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Cinq albums, un automne : une grande cuvée musicale d'Abitibi-Témiscamingue

Le 4 novembre dernier, trois artistes d'Abitibi-Témiscamingue mettaient au monde des albums oscillant entre folk, chanson et western. Louis-Philippe Gingras, Élixir de Gumbo et Mario Peluso faisaient tous paraître de nouveaux disques. Au cours de l'automne, Saratoga et Travelling Headcase lançaient aussi des albums dans la même veine. Un son régional est-il en train de renaître?

Un article de Félix B. Desfossés et Marc-Olivier Thibault

En 2014, les groupes régionaux Lubik et Slingshot Brothers se sont démarqués. Ils donnent tous deux dans le rock lourd et accessible. Leur succès dans la région comme à l'extérieur - particulièrement dans le cas de Lubik - a été important. Plusieurs nouveaux groupes rock prenaient ensuite la région d'assaut au cours de l'automne 2015. Cette année, les guitares résonnent moins fort, mais la musique des artistes de la région n'est pas moins entendue. Au contraire, elle retentit sur de nombreuses tribunes, dont plusieurs prestigieuses.

Deuxième album, Troisième rangée

Louis-Philippe Gingras, de Rouyn-Noranda, fait le pont entre le rock pesant de Lubik et la chanson racine. Son deuxième album, Troisième rangée, fait la démonstration que le talentueux guitariste fait maintenant partie de la crème des auteurs-compositeurs en émergence au Québec.

On le verra sous peu à l'émission de télévision Belle et Bum, à Télé-Québec. Il a aussi offert des prestations en direct sur les ondes des radios CISM et CIBL à Montréal. Il revient de France, où il accompagnait la chanteuse Marcie et où il a pu donner quelques-uns de ses premiers concerts solo en terre européenne.

L'orchestre Élixir de Gumbo, gagnant du concours des Francouvertes 2015, est mené par Dylan Perron, originaire de La Motte, près d'Amos. Perron a d'ailleurs toujours une maison à La Morandière.

On le connaissait davantage pour sa musique roots, ses affiliations avec le country/western. Mais Dylan Perron a peut-être causé la plus grande surprise de l'automne avec son album Le beau piège sur lequel se trouve une suite de neuf chansons où les arrangements de cordes nous tirent de l'imaginaire cowboy pour nous faire visiter de grands halls de musique classique.

Le disque a été disponible en écoute exclusive sur les sites du journal Voir ainsi que sur ICI Musique.

Il a fait beaucoup moins de bruit jusqu'à maintenant, mais le Témiscamien Mario Peluso, avec son groupe Les Hobos Hurleurs, a lancé le disque résolument country Hôtel Morrison lui aussi le 4 novembre dernier. On peut se le procurer via iTunes. Un premier vidéoclip pour la chanson homonyme de l'album est disponible sur le web.

Saratoga, duo dont fait partie la Valdorienne Chantal Archambault, a lancé son album Fleur le 14 octobre dernier. Chantal et son conjoint Michel-Olivier Gasse ont été les invités de La soirée est (encore) jeune sur les ondes d'ICI Radio-Canada Première. Les journaux Voir et Le Devoir leur ont accordé une place importante dans leurs publications et leur disque a été offert en écoute exclusive sur la page web d'ICI Musique.

Fleur propose une musique qui se rapproche du son folk auquel Chantal Archambault nous avait habitués avec ses premiers albums. Mais le raffinement musical qu'on y retrouve démontre que l'artiste continue de gravir les échelons. Les arrangements de vents et d'instruments acoustiques ajoutent une étincelle aux bijoux de chansons de ces joailliers. Le duo fera sa grande rentrée montréalaise ce vendredi 11 novembre.

Celui dont entend moins parler, c'est Travelling Headcase, alias Stéphane Truchon. Le Rouynorandien d'origine a dévoilé No more songs of you, son septième album en carrière (!) le 25 septembre dernier. Malgré qu'il demeure plus underground que les artistes précédents, Travelling Headcase n'a pas moins de talent. Piano, violon et instruments acoustiques se mélangent chez lui dans un monde de nostalgie où chanson, folk et musique roots se marient admirablement bien. Le lancement officiel se déroulera le 20 novembre au Quai des brumes à Montréal. Sa discographie complète est disponible sur sa page Bandcamp.

Un son abitibien est-il en train de naître, ou même de renaître? Là-dessus, l'opinion des artistes diffère énormément. Dylan Perron s'oppose à l'idée de « s'accaparer un son folk en Abitibi ». « Par contre, c'est sûr qu'il y a comme un lien, on est quand même assez country. Il y a une espèce de sonorité sur ce qui est sorti dans les dernières années, les derniers projets », note-t-il.

Louis-Philippe Gingras hésite aussi à parler d'un son abitibien. « Le folk québécois s'élargit, se diversifie, nuance-t-il. Pour ma part, je m'éloigne du country pour faire de plus en plus de "chanson"; je construis la musique en fonction des paroles », explique-t-il. Mais il concède se sentir « chez lui » dans les musiques de Saratoga et de Travelling Headcase « parce qu'ils jouent avec leurs cœurs et que c'est des bons humains ».

« Moi, j'ajouterais Philippe B à la liste, suggère Chantal Archambault. Philippe B, Louis-Philippe Gingras, moi... je trouve qu'on est dans la veine de Richard Desjardins, complètement [...] Dans les textes et au niveau du folk, il y a quelque chose, qui, je pense [fait] qu'on est dans cet héritage-là. »

Ce qui rassemble ces musiciens, sinon la synchronicité, selon elle, réside plutôt dans l'esprit créatif. « C'est le fait qu'on est un peuple jeune et que tout est à faire, qu'on ne veuille pas attendre après les services extérieurs, on veut se créer soi-même, réfléchit l'auteure-compositrice-interprète. Je trouve qu'il y a de magnifiques choses qui sortent de l'Abitibi. »

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