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Commission Viens : une victime d'agressions sexuelles dénonce les bourdes des policiers de Val-d'Or

Le citoyen Mathieu Papatie a été entendu mardi à la Commission d'enquête sur les relations entre les peuples autochtones et certains services publics. Il a déploré l'absence de considération de différents intervenants du système de justice lorsqu'il avait dénoncé ses agressions à la police.

Un texte de Thomas Deshaies

Il a affirmé avoir été victime de multiples sévices et agressions, alors qu'il se trouvait avec ses frères et sœurs dans une famille d'accueil non autochtone de Val-d'Or.

Lors de son témoignage, il a fait état de multiples exactions troublantes, et il doit encore aujourd'hui vivre avec de nombreuses séquelles. « Le bâton de peinture, il y avait le bout pour brasser la peinture, elle [membre de la famille d'accueil] m'avait rentré cela dans la bouche. La luette, comme vous vous avez, moi je ne l'ai plus. On me l'avait sectionnée, on l'a coupée », a-t-il mentionné.

Oublié par la justice

En 2001, il a pris la décision de porter plainte à la police, mais son dossier n'a jamais abouti, puisque les policiers auraient détruit des éléments de preuve, a-t-il rapporté. Une déclaration qui correspond à ce qui avait été exposé en mai 2007 dans le journal L'Écho abitibien.

Mathieu Papatie a déploré n'avoir jamais reçu d'explications de qui que ce soit à la suite de l'arrêt des procédures, qu'il a appris dans les journaux régionaux. Il a expliqué avoir eu l'impression que son cas n'était pas considéré comme important par les autorités compétentes. « J'ai attendu, j'étais ben patient, mais je n'ai jamais reçu d'autres nouvelles. On l'oublie. Regarde, on passe à d'autres choses », a-t-il déploré.

Manque d'écoute

Ce n'est que le 25 mai 2016, épaulé par le Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, qu'il a pu rencontrer des représentants du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), le procureur en chef de l'Abitibi et une procureure de Val-d'Or. Mathieu Papatie, qui souhaitait comprendre ce qui s'était passé, aurait toutefois eu bien peu d'explications.

Dorothée Chrétien, intervenante du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, accompagnait M. Papatie lors de son témoignage à la commission d'enquête, ainsi que lors de la rencontre de 2016. Elle a déclaré à la commission que M. Papatie n'avait pas eu le sentiment d'avoir été écouté lors de cette rencontre. « Ils auraient pu lui offrir de jaser après, prendre un café, l'écouter, laisser la place qu'il n'a pas eue depuis toutes ces années-là », a-t-elle déploré.

Étant donné les délais dépassés depuis les faits allégués, on l'a informé, lors de cette rencontre, qu'il n'était pas possible d'intenter de nouvelles procédures contre la famille d'accueil. On n'a également pas pu lui confirmer si la famille d'accueil continuait de prendre en charge des jeunes.

Dénoncer rapidement

M. Papatie a conclu son témoignage avec résilience, en invitant les victimes à dénoncer rapidement les agresseurs. « J'aimerais qu'il n'y ait pas d'autres enfants qui subissent la même affaire que moi, ce n'est pas une bonne idée d'attendre trop longtemps, a-t-il souligné. J'aimerais laisser le message aux autres enfants, ne cachez pas cela en vous. Continuez à vous battre. »

La Sûreté du Québec n'a pas souhaité commenter le témoignage, précisant que l'organisation ne commentait pas les commissions d'enquête, tout comme le Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Le procureur qui représentait le DPCP à la commission d'enquête, Maxime Laganière, a toutefois demandé plusieurs précisions au témoin, dont il a aussi souligné la participation : « Je tiens à vous remercier de votre présence ici, c'est fort apprécié », a-t-il déclaré.

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