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Femmes autochtones disparues : la GRC change son approche

La Gendarmerie royale du Canada a adopté, en toute discrétion, de nouvelles procédures pour ses enquêtes sur les femmes autochtones assassinées et disparues. Mais les changements, en vigueur depuis le mois dernier, semblent être passés inaperçus.

En vertu des modifications apportées le 12 décembre, les agents de la GRC doivent adopter une stratégie d'enquête. Ils doivent notamment remplir un formulaire national de renseignements sur les personnes disparues qui inclut l'évaluation des risques et qui exige l'approbation d'un superviseur, a appris CBC.

La GRC doit également collaborer avec les familles des victimes pour élaborer un échéancier en vertu duquel les agents leur communiqueront les derniers développements de l'enquête. Il est arrivé par le passé que de tels échéanciers soient élaborés, mais ils sont dorénavant obligatoires.

Les membres de la GRC devront éventuellement suivre une formation obligatoire sur les personnes disparues. La formation, qui est en préparation, devrait être prête au printemps 2017 et comprendra un volet spécifique sur les Autochtones.

La nouvelle stratégie a été développée après la publication d'un rapport de la GRC qui concluait que les femmes autochtones étaient de trois à quatre fois plus à risque d'être victimes d'homicide ou de disparition. La GRC avait alors recensé 1181 cas de meurtre ou de disparition entre 1980 et 2012.

Ce changement d'approche survient quelques mois avant que la commission nationale d'enquête chargée d'examiner les causes systémiques de la violence à l'égard des femmes et des filles autochtones entende ses premiers témoins. Plusieurs personnes avaient profité des consultations gouvernementales ayant mené au lancement de cette commission pour exprimer à la ministre fédérale des Affaires indiennes et du Nord, Carolyn Bennett, leur mécontentement sur la façon dont avait été menée l'enquête sur la disparition de leurs proches.

Plaidoyer pour une plus grande transparence

Les parents de Jennifer Catcheway, une jeune femme de 18 ans originaire de Portage la Prairie, au Manitoba, qui a disparu en juin 2008, font partie des personnes qui ont été très critiques à l'endroit de la GRC.

Ils affirment que les policiers n'ont jamais pris au sérieux le signalement de la disparition de leur fille. « Il y a eu de la négligence. Ils sont censés nous servir et nous protéger, mais ils ne le font pas », affirme Wilfred Catcheway, le père de Jennifer.

En décembre dernier, les Catcheway ont réclamé une meilleure communication entre la police et les familles des filles et des femmes autochtones disparues. Ils disaient dépendre des médias pour rester informés au sujet de l'enquête sur la disparition de leur fille.

Ironiquement, c'est CBC qui leur a annoncé l'adoption des nouvelles procédures de la GRC.

La présidente intérimaire de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), Francyne Joe, se demande pourquoi la GRC n'a pas annoncé ces changements, particulièrement aux familles des victimes.

Je pense que sur les questions qui se sont révélées problématiques pour la GRC pendant plusieurs années, en particulier pour ce qui touche les femmes autochtones, la GRC doit être très transparente dans les processus qu'elle met en œuvre.

Francyne Joe, présidente de l'AFAC

« Il s'agit de situations [...] qui suscitent beaucoup d'émotions », souligne Mme Joe. La GRC doit travailler à bâtir la confiance avec les familles autochtones et la population en général, argue-t-elle.

Un groupe consultatif lui aussi peu connu

Pour venir à bout de cette méfiance, la GRC a créé en 2015 le Cercle de changement, grâce auquel les Autochtones peuvent consulter la force policière sur son travail touchant les questions de violence à l'endroit des femmes et des filles autochtones. Le groupe est composé de personnes plutôt que de représentants d'organisations autochtones.

Seules trois réunions ont eu lieu jusqu'ici.

Autant l'AFAC que le couple Catcheway ignoraient l'existence de ce groupe. Bernice Catcheway, la mère de Jennifer, accueille positivement la création du Cercle de changement. « Mais comment peut-on être au courant si on ne nous en informe pas? », souligne-t-elle.

Francyne Joe réclame pour sa part un engagement de la GRC auprès des communautés autochtones en ce qui a trait à ce groupe consultatif.

La GRC indique par ailleurs qu'elle travaille également à bâtir la confiance avec les Autochtones au moyen d'un partenariat avec l'Assemblée des Premières Nations. Les deux parties ont d'ailleurs signé un protocole en ce sens en juillet 2016. Un membre de la GRC a été affecté comme agent de liaison avec l'APN à Ottawa.

Avec les informations de Martha Troian, CBC Indigenous

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