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Chez Angelo : l'auberge marquante d'Abitibi-Ouest sera détruite

À une certaine époque, tout le monde en Abitibi-Ouest connaissait Angelo. L'auberge-restaurant tenue par l'Italien dans le petit village de Rapide-Danseur possédait un cachet unique avec ses murs garnis d'antiquités et d'animaux empaillés. De grandes célébrations s'y sont déroulées. Angelo Bufalino s'est éteint en 2016. L'hôtel a été vendu et sera bientôt détruit. Toutes sortes de légendes entouraient les origines de l'homme et les raisons qui l'auraient poussé à venir s'établir en Abitibi. Aujourd'hui, sa veuve rétablit les faits.

Un texte de Félix B. Desfossés

« Tout le monde connaît Angelo »

« À partir de 2011, il avait de la difficulté à se souvenir des commandes. En 2013, il a eu un diagnostic d’alzheimer et c’est allé très vite ensuite », explique au bout du fil Meta Cecilia Bufalino. Son mari est décédé l’année de ses 81 ans. Malgré la maladie, Angelo et sa femme ont tenu le fort aussi longtemps que possible. Ils ont vendu en 2015.

Le personnage a laissé une marque indélébile derrière lui. « Tout le monde connaît Angelo, affirme Luc Lauzon, qui a récemment fait l’acquisition du bâtiment et du terrain. L’Abitibi-Ouest connaît Angelo par coeur, je pense. C’est un personnage. Il a vécu pendant 35, 40 ans ici. Il passait ses étés ici. Son auberge fonctionnait bien. »

À partir de 1971, année officielle de l’ouverture de l’hôtel-restaurant Chez Angelo, l’homme est lentement devenu un personnage marquant de l’Abitibi. Non seulement les ressortissants italiens étaient-ils assez rares à l’époque dans la région, mais le décor et l’ambiance unique de son établissement en faisaient une attraction de choix.

Un lieu de rassemblement mythique

« Il y avait un restaurant, il y avait une table d’hôte le soir, tous les dimanches, je pense, les étés, il y avait toujours des brunchs, il y avait des activités de groupe, il y avait des compagnies de l’Abitibi qui venaient faire des congrès ici », énumère M. Lauzon pour illustrer à quel point l’endroit pouvait être vivant.

Mme Bufalino ajoute que des réceptions de mariages s’y déroulaient régulièrement et que des orchestres y étaient souvent engagés. « C’était fou! », s’étonne encore Mme Bufalino.

Angelo, un mafieux?

Au cours des 10 premières années, l’endroit était si populaire qu’une certaine jalousie s’est installée, se souvient la veuve d’Angelo. Certains ne toléraient pas qu’un étranger connaisse un tel succès dans la région.

Selon Mme Bufalino, c’est peut-être ces tensions qui ont alimenté toutes sortes de rumeurs à propos d’Angelo. Plusieurs laissaient entendre qu’il avait des liens avec la mafia italienne, qu’il venait peut-être en Abitibi pour se cacher.

Il n’en est rien, assure-t-elle. « Il n’appartenait pas à la mafia. Je sais qu’il y a encore des gens aujourd’hui qui croient cela, mais ils ont si tort. Angelo aurait donné sa chemise pour venir en aide à quelqu’un, il avait un coeur énorme. À la fin, je crois que les gens commençaient à réaliser que ce n’était pas une mauvaise personne, qu’il n’était impliqué dans aucune activité criminelle. »

Coup de foudre

Ce qui l’a amené ici, c’est plutôt la réputation de l’Abitibi. Après sa naissance en Italie en 1936, sa famille et lui partent s’installer dans le secteur de St. Catharines, en Ontario, alors qu’il avait 19 ans. Là-bas, il s’est engagé dans la construction. Lorsque la compagnie pour laquelle il travaillait a obtenu un contrat à New Liskeard, il a rencontré des gens d’Abitibi-Témiscamingue qui l’ont amené danser à Rouyn-Noranda.

« En retournant vers l’Ontario, un ami lui a dit qu’il lui montrerait quelque chose. En faisant un léger détour par Rapide-Danseur, son ami lui a montré la vue à partir du pont à l’entrée du village. Angelo s’est dit que c’est ici qu’il voulait être », raconte Cecilia Bufalino.

C’est donc un véritable coup de foudre qui a amené le légendaire Angelo Bufalino à fonder son auberge.

La fin

En 2017, l’endroit est dans un piteux état. Le solage est ruiné. Des parties de l’auberge se sont effondrées. La porte est barricadée. Luc Lauzon en a fait l’acquisition il y a quelques mois en toute connaissance de cause. Mme Bufalino l’avait bien averti que l’auberge était perdue.

Le propriétaire en a donc fait l’acquisition pour séparer le grand domaine en plusieurs terrains où des chalets pourront être construits. Une vente de garage devrait être organisée au cours de l’été 2018 afin de liquider les derniers artéfacts de l’auberge Chez Angelo.

Le bâtiment sera ensuite détruit.

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