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Des obstacles à la prise de parole des femmes de Val-d'Or à la Commission Viens, selon Édith Cloutier

La directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, Édith Cloutier, estime que les conditions idéales ne sont pas réunies pour permettre la prise de parole du groupe de femmes autochtones de Val-d'Or qui a brisé le silence à l'automne 2015 à la Commission Viens.

Un texte de Thomas Deshaies

Depuis le début des audiences publiques de la commission d'enquête, aucune femme ayant dénoncé certains policiers de Val-d'Or en 2015 n'a encore témoigné. Un enquêteur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a toutefois expliqué son processus d'enquête pour l'un des dossiers, vendredi dernier.

« Elles sont à l'origine de cette commission, et paradoxalement, ce sont elles qui sont le plus laissées-pour-compte », tranche Mme Cloutier d'entrée de jeu. Tout en saluant le travail accompli depuis le début des audiences par l'équipe de la commission, Édith Cloutier estime qu'il y a plusieurs facteurs qui nuisent à la participation des femmes de Val-d'Or.

À ce jour, la commission n'a pas su proposer, selon elle, un fonctionnement d'audience en dehors des normes du « système », ce qui aurait pu sécuriser davantage les femmes. Elle croit qu'il faudrait, par exemple, proposer des cercles de parole, dans un endroit sécurisant et à l'abri des interventions parfois musclées des procureurs qui représentent l'Association des policiers et des policières du Québec ou la Sûreté du Québec.

Appel à des mesures exceptionnelles

Elle se dit d'ailleurs mal à l'aise par rapport à certaines interventions, la semaine dernière, de certains procureurs. De son point de vue, ils semblaient être surtout présents pour attaquer la crédibilité des femmes.

« Il y a une façon qu'ils [les procureurs] ne soient pas présents dans la salle, la technologie existe. Est-ce qu'on a exploré jusqu'au bout, à la commission, tous les mécanismes? », se questionne-t-elle.

La surmédiatisation des femmes de Val-d'Or nuit aussi à leur prise de parole, souligne Mme Cloutier. « Leurs photos retournent en boucle à la télé, c'est un des éléments qui freine [leur prise de parole], croit-elle. Elles replongent ainsi dans leurs souffrances. »

Aucune représentation légale

La Sûreté du Québec, les policiers et le Directeur des poursuites criminelles et pénales, notamment, sont représentés par des avocats lors des audiences, mais pas les dénonciatrices. « Les seuls qui n'ont pas accès à un accompagnement judiciaire dans ce processus, ce sont les premières concernées par cette commission et c'est une aberration », s'insurge Mme Cloutier.

Le procureur en chef de la Commission Viens, Me Christian Leblanc, souligne que c'est au gouvernement d'octroyer des sommes ou non pour couvrir les frais juridiques. « La commission d'enquête n'a pas le pouvoir d'octroyer des budgets pour que ces gens puissent payer l'avocat », souligne-t-il.

Radio-Canada a interpelé le cabinet du ministre des Affaires autochtones en début de journée mercredi afin d'obtenir leurs réactions concernant l'octroi d'une somme pour couvrir les frais juridiques. Nous n'avions pas encore obtenu de réponse au moment de mettre en ligne.

Plusieurs manières de témoigner

Il y a des centaines de citoyens qui ont déjà témoigné à la commission et les témoignages peuvent être recueillis de plusieurs manières, rappelle Me Leblanc. « Par dépôt de déclaration, par un tiers, les témoins rapporteurs », énumère-t-il, notamment.

Il n'y a rien de surprenant à ce qu'aucune femme autochtone de Val-d'Or en lien avec les « événements de Val-d'Or » n'ait encore témoigné à ce jour, croit Me Leblanc. « Je pense qu'on est rendu là, souligne-t-il. Il fallait faire notre preuve dans un certain ordre logique, il fallait aussi prendre le temps de développer des manières de faire à l'intérieur de la commission d'enquête. »

Christian Leblanc affirme que l'équipe de la commission s'attend à entendre d'autres témoignages de femmes de Val-d'Or après la pause estivale. Il assure que l'équipe de la commission est ouverte aux propositions visant à sécuriser les témoins. Il souligne que l'équipe de la commission, notamment composée de plusieurs femmes autochtones, est très sensible à ces préoccupations.

Les citoyens ont jusqu'au 5 septembre pour signifier leur intérêt à témoigner.

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