Retour

Commission Viens : les pensionnats ne peuvent être considérés comme de l'histoire ancienne, disent des Cris

Les relations entre les Autochtones et les services publics québécois sont viciées depuis longtemps, ont soutenu des représentants de la Nation crie devant la commission Viens, avec de nombreux exemples à l'appui.

Le grand chef du Grand Conseil des Cris (GCC), Matthew Coon Come, et la directrice des relations Cris-Québec au Grand Conseil des Cris, Melissa Saganash, ont énuméré mercredi, devant la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (CERP), de nombreux événements discriminatoires envers les Autochtones survenus par le passé.

Ils ont donné l'exemple des pensionnats, de la mort du jeune Neil Stonechild et de l'emprisonnement d'une victime d'agression sexuelle, Angela Cardinal.

Un autre Canada

Matthew Coon Come considère que les Autochtones ne vivent pas dans le même Canada que le reste de la population. Ils vivent dans un Canada où il n'y a parfois pas d'eau potable. Un Canada où l'on vit dans des maisons surpeuplées. Un Canada où l'on a considérablement plus de chances de subir des abus physiques et sexuels que d'obtenir un secondaire 5.

« La discrimination à l'endroit des Autochtones est l'éléphant dans la pièce, a illustré Matthew Coon Come, s'exprimant en anglais devant le président de la commission, l'ex-juge Jacques Viens. Ça se passe tous les jours, partout au Canada. En écoutant leurs histoires, la commission peut aider à rétablir leur dignité. Peut-être pour la première fois de leur vie, à l'extérieur de leur communauté, ils seront finalement traités comme des êtres humains. »

Il a, par ailleurs, demandé à la commission de se rendre dans les communautés cries pour entendre plus de témoignages.

Le lourd héritage des pensionnats

Les Autochtones ont été victimes d'un génocide culturel dans les pensionnats, a aussi soutenu M. Coon Come. Le grand chef était accompagné de la directrice des relations Cris-Québec au Grand Conseil des Cris, Melissa Saganash, qui a mis en garde la commission de ne pas sous-estimer l'héritage des pensionnats sur les problèmes sociaux actuels des Autochtones.

Elle a ajouté que ce qui est survenu dans les pensionnats ne peut « être considéré comme de l’histoire ancienne ». Les répercussions des pensionnats se font sentir encore aujourd'hui.

En entrevue après son allocution, Mélissa Saganash a aussi partagé une expérience de discrimation qu'elle a elle-même vécue lorsqu'elle était enfant. « J'ai grandi à Val-d'Or, a-t-elle laissé tomber d'emblée. On l'a vécue quand on étaient petits. C'était dans ce qu'on nous disait. Mais c'était tellement normal qu'on nous dise des choses comme ça. Quand tu y penses aujourd'hui, c'était blessant de se faire dire ça à 7, 8 ou 9ans, ce n'est pas normal. »

Elle a aussi suggéré à la commission de prendre en compte les propositions énumérées dans le Rapport sur la judiciarisation de l’itinérance à Val d’Or, un projet de recherche entamé avant même la diffusion du reportage d'Enquête qui a déclenché tout le processus de la commission Viens. Publié en décembre 2016, ce rapport évoquait entre autres que les policiers étaient « trop souvent appelés à être les premiers, voire les seuls répondants pour gérer les tensions et les problèmes » liés à la présence d’itinérants dans les rues du centre-ville.

Vers une entente entre le ministère de la Santé et certaines communautés sur la protection de la jeunesse

Des représentants de services de santé et des services sociaux, notamment en matière de protection de la jeunesse, ont aussi témoigné à la commission mercredi après-midi. Dans leur allocution ces gestionnaires des systèmes de santé de l'Abitibi-Témiscamingue et de la Côte-Nord ont surtout cherché à mettre en valeur les initiatives à travers lesquelles ils ont tenté, au fil des années, de mieux connaître leur clientèle autochtone. Ils ont parlé de formations données aux prestataires de services.

Ils ont aussi témoigné de la manière dont ils ont adapté des services. Il a entre autres été question des conditions particulières qu'on met en place en protection de la jeunesse dans les communautés, pour favoriser le maintien des enfants près de leur famille et de leur culture. D'ailleurs, le ministère de la Santé serait sur le point de conclure une entente sur la protection de la jeunesse avec les Mohawks et les Atikamekw.

Le directeur de la protection de la jeunesse du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James, Robert Auclair, a conclu la septième journée d'audiences de la commission Viens. Pour donner un aperçu des difficultés qu'engendre sa responsabilité, il s'est d'ailleurs adressé en anglais au président, Jacques Viens.

La Commission Viens reprend du service jeudi avec le témoignage de l'anthropologue Pierre Lepage, ainsi que les représentants du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me Marie-Chantale Brassard et Me Patrick Michel.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine