Retour

L'arbre qui cache la forêt, un portrait de Raôul Duguay, sort en librairie

Alors que L'arbre qui cache la forêt, un portrait sur le parcours du poète, philosophe et artiste multidisciplinaire Raôul Duguay sort en librairie ce jeudi, l'émission Région zéro 8 s'est entretenue avec celui qui a fait entrer l'Abitibi-Témiscamingue au coeur de la musicographie québécoise. Entretien avec celui qui a donné aux Abitibiens leur hymne.

Un texte d'Émilie Parent-Bouchard d'après une entrevue d'Annie-Claude Luneau

Raôul Duguay est né à Val-d'Or en 1939 d'un père gaspésien et d'une mère acadienne, déménagés en Abitibi en quête d'une vie meilleure. Dès son plus jeune âge, celui qui transcrira son hommage aux bâtisseurs de la région dans La Bitt à Tibi, se laisse pénétrer par la musique. Malgré une enfance difficile et même si son père meurt alors qu'il a à peine 5 ans, il se souvient surtout des violons qui résonnaient à la maison.

« L'héritage que j'ai reçu de mon père, c'est vraiment qu'il m'a inoculé la musique parce que j'avais la tête contre son coeur, son archet passait au-dessus de ma tête et j'entrais dans toutes les vibrations de sa musique, annonce-t-il. C'est sans doute grâce à mon père si je suis devenu un artiste et un passionné de la musique. »

Place à Raôul Duguay, le poète

En bon homme de son époque, Raôul Duguay se laisse aussi imprégner du contexte social dans lequel évolue le Québec. En 1967, année de l'exposition universelle de Montréal, les États-Unis sont en pleine guerre du Vietnam. Les protestataires et la contre-culture font de plus en plus de bruit. En 1970, il est au coeur de la nuit de la poésie. Mais c'est avec L'Infonie, fondée il y a 50 ans avec son ami Walter Boudreau, actuel directeur de la société de musique contemporaine qu'il qualifie de « génie », qu'il traduira sa volonté de changer le monde avec les mots.

« Si on fait une comparaison, le Refus global avait entrouvert la porte de la liberté, nous, voyant que la porte était entrouverte, on a tout simplement poussé dessus, illustre celui qui considère avoir ainsi donné le véritable coup d'envoi à sa carrière de poète. On s'est dits : ''on va exprimer tout le possible de la folie créatrice du groupe dans lequel on était. Et c'est exactement ce qu'on a fait : on a sauté par dessus tous les tabous, on a décidé de se faire plaisir. Notre mot d'ordre, c'était plutôt l'acceptation globale. »

Raôul Duguay, l'éternel humaniste

« C'est la folie créatrice qui est le mot-clé qui est une prise de possession de son pouvoir de mettre au monde un autre monde, poursuit Raôul Duguay, rappelant que son bagage de philosophe le guidera tout au long de sa vie. On était foncièrement positifs. Sur notre médaillon, [on lisait] paix, beauté, bonté. Et je crois encore à ces trois mots-là. »

Cette maxime guidera en effet les pas du docteur en philosophie qui se décrit comme un « humaniste » tout au long de sa carrière. Après 3000 spectacles, 17 disques, 18 livres, une dizaine de pièces de théâtre et de nombreuses conférences, à 78 ans, il transmet toujours le même message. Il est d'ailleurs fier que L'arbre qui cache la forêt parvienne à articuler comme un tout ses nombreux faits d'armes, brosse de lui une « image plus complète ».

Raôul Duguay, le rassembleur

« Pour moi, la plus belle voix dans un spectacle, c'est celle du peuple, celle des gens qui viennent m'entendre chanter. Et c'est pourquoi je fais toujours chanter mes publics », poursuit celui qui avoue s'être senti comme un « juke-box » pendant un moment, à force d'accumuler les demandes de prestations de La Bitt à Tibi. Il ajoute cependant avoir compris un jour que cette chanson ne lui appartenait plus, qu'elle était plus grande que lui.

Il se dit d'ailleurs fier de voir que ces mots parlent aux nouvelles générations, citant pour preuve la reprise hip-hop qu'il se plaît à chanter en duo avec Anodajay, le rappeur de Rouyn-Noranda qui a actualisé ses mots et sa philosophie dans Le Beat à Tibi. « La raison pour laquelle je monte sur scène, c'est pour être en contact avec le monde. Parce que je suis un être plutôt solitaire, parce que pour moi la solitude est le royaume de la créativité. Quand je suis dans ce royaume-là, je pense à ce que je vais venir donner au monde. Quand je l'ai donné et que c'est reçu, je suis très chanceux, parce que j'ai reçu beaucoup d'amour », conclut-il.

Plus d'articles

Commentaires