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Alexandra et Allison, des jumelles pas comme les autres

Des jumelles à la couleur de peau différente. Une Algonquine qui se fond parmi les visages majoritairement caucasiens des Québécois. La couleur de la peau et l'identité culturelle vont-elles toujours de pair?

Un reportage d’Émélie Rivard-BoudreauL'une est brune, a la peau foncée et les traits anichinabés de sa mère. L'autre est blonde, a les yeux bleus clairs et ressemble davantage à son père Québécois.Alexandra et Allison Kack sont pourtant jumelles. Elles avouent devoir convaincre tous ceux qui ne les croient pas.Leur différence est surprenante et étonne tous ceux et celles qui les rencontrent.

Avec leur complicité inébranlable, les jumelles de 13 ans se plaisent à rigoler de leur particularité. La plus pâle fait parfois semblant d'être adoptée, tandis que l'autre se fait passer « pour la cousine mexicaine ».Une surprise pour les parentsAlexandra et Allison sont nées d'un père Québécois et d'une mère Anichinabée, une Algonquine de la communauté de Winneway, au Témiscamingue.

Alexandra, la jumelle à la peau plus foncée, est l'aînée des deux jumelles.« Tout de suite on a vu qu'elle avait des traits autochtones, comme moi, foncés », explique Sharon Hunter, la mère des jumelles. « Donc la tête, les cheveux foncés, la peau foncée, puis ce n'était pas une surprise, parce que Jérémy, son frère aîné, qui avait 21 mois à l'époque, avait aussi les mêmes couleurs et les mêmes traits. »

La surprise est toutefois venue sept minutes plus tard, lorsqu'Allison est née à son tour.

Une différence « normale »La différence physique entre les jumelles Kack est marquante, mais elle ne découle pas d'un phénomène biologique particulier. Elles ont simplement hérité différemment du bagage génétique de leurs parents.

« De partager le même utérus et de partager les même conditions pendant toute la grossesse ne va pas changer ou ne va pas altérer la génétique de ces deux enfants-là », explique Réjean Drouin, généticien au CHU de Québec-Université Laval.À l'image de leurs couleurs de peau respective, Alexandra et Allison ont reçu une éducation biculturelle.

Alexandra, au teint plus foncé, s'identifie d’emblée comme une Anichinabée. Même si elle se dit aussi Anichinabée, Allison nuance quant à elle sa vision identitaire. « Moi, vu que je suis blanche, je dis plus que je suis “moitié-moitié” », admet-elle.Vivre deux culturesLes jumelles de Val-d’Or ne sont pas seules à embrasser les deux cultures.Pascale-Josée Binette a un père Anichinabé et une mère québécoise. Son visage laisse toutefois peu transparaître ses origines algonquines. Dans sa jeunesse, elle avoue avoir déjà utilisé son apparence caucasienne pour cacher ce pan de sa culture.

À l'âge adulte, Pascale-Josée Binette s'est réapproprié sa culture anichinabée, qu'elle souhaite maintenant transmettre à ses six enfants.Par contre, elle constate que, comme Allison Kack, sa fille qui a le teint le plus pâle s'identifie beaucoup moins aux Premières Nations.

En cette Semaine de l'élimination de la discrimination raciale, Josée-Pascale Binette croit qu'il est bon d'éduquer les Québécois, mais aussi les Autochtones, à la fois ceux en communauté, et ceux en milieu urbain, sur la distinction entre la couleur de la peau et la culture.

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