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Cheval indien, l’horreur des pensionnats autochtones

Dans Cheval indien, un jeune Anichinabé est arraché à sa famille et placé dans un pensionnat, un épisode qui lui laissera des séquelles à vie. Pour une rare fois, un film de fiction canadien se penche sur l'horreur des écoles résidentielles autochtones. Un sujet délicat que le réalisateur et l'équipe de production ont tenu à traiter avec un respect des traditions et des cultures autochtones.

Un texte de Laurence Niosi

Quand il a pris connaissance du scénario, le réalisateur Stephen Campanelli, comme plusieurs Canadiens, connaissait très peu l’histoire des pensionnats, cet outil d’assimilation des Autochtones et pièce maîtresse de leur génocide culturel, selon la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

« Ça m’a frappé si fort. En tant que Canadiens, nous avons une si bonne réputation à l’international, et d’apprendre cela… », raconte le Montréalais d’origine, longtemps expatrié à Los Angeles pour travailler sur des productions américaines.

Adapté du livre du même nom de l’auteur anichinabé Richard Wagamese, Cheval indien (Indian Horse, en anglais) relate l’histoire du déracinement du jeune Saul Indian Horse, de son passage dans les années 1950 dans une école résidentielle du nord de l'Ontario - où il vit toutes sortes d’abus aux mains des religieux et où on lui interdit de parler la langue de ses parents - jusqu’à sa descente aux enfers à l’âge adulte. Trois acteurs jouent le rôle principal à différents stades de sa vie.

« Ils appelaient ça une école, mais ça n’a jamais été ça. Il n'y avait pas de tests ou d'examens. Le seul test était sur notre capacité à survivre », entend-on Saul raconter en voix off, dans l'un des passages du livre qui entrecoupent le film.

C’est néanmoins dans les pensionnats que Saul apprend à patiner. Doté d’un talent unique, le jeune homme connaît un début de carrière prometteur comme hockeyeur professionnel. Sauf qu’il doit se battre chaque jour contre l’adversité : le racisme ordinaire, la violence, les préjugés... et son propre passé. Une souffrance qu’il finit par noyer dans l’alcool.

Des traditions autochtones sur le plateau

Avant de mourir l’année dernière, Richard Wagamese avait donné sa bénédiction au scénariste Dennis Foon pour adapter son livre et à Stephen Campanelli, un collaborateur de longue date de Clint Eastwood en tant que caméraman, pour le réaliser. Ni Foon ni Campanelli ne sont Autochtones, mais ils ont tous deux tenu à respecter l’oeuvre de l’auteur.

« J’ai dit à Richard : "Je ne vais pas imposer une vision colonialiste. Ce qui me guide, c’est de raconter ton histoire" », affirme le réalisateur.

Cette collaboration entre Autochtones et non-Autochtones s’est traduite par le respect de certaines traditions autochtones pendant le tournage, par exemple en tenant des cérémonies traditionnelles chaque matin et en incluant sur le plateau des aînés et des stagiaires autochtones.

Au total, 52 acteurs et figurants autochtones ont pris part au film. Et chacun d’entre eux avait la liberté de s’exprimer librement sur le plateau en « amenant sa propre histoire », raconte Forrest Goodluck, un acteur originaire du Nouveau-Mexique qui joue Saul à l’adolescence. Forrest Goodluck est lui-même Autochtone, un descendant des nations dine, mandan, hidatsa et tsimshian.

« Ce film a été complètement tourné avec les mots de Richard en tête », ajoute-t-il.

Pendant une scène du film, une religieuse coupe les longs cheveux de Saul (joué par l’acteur Sladen Peltier), à sa première journée de pensionnat. L'exercice visait à « sortir l'Indien de son état primitif » ou de « tuer l'Indien au sein de l'enfant ».

La scène s’est déroulée en présence de la famille du jeune acteur et d’aînés pendant une cérémonie qui a duré une heure. « [Sladen] n’avait jamais coupé ses cheveux. C’était incroyable qu’il ait fait ce grand sacrifice. J’avais seulement une prise, et il pleurait et ses larmes étaient réelles », raconte Stephen Campanelli.

Avec son film, le réalisateur espère entamer une conversation nationale. Et puis peut-être, permettre à des auteurs autochtones, avec le temps, d'un jour raconter leur propre histoire.

Forrest Goodluck abonde dans le même sens. Dans un contexte où le pape a récemment refusé d’offrir ses excuses pour le rôle qu’a joué l’Église catholique dans les pensionnats, le film est « un pas dans la bonne direction pour pouvoir raconter nos histoires, nos vérités », dit-il.

Cheval indien (version française de Indian Horse) prend l’affiche à travers le pays vendredi.

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