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Dany Laj : le musicien du Témiscamingue qui fait le tour de l’Amérique du Nord

Il est né au Témiscamingue dans une famille de pionniers d'Angliers. Il a grandi à Kirkland Lake. Il fait maintenant le tour de l'Amérique du Nord avec son orchestre nommé Dany Laj & The Looks. C'est niché : lui et ses musiciens donnent dans le power pop, un style qui mélange punk rock et mélodie bubble gum. Dans le genre, il est au sommet.

Un texte de Félix B. Desfossés

Un gars du coin

Ces jours-ci, il se tient à Sudbury où il a loué une maison avec ses musiciens, dont sa blonde, Jeanette Dowling, qui joue de la basse avec lui. Dans cette piaule, ils sont en train de monter un studio pour y enregistrer leur prochain album. C’est la raison pour laquelle il était de passage à Rouyn-Noranda. Il devait faire l’achat de quelques éléments techniques.

Bien qu’il soit parti vers Toronto puis vers Montréal depuis une bonne dizaine d’années, Dany connaît encore par cœur le réseau de l’Abitibi-Témiscamingue et du nord-est de l’Ontario.

« Je suis né en 1980. Mes parents habitaient à Notre-Dame-du-Nord, mais ma mère était au centre d’achat à New Liskeard pour shopper [le jour de ma naissance]. Quand tu restes au Témiscamingue, tu peux aller à Rouyn, mais tu as aussi New Liskeard où tu peux aller faire ton shopping, c’est à 20 minutes de là. Elle était là avec ma grand-mère, au centre d’achat et c’est là que c’est arrivé. Techniquement, je suis un gars de Notre-Dame-du-Nord, mais sur mon certificat de naissance, il est écrit que je suis né à New Liskeard, à l’hôpital de New Liskeard », raconte-t-il.

Lui et son frère jumeau ont grandi comme de bons petits canadiens, patins aux pieds et bâton de hockey aux poings. Mais à l’adolescence, Lajeunesse s’est peut-être senti Hanson. Il a troqué la patinoire pour le mosh pit. Plutôt que l’aréna, ce sont des salles comme le Polish Hall de Kirkland qui l’ont accueilli. Il s’est trouvé une place dans la communauté punk rock locale.

Power pop folklorique?

Malgré cette révélation à l'adolescence, la musique coulait déjà dans ses veines. « Ma famille, le côté de mon père surtout, les Lajeunesse, une famille de Rémigny, étaient quasiment tous des musiciens. Mon grand-père, Roger Lajeunesse, était un joueur de violon et son frère, Alphonse, était un guitariste […] Quand j’étais bien jeune, on allait [souper] chez grand-père Lajeunesse, après on ôtait la table et tout le monde chantait, tout le monde jouait leur partie, décrit-il. Quand j’étais jeune, c’était quelque chose qui était bien influent. La musique du folklore du Québec, traditionnelle, c’est toute dans moi [...] Des fois, le monde ne comprend pas vraiment d’où je viens, d’où la musique sort, bien c’est de là. »

Ses racines témiscamiennes demeurent profondes. « Mon arrière-grand-père, Joseph Golinski, aurait été un des premiers pionniers d’Angliers […] Il a décidé de se lancer une compagnie de pêche. Il avait le théâtre là, un lodge, il avait le magasin général, toutes sortes d’affaires. Mon grand-père a grandi là-dedans et il a repris le magasin général et le lodge : Willy’s Lodge. Il y a du monde peut-être qui connaissent la chanson Le fishing creek de Mario Peluso? Bien le Willy’s Lodge dont il parle là-dedans, c’est le lodge de mon grand-père, Willy. Ma mère était waitress là et mon père venait de Rémigny en bateau pour veiller là. C’est de même qu’ils se sont rencontrés », relate Dany Laj.

L’ascension

Après une jeunesse passée entre le Témiscamingue et l’Ontario, il est atterri à Toronto où il a pris sa guitare pour jouer seul dans les bars à partir de 2009. C’est là qu’il a développé le son power pop qui caractérise sa carrière actuelle. Pourtant, à l’origine, il n’avait aucune idée de l’esthétique musicale vers laquelle il se dirigeait.

« Ça a été naturel parce que quand j’avais une guitare acoustique et que je jouais tout seul dans les bars, je n’avais pas de band pour faire sortir un mood pour que ce soit bon. Il fallait que j’aie des chansons pour que ce soit bon, pour garder l’attention de tout le monde, alors j’ai commencé à composer des chansons comme ça avec des bridges, à mélanger la structure, toutes sortes d’affaires de même, explique-t-il. Quand j’ai commencé à jouer avec un band, je n’y avais même pas pensé, mais on m’a dit : "Dany, ce que tu joues, c’est du power pop!" Je me suis dit : "Oh wow!" Et ça a adonné que c’était un style qui redevenait populaire, vers 2009-2010. »

Le plus ardant travailleur du domaine rock’n’roll

De manière complètement indépendante, il s’est mis à organiser ses propres tournées. La route a été longue. Elle le sera encore. Dany Laj n’arrive pas à vivre de sa musique uniquement, mais il n’en faudra pas beaucoup plus pour qu'il réussisse.

« Aux États-Unis, ça commence à aller super bien, continue-t-il. Il y a du monde qui ont beaucoup de misère avec des villes comme Montréal, Toronto, New York, Portland… Pour une raison, nous ont fait mieux dans ces villes-là! Ce qu’on trouve drôle, c’est que d’où je viens, dans une petite ville, [Kirkland Lake], c’est une des places où on a le plus de misère. Je trouve ça étrange parce que moi, je suis un gars de petite ville, un gars de petit village. »

Pour arriver à percer le marché américain, cependant, il a travaillé avec rigueur et acharnement. Le groupe se tape de 100 à 120 spectacles par année. Ils en ont plus de 500 à leur actif, effectués lors d’une de leurs 15 tournées canadiennes ou de leurs cinq tournées américaines (depuis 2016!).

Et Dany Laj & The Looks ne laissent rien au hasard.

Retour à Sudbury

Après quatre albums en sept ans, un cinquième se prépare pour cet hiver. C'est ce projet qui l'a ramené dans le nord de l'Ontario.

« J’ai bien des amis à Sudbury et j’adore la ville de Sudbury. Je ne sais pas ce qui s’est passé là – parce que moi, ça fait 10 ans que je ne suis pas resté là –, mais il y a quelque chose qui s’est passé durant les cinq dernières années. Il y a comme une aura à l’entour qui est très très important. Entre les artistes et les musiciens… il y a une scène qui est très très bonne, observe-t-il. Je n’en reviens pas parce que je viens de passer 10 ans à Toronto et Montréal et on est en tournée partout dans le nord de l’Amérique et quand on voit ce qui s’y passe, on se dit, wow, c’est vraiment cool ! »

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