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Chargée de cours à l'UQAT et experte en air guitar

Hélène Laurin, chargée de cours à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, lançait son premier livre Les filles aussi jouent de l'air guitar ce lundi 5 octobre. Mme Laurin est non seulement spécialiste de l'air guitar, mais également championne québécoise de la discipline. Incursion dans le monde des guitares imaginaires et des rockeuses assumées.

Un article de Félix B. Desfossés

Championne québécoise d'air guitar

Hélène Laurin est experte dans le domaine, il va sans dire. Elle excelle dans cette discipline qui consiste à « jouer de la guitare, sans guitare. Des fois, quand on est emportés par la musique, on tient une guitare imaginaire, on fait les accords, on bouge les doigts... c'est ça l'air guitar. » Il existe des compétitions au cours desquelles s'affrontent les meilleurs guitaristes imaginaires depuis 1996 au moins.

La prestation d'Hélène Laurin au championnat canadien d'air guitar en juillet 2015 :

Fanatique de cet art peu conventionnel, Hélène Laurin a choisi de consacrer son mémoire de maîtrise au sujet en 2005-2006. Elle continue ensuite ses recherches dans le domaine du rock pour son doctorat. « Je suis une spécialiste en musique populaire. J'ai écrit ma thèse de doctorat sur les autobiographies du groupe Mötely Crüe... et on peut faire beaucoup d'air guitar sur Mötley Crüe, c'est très propice à l'air guitar », souligne-t-elle.

Forte de ces publications académiques, la jeune chargée de cour décide qu'il est alors temps de publier pour le grand public. Les éditions de Ta mère recrutent donc Hélène Laurin afin de faire paraître son premier ouvrage : Les filles aussi jouent de l'air guitar.

Les femmes et le rock

Malgré tout le rôle de la femme en est souvent un de second plan dans le monde du rock. « La guitare électrique et la culture rock en général sont considérées quand même assez largement comme un monde masculin, explique Mme Laurin. Les guitaristes sont plus souvent des hommes. Il existe, bien sûr des femmes guitaristes, même des virtuoses! Mais quantitativement parlant, ce sont plus souvent des hommes. »

Hélène Laurin a donc voulu analyser les performances de femmes dans des compétitions d'air guitar ainsi que leurs références musicales. Elle a trouvé quatre prestations particulièrement intéressantes pour ses analyses, dont celle d'« une Néozélandaise qui arrivait sur scène habillée en homme, comme un Beatles, et il y a une chanson des Beatles qui commence, raconte Hélène Laurin. Et quand elle secoue sa tête, la chanson change, ça devient une chanson de Metallica, elle déchire ses vêtements et [laisse tomber] ses cheveux blonds raides, qui lui vont jusqu'à la taille, manifestement : une femme. »

Une analyse féministe

Ce contraste entre féminité et musique virile ainsi que les références à de grandes vedettes rock comme Jimi Hendrix, Van Halen, Bon Jovi ou encore Madonna, suscite plusieurs réflexions chez Mme Laurin.

« C'est tout d'abord une analyse intertextuelle, donc je prends ces références-là, je vois ce que les journalistes ont construit autour de la notion de gender, de genre, avec ces artistes-là. Donc, comment Madonna est dite féminine ou dite masculine, parce qu'elle change. Dans le cas de Metallica, justement, ils sont reconnus comme des hommes très très virils, ils ont été racontés comme ça. Dépendant de la prestation, j'agence toutes ces pièces », explique la spécialiste en musique populaire.

On comprend que Mme Laurin estime que les filles jouent aussi bien de l'air guitar que les gars. Mais la discipline leur sied-elle aussi bien? « Il y a vraiment une lorgnette féministe : à quel point le rock est avantageux pour les hommes et désavantageux pour les femmes, mentionne-t-elle. Souvent, ces femmes-là, ce dont je me suis rendu compte, c'est que même si leurs prestations étaient excellentes et, selon moi, valaient la peine d'être récompensées, il y avait un désavantage. »

Une fois cette analyse énoncée, on peut se demander si la place des femmes dans le rock est vraiment un enjeu de société? « Ça aura l'air très frivole, mais la culture rock est une culture très présente dans notre vie et le fait que ce soit une culture davantage masculine où les femmes sont désavantagées, subordonnées, le fait qu'on en parle, ça peut changer des choses. Juste le fait qu'on en parle, ça va être déjà pas mal! », répond Hélène Laurin.

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