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Commission Viens : définir le racisme et la discrimination envers les Autochtones

Le racisme et la discrimination à l'endroit des Autochtones sont des choses profondes et cachées, a soutenu l'anthropologue Pierre Lepage jeudi, lors de son témoignage à la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (CERP), où il a défini les deux concepts et les formes qu'ils peuvent prendre. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui affirme adapter ses pratiques à l'éloignement et à la réalité autochtones s'est aussi exprimé devant la Commission Viens.

Lors de la huitième journée d'audiences de la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (CERP), M. Lepage a été appelé à définir le racisme et la discrimination. L'anthropologue a repris des explications de l'UNESCO et de la Commission des droits de la personne pour le faire.

Il existe notamment la discrimination directe, la discrimination indirecte et la discrimination systémique. La discrimination directe peut se traduire par un refus d'embauche à cause de l'ethnie, alors que la discrimination indirecte peut être un règlement ou un critère en apparence neutre, mais qui brime un groupe en particulier. Quant à la discrimination systémique, Pierre Lepage a cité en exemple la Loi sur les Indiens, qui est, selon lui, « une loi de tutelle » qui a des effets d’appauvrissement des communautés autochtones et qui maintient un phénomène d'exclusion.

M. Lepage a également souligné que la Charte québécoise des droits et libertés ne protège pas les Autochtones et qu'elle devrait être amendée, expliquant qu'il n'y a aucune mention des Premiers Peuples ni de leurs droits. Il croit que les Autochtones sont les personnes les moins protégées en matière de droits de la personne au Québec et au Canada.

Sans mâcher ses mots, l'anthropologue a rappelé quelle était la perception de la société québécoise quant aux Autochtones par le passé. Il a indiqué que, depuis la crise d'Oka, les Autchtones étaient perçus comme des « privilégiés » et des « exploiteurs » et que cette vision négative se reflétait dans les médias, dans les publicités, dans l'humour et dans l'éducation.

Sur une note plus positive, Pierre Lepage a toutefois mentionné que les Premières Nations traversaient une période importante de leur histoire, estimant que les communautés ont un avenir plein d'espoir. L'anthropologue est même allé jusqu'à comparer l'émergence d'un empowerment autochtone avec la révolution tranquille.

Le DPCP, une fonction mal comprise?

Le DPCP n'est pour sa part pas revenu sur sa décision de ne pas porter d'accusations sur les policiers de Val-d'Or visés par des allégations d'abus de pouvoir de la part de femmes autochtones de Val-d'Or. Les témoignages des deux avocats qui le représentent, Me Marie-Chantale Brassard et Me Patrick Michel, semblaient pourtant faire référence à cette décision, qui avait créé beaucoup de grogne chez les femmes et communautés autochtones, aussi pour certaines personnes dans la population en général.

« Oui, la place de la victime, la place du plaignant est importante, fondamentale dans le processus, a affirmé Me Patrick Michel. Mais le procureur ne représente pas dans le cadre d'une poursuite criminelle les intérêts du plaignant. Il doit s'assurer que toute la preuve disponible est présentée pour que le Tribunal en vienne à la conclusion appropriée en fonction de la preuve. On en parle, parce que c'est parfois difficilement compris autant dans la population qu'auprès des victimes. »

Précisons que ces propos ont été enregistrés jeudi après-midi, quelques heures avant l'annonce du DPCP concernant le fait qu'aucune accusation ne serait portée quant à la mort de Sandy Tarzan Michel, abattu par des policiers à Lac-Simon le 6 avril 2016.

Dans son témoignage à la Commission Viens, le DPCP a aussi affirmé que des alternatives à la criminalisation de certains actes existaient pour les Autochtones. On a notamment cité le programme de mesure de rechange que Me Marie-Chantale Brassard a expliqué.

« C'est une alternative, non pas à la judiciarisation, mais bien à la criminalisation, a-t-elle précisé, ajoutant que la ministre de la Justice travaille depuis 2015 à la refonte de ce programme. [Les mesures de rechanges] seront à ce moment-là supervisées par le comité de justice de la communauté. [...] Il y a 21 communautés, au moment où l'on se parle, qui ont signé ce protocole-là, version années 2000. »

Des chefs innus et naskapis témoigneront à la commission ce vendredi.

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