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Encadrement de la chasse au caribou : chasseurs et pourvoyeurs dénoncent une décision « politique »

Les modifications apportées par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) aux modalités de la chasse aux caribous sur le territoire de la Baie-James suscitent une montée aux barricades des adeptes de ce sport et des propriétaires de pourvoiries. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, a notamment suspendu la chasse sportive dans la zone 22-A pour les chasseurs québécois, qui pouvaient auparavant y accéder après avoir remporté un tirage au sort.

Avec les informations d'Émilie Parent-Bouchard

Le nombre de permis délivrés aux pourvoyeurs pour l'accès au reste de la zone 22 a également été revu à la baisse. Les chasseurs ne pourront en outre abattre qu'un seul caribou par permis, alors que la limite était jusqu'à présent fixée à deux bêtes.

Troupeau en déclin

Le biologiste du MFFP, Vincent Brodeur, souligne que c'est le déclin du troupeau de caribous de la rivière aux Feuilles, depuis 2013, qui justifie l'adoption de ces nouvelles règles. Sa population a été évaluée à 332 000 têtes à l'automne 2015, soit une baisse de 6,7 % par rapport à l'année précédente. Les mesures annoncées cette semaine viseraient donc à assurer le renouvellement du cheptel. 

« Il faut regarder l'ensemble des utilisateurs pour comprendre le taux d'exploitation, soit le nombre de caribous qui sont prélevés par année sur le troupeau », explique le biologiste. Il confirme cependant que l'inventaire que souhaitait faire le MFFP à l'automne n'a pu être réalisé et que ses données se basent sur des projections. « Quand on considère la totalité des utilisateurs, continue-t-il, on doit s'assurer que le taux d'exploitation ne compromet pas la viabilité de cette population-là. »

Montée aux barricades des chasseurs

Pour le président régional de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP), André Poulin, ces mesures contribuent cependant à faire de la chasse aux caribous un sport de luxe, réservé à ceux qui passent par les pourvoiries pour le pratiquer. Il souligne que le nombre de caribous tués dans la zone 22-A, fermée par les nouvelles mesures du ministère, est d'à peine 500 chaque année, ce qui a une faible incidence sur la santé du troupeau, selon lui.

Il déplore aussi que le ministère n'ait pas consulté son association avant de prendre cette décision qu'il qualifie de « politique ».

« On semblerait croire des fois qu'on est en train de sortir le Québécois moyen de tout ce qui est activités fauniques, poursuit-il. La zone qui est la moins touchée [par les nouvelles règles du ministère], c'est la zone 23 Ouest. La 23 Ouest, c'est la chasse d'automne, c'est la chasse aux non-résidents, c'est la chasse aux trophées. Si le ministère avait voulu vraiment protéger les hardes de grands mâles, à ce moment-là, tu fermes la chasse aux grands mâles, tu interdis la chasse d'automne. Mais là, c'est le contraire qu'on fait. »

Pourvoyeurs inquiets

Une douzaine de pourvoiries offrent des forfaits de chasse aux caribous dans le secteur de la rivière aux Feuilles. Seuls quatre d'entre eux accueillent les chasseurs l'hiver. Parmi ces derniers, le directeur général et propriétaire de la Pourvoirie Mirage, Luc Aubin, craint que les nouvelles mesures imposées par Québec ne signent « le début de la fin » des entreprises qui se concentrent sur la chasse d'hiver. Il pourrait ainsi compromettre plus de 11 millions de dollars d'investissements réalisés entre 1994 à 2005 pour accommoder les chasseurs, quelle que soit la saison. 

La chasse d'hiver représente 80 % du chiffre d'affaires que la pourvoirie tire des activités de chasse chaque année. Le pourvoyeur, qui devra essuyer une perte de 15 % des permis qui lui sont attribués pour des raisons de renouvellement des troupeaux, assure pourtant que le caribou est en bonne santé. Pour preuve, il cite le taux de réussite des chasseurs, qui repartent avec leur quota dans 95 % des cas, par opposition à un taux qui avoisinait les 65-70 % lors de périodes plus creuses, comme en 2007-2008.

« Je pense et j'en suis sûr qu'il y a un très gros lien [entre les pressions autochtones pour limiter la chasse et la nouvelle règlementation]. C'est bien plus politique que l'état du caribou. L'état du caribou, ce n'est vraiment pas un problème. Si c'est politique, on n'a pas à subir, nous, les conséquences de ces politiques-là, quand en 1994 ils nous ont donné la permission d'être un pourvoyeur de chasse d'hiver. »

Le pourvoyeur espère donc que le gouvernement ne maintiendra pas cette décision au-delà de l'année prochaine, sans quoi, il pourrait devoir fermer boutique.

Il n'a pas été possible d'obtenir la position du Grand conseil de la nation crie ou de représentants de communautés cries du nord-est du Québec avant la publication de cet article. 

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