intergénérationnels. L'objectif est notamment de limiter l'accaparement des terres agricoles.

Certains agriculteurs voient cette mesure de limiter la vente à 100 hectares d'un bon oeil pour s'assurer que les acheteurs des terres occupent le territoire, mais d'autres sont totalement en désaccord.

« Pour venir s'établir, je n'ai pas de problème avec n'importe qui, il faut qu'ils viennent s'établir parce qu'actuellement on ferme nos écoles, on perd nos services. Si on continue à vendre nos terres à des gens qui ne viennent pas habiter, on va perdre nos services et on va fermer de plus en plus d'écoles », clame notamment Sandra Roy, productrice laitière à Moffet, un village touché par le phénomène qualifié de « désertification des régions » par Marcel Groleau. Dans ce secteur, plusieurs terres agricoles sont en friche, alors que leur zonage permettrait une exploitation.

 

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