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Exploitation minière : des femmes dénoncent un univers misogyne

Harcèlement sexuel, misogynie, intimidation... La fondatrice de l'association « Me too mining », Susan Lomas, dénonce une industrie minière hostile aux femmes et veut ouvrir le débat.

Un texte de Justine Cohendet

Susan Lomas espère recueillir les témoignages de femmes sur les réseaux sociaux grâce au mot-clic #Metoomining.

« L’industrie minière est singulière. Les camps miniers sont dominés par les hommes. J’ai été dans des camps où j'étais la seule femme », indique-t-elle.

La géologue travaille dans ce secteur depuis 30 ans et a fait l’expérience de la misogynie et du harcèlement sexuel, raconte-t-elle.

Dès sa sortie de l’université, elle se souvient avoir dû se heurter à un milieu hostile aux femmes.

Embauchée par une minière à Timmins, au nord de l’Ontario, elle raconte n’avoir été autorisée à travailler qu’à l’extérieur de la mine.

« Je n’étais pas autorisée à travailler sous terre parce que je suis une femme », affirme-t-elle.

Après avoir décroché les images du mur à deux reprises, Susan Lomas dit avoir été menacée par certains employés.

« Ils m’ont dit que si je touchais encore à ces images, ils briseraient tous mes doigts et mettraient ma main sur un concasseur de roches », raconte-t-elle.

Plusieurs cas de harcèlement

Susan Lomas est persuadée que ce problème touche plusieurs femmes dans l'industrie.

Au Manitoba, Julie Kramer, une opératrice de puits de mine, allègue avoir été harcelée et intimidée par des collègues masculins dans deux entreprises différentes entre juillet 2015 et mai 2017.

La femme, qui a été congédiée en janvier 2018, croit que les allégations qu'elle a portées contre deux de ses collègues pourraient avoir mené à son licenciement.

Julie Kramer se réjouit aujourd'hui du lancement de la campagne « Me too mining ». Elle a également déposé une plainte auprès de la Commission des droits de la personne canadienne.

Peu de femmes dans les CA

Selon Susan Lomas, le problème vient en partie du manque de représentation des femmes dans les conseils d’administration des minières.

Une étude de la firme PricewaterhouseCoopers (PwC) et de l’organisation Women in Mining parue en janvier 2013, indique que l’industrie minière est celle qui compte le moins de femmes dans ses conseils d’administration.

Le Canada se trouve en bas du classement, juste derrière le Royaume-Uni avec seulement 5,24 % de femmes présentes dans les conseils d’administration.

Susan Lomas souligne l’importance d’éduquer le personnel et d’organiser des sessions d’information.

« Je pense que des programmes sont mis en place, mais qu’ils ne sont pas assez réguliers », explique-t-elle.

Susan Lomas espère que la campagne qu’elle a lancée sur les réseaux sociaux permettra de mieux cibler les besoins des entreprises.

L’industrie minière avare de commentaires

Les minières Glencore et Vale, qui exploitent plusieurs mines à Sudbury, n’ont pas souhaité répondre aux questions de Radio-Canada.

Même son de cloche du côté du syndicat des Métallos du Nord-Est ontarien. Le coordinateur Myles Sullivan a décliné notre demande d’entrevue. Dans un courriel, il a expliqué que son syndicat « soutenait un environnement de travail basé sur le respect mutuel, qui n’inclut pas le harcèlement sexuel. »

Le président de l'Association minière de l'Ontario, Chris Hodgson a quant à lui affirmé que les compagnies prennent les allégations d'agressions sexuelles « très au sérieux ».

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