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Ces femmes qui pratiquent un métier associé aux hommes

Casser le moule d'un métier traditionnel, c'est un peu le pari qu'ont pris Chrystelle Bergeron, artiste-soudeure de Val-Paradis de 33 ans, et Mylène Bégin, une agricultrice de 25 ans de Sainte-Germaine Boulé. Rencontre avec ces deux jeunes femmes entrepreneures, résolument féminines et déterminées.

Un reportage de Lise Millette

Tôt le matin, Chrystelle Bergeron amorce sa journée au volant d'un autobus DM Boréal pour desservir des écoles primaires et secondaire des commissions scolaires de la Baie-James et de l'Abitibi. Avec cet emploi, l'artiste qui travaille le métal pour en faire des dentelles d'acier a trouvé le parfait équilibre pour demeurer avec sa famille de trois enfants et nourrir sa passion à même l'atelier qu'elle a bâti à quelques pas de sa maison.

« La famille, l'autobus, la soudure, je peux tout marier ça. Il n'y a aucune contrainte, assure-t-elle. J'ai toujours de beaux horaires, j'ai tous mes étés, mon temps de Noël, j'ai mes fins de semaine. Alors j'ai tout le temps qu'il faut pour travailler dans mon atelier, en ayant un petit salaire pour pouvoir payer tout ça. »

Une surprise

Chrystelle Bergeron habite à Val-Paradis et se définit comme une artiste-soudeure. En 2011, elle a complété un cours de soudure à La Sarre, au Centre de formation professionnelle, à l'étonnement général.

« Je n'ai aucun soudeur dans ma famille, ce sont tous des mineurs. Mon chum est mineur, mon père est mineur, mon frère est mineur, mais des soudeurs, non », souligne-t-elle.

Le rire franc de Chrystel Bergeron résonne dans son atelier. Le bruit du métal qui se tord, des torches qui soudent et les pièces noircies qui jonchent le sol contrastent avec l'apparence de la jolie blonde de 33 ans et sa longue chevelure. Au moment de se lancer dans ce métier, plusieurs ont parié qu'elle n'y arriverait pas.

« Il y en a beaucoup qui ont pensé que je n'allais pas être capable. Il y en a beaucoup qui me l'ont dit aussi ouvertement. "Ben voyons, c'est un métier difficile, tu vas être toute sale, tu es une personne toute féminine". Ça m'a juste donné un bon coup de pied au derrière pour justement continuer et leur montrer que j'étais capable pareil. On n'a pas besoin de ressembler à un homme pour être dans un métier d'hommes », martèle-t-elle.

Elle a non seulement remporté son pari, mais elle continue aussi d'assumer les risques du métier.

« Les brûlures, ça fait partie de la vie. Tu te coinces les doigts, tu te fais mal, tu te brûles... c'est pas mal mon quotidien », raconte-t-elle.

Pour l'avenir, elle rêve d'un jour tenir sa propre exposition, avec les oeuvres réalisées dans son atelier. Quant à la relève de son atelier, Les feux du paradis, elle préfère ne pas y penser.

« Il y en a beaucoup qui me demandent si mes enfants vont prendre la relève... je ne fixe pas là-dessus. Ils feront bien ce qu'ils veulent dans la vie, tant qu'ils ont du plaisir, tant qu'ils aiment ce qu'ils font. En vrai, je veux leur donner ça. Leur montrer que quand on veut quelque chose, on peut l'obtenir, on est capable de travailler pour, on peut travailler fort, mais d'y aller avec leur coeur, pas "ah ben là maman a fait une shop fait que tu vas prendre la shop, t'as pas le choix". Ça n'entre pas dans mes valeurs », confie l'artiste.

Relève à la ferme

Ce choix de prendre la relève, Mylène Bégin, de Sainte-Germaine Boulé, l'a fait en toute liberté en prenant les rênes de l'entreprise fondée par son arrière-grand-père, Hormidas Bégin, en 1942.

« C'est sûr que c'est stressant, parce que c'est quand même une entreprise de quelques millions de dollars que je vais avoir entre les mains. C'est sûr que mon frère est partenaire avec moi, mais de voir tout le développement que mon père a fait dans l'entreprise et de maintenir le cap, ça va être un beau défi », confie Mylène Bégin.

À 25 ans, Mylène Bégin peut sembler bien jeune pour assurer la relève, mais sa détermination ne fait aucun doute.

« Avec une ferme, on apprend à prendre nos responsabilités assez vite. On a des vies entre nos mains. Il faut assurer leur santé et leur bien-être. Si elles ne sont pas en santé et qu'elles ne se sentent pas bien, tu as bien plus de chances de mener ta compagnie dans le trouble, dans le rouge, que si tu en prends soin et que tu es à leur écoute », fait-elle valoir.

Le choix de la jeune agricultrice n'a surpris personne sur la ferme des Bégin. À l'âge de six ans, elle se glissait déjà régulièrement dans l'étable pour aider au train. Trouver sa voie n'a pas été difficile, mais trouver l'âme soeur a été plus complexe.

« C'est drôle, mais c'est dur quand même de rencontrer, en agriculture, quelqu'un qui n'est pas dans le domaine, parce qu'il faut qu'il comprenne que tu n'es pas souvent à la maison », fait-elle valoir.

« Moi, j'ai trouvé ça diffice de trouver quelqu'un qui peut s'adapter à moi, avoue-t-elle. Il faut que la personne déménage à Sainte-Germaine, moi je ne peux pas déménager, et souvent aussi j'ai des naissances de nuit. Je dois être présente pour aider l'animal au cas où il y ait des complications. Je ne me verrais pas prendre mon auto pour faire 15-20 minutes de route pour m'en venir ici. Il faut toujours que je reste proche. »

Au-delà de l'entreprise, des risques et des contraintes, Mylène Bégin et Chrystelle Bergeron n'échangeraient leur petit coin de paradis pour rien au monde.

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