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Cinq questions pour comprendre le bruit industriel et sa perception

Il a été abondamment question du bruit occasionné par la mine Canadian Malartic dans la foulée du feu vert accordé par le gouvernement du Québec pour l'agrandissement de la fosse qui permet à la minière de travailler dans des limites de 55 décibels le jour et 50 décibels la nuit, une limite jugée trop élevée par certains citoyens. Quelques clés pour comprendre le bruit et sa perception.

Un texte d'Émilie Parent-Bouchard d'après une entrevue d'Annie-Claude Luneau

1. Un bruit de 50 à 55 décibels, ça se compare à quoi?

« La notion de décibel n'est pas très facile à comprendre », lance d'emblée la professeure au programme d'audiologie et d'orthophonie de l'Université d'Ottawa, Chantal Laroche, ajoutant que les niveaux sonores sont mesurés selon une échelle logarithmique. Mais à titre de comparaison, la voix humaine ou encore le bruit qu'émet une rivière en forêt, font tous deux osciller le sonomètre à une cinquantaine de décibels, indique-t-elle.

« [Les sons] ne s'additionnent pas comme des pommes et des oranges, poursuit la professeure. Si j'ai une source qui fait 50 décibels et que j'ajoute une deuxième source qui fait 50 décibels, les deux ensemble ne font pas 100 décibels, mais plutôt 53 décibels. Mais l'oreille peut percevoir ce changement-là. »

« Pour que l'oreille perçoive qu'un signal a doublé au niveau perceptuel, il faut entre 5 et 10 décibels, c'est-à-dire que si une source passe de 50 à 60 décibels, on pourrait percevoir que la source a doublé en perception », poursuit la spécialiste.

2. Quelle est la différence entre les limites de 40-45 décibels et de 50-55 décibels?

À Malartic, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) recommandait de limiter le bruit industriel à 45 décibels le jour et 40 décibels la nuit. Le gouvernement a plutôt permis à Canadian Malartic de travailler à l'intérieur de limites de 55 décibels le jour et de 50 décibels la nuit.

3. Est-ce que 50-55 décibels, c'est bruyant?

Pour Mme Laroche, il est cependant difficile de comparer la mesure mécanique d'un sonomètre, qui calcule des moyennes, avec la façon dont l'humain perçoit le bruit.

« Un chiffre comme 55 décibels, ça ne traduit pas comment l'oreille humaine perçoit les bruits, indique-t-elle. Quand on dit 55 décibels, c'est qu'en moyenne : on permet 55 décibels à travers la journée. [...] Mais l'oreille humaine, ce n'est pas un intégrateur d'énergie, c'est-à-dire que chaque événement sonore peut déranger, peut interférer avec la communication, peut gêner le sommeil, créer une nuisance chez les gens. »

Elle donne l'exemple du passage intermittent des camions. Le passage d'un camion peut dépasser le seuil de 55 décibels, mais en calculant la moyenne sur une période de temps plus longue — le jour ou la nuit, en l'occurrence — le seuil de 55 décibels peut être respecté.

4. Quelle est la différence entre les dérangements causés par le bruit le jour et la nuit?

Mme Laroche rappelle que pour assurer un sommeil réparateur, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que le niveau sonore d'une chambre à coucher ne doive pas excéder 30 décibels. Elle ajoute que des pointes sonores peuvent monter jusqu'à 45 décibels — quelqu'un qui parle à proximité ou un avion qui survole la maison — sans nécessairement réveiller les gens.

5. Quels moyens peut-on utiliser pour freiner le bruit?

Depuis le début des travaux à Canadian Malartic, on a souvent parlé de la butte aménagée autour de la fosse, qui doit absorber le bruit. Mais d'autres stratégies peuvent être mises en place pour atténuer les impacts du bruit.

« Les contre-fréquences ou l'annulation du bruit, ça existe entre autres dans les cockpits d'avion, surtout dans l'armée. On peut réussir à contrôler le bruit en essayant de l'annuler par des contre-fréquences. Mais dans le bruit environnemental comme le passage de camions, le dynamitage, c'est très difficile d'appliquer ces technologies-là. Des buttes, oui ça peut aider, mais il faudrait qu'elles soient assez hautes. [...] Pour les camions, il existe des nouvelles alarmes de recul qui sont moins agressantes. Ce sont des petits trucs qu'on peut considérer pour essayer de réduire la nuisance chez les gens. »

D'un point de vue individuel, la professeure mentionne qu'il existe aussi des techniques d'insonorisation des maisons, des matériaux de construction, pour freiner le bruit, comme des fenêtres doubles ou triples. « Mais l'humain n'est pas un poisson dans un aquarium qu'on peut enfermer dans une maison, dans une boîte hermétique au bruit », conclut la professeure.

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