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Festivals et espaces publics au nom d'entreprises privées : pour ou contre?

Le Festival de Blues du Plateau boréal sera désormais connu sous le nom de Festival Blues Eldorado, pour souligner l'appui financier de la minière qui porte le même nom. Ce changement fait sourciller des groupes de la région.

Un texte de Thomas Deshaies

« C'est aberrant de voir que les compagnies, maintenant, s'achètent une publicité, camouflée sous une forme de don, affirme Henri Jacob, président de l'Action boréale de l'Abitibi-Témiscamingue. Je trouve que ça fait un peu colonisé ».

Le militant écologiste soutient qu'il s'agit d'une publicité « bon marché », puisque selon lui, l'aide financière est déductible d'impôts. « C'est vraiment s'acheter une pub qui va être partout, parce qu'à toutes les fois qu'on va parler du festival de blues, on va voir le nom d'Eldorado. Il me semble qu'on devrait plutôt avoir un nom plus représentatif pour le festival, comme un nom de musicien de blues », souligne-t-il.

Le phénomène, qui n'a rien de nouveau, s'accentuerait toutefois dans la région depuis plusieurs années, déplore Henri Jacob. Il cite notamment la Place Agnico Eagle (Marché public de la Vallée-de-l'Or) et le Théâtre Télébec. « C'est devenu la norme. Si tu es le plus gros donateur, on va te donner le nom », se désole-t-il.

Henri Jacob, précise qu'il n'a rien contre l'appui financier d'entreprises privées aux événements, tant que leur nom n'est pas mis de l'avant.

Une contribution financière majeure

La présidente du Festival Blues Eldorado, Louiselle Blais, a quant à elle fait savoir que le changement de nom s'expliquait par l'augmentation de la contribution financière d'Eldordado Gold, qui était autrefois sous le giron d'Integra Gold. La minière investira dorénavant 50 000 $ par année pour l'événement.

« Lorsque le festival portait le nom de festival Blues du Plateau boréal, c'était une minière qui était le partenaire majeur même à cette époque, qui était Integra Gold, alors maintenant c'est peut-être juste plus apparent », explique-t-elle.

Une quatrième journée sera ajoutée à l'édition 2018 du festival.

Un désengagement de l'État ?Le porte-parole du Regroupement vigilance mines de l'Abitibi-Témiscamingue (REVIMAT), Marc Nantel, croit quant à lui que cette tendance démontre un certain désengagement de l'État, depuis des années, au soutien des initiatives locales.

Marc Nantel tient à préciser qu'il ne critique pas la décision des organisateurs du festival de Blues, mais que son organisme se questionne sur l'effet de ces pratiques sur les citoyens. « Dans quelle position ça met le citoyen qui voudrait critiquer ou dénoncer un événement qui s'est produit dans l'exploitation en région. Cela le fragilise finalement », s'exclame-t-il.

Même son de cloches du côté de l'Action boréale. Henri Jacob propose plutôt que les entreprises puissent déposer les sommes qu'elles veulent donner en commandite dans un fond indépendant, qui lui, redistribuerait l'argent aux organismes.

Eldorado Gold surprise par la réaction

La coordonnatrice des communications et relations avec le milieu d'Eldorado Gold Lamaque, Valérie Gourde, s'est dite surprise par la réaction des groupes. « L'objectif d'appuyer un festival qui rejoint nos valeurs, c'est de redonner à la communauté », souligne-t-elle.

Mme Gourde précise que c'est l'équipe du festival qui a proposé le changement nom dans leur nouveau plan de visibilité et que la minière appuie l'événement depuis ses débuts, qui se déroule à proximité des activités de l'entreprise.

Rappelons qu'Eldorado est en période d'embauche massive. « On veut que les gens s'intéressant à l'entreprise, qu'ils s'intéressent à nos emplois et qu'on puisse recruter. Donc, on veut aussi bénéficier de la visibilité qui va avec l'appui financier qu'on va donner, finalement », explique-t-elle.

L'Association minière du Québec (AMQ) a, quant à elle, fait savoir par courriel qu'elle encourage ses membres à s'impliquer dans leur communauté. « L'AMQ ne s'offusque donc pas du tout au fait qu'Eldorado Gold souhaite s'implanter encore davantage dans son milieu et est convaincue que la population de l'Abitibi-Témiscamingue abonde dans le même sens », peut-on lire dans sa réponse.

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