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Hausse du prix du boeuf : casse-tête pour les détaillants et les restaurateurs de la région

La hausse du prix du boeuf, qui atteint de nouveaux sommets après une crise qui s'est échelonnée sur plus de 10 ans depuis la crise de la vache folle en 2003, ne fait pas que des heureux en Abitibi-Témiscamingue.

Un article de Vanessa Limage

Si les éleveurs de bovins de la région se réjouissent de cette hausse du prix du boeuf, d'autres acteurs de l'industrie bovine vivent moins bien ce revirement du marché.

Changement des habitudes de consommation chez les détaillants

Pour certains détaillants, il est notamment plus difficile d'attirer la clientèle avec des produits du boeuf. Le propriétaire, Benoit Tremblay, fait remarquer que le client peut payer aujourd'hui une quinzaine dollars le kilo pour le boeuf haché mi-maigre, qui se détaillait à onze dollars, il y a à peine un an et demi. Il craint que les consommateurs revoient leurs habitudes de consommation.

« Les gens au lieu de manger deux ou trois steaks par semaine pour le barbecue, [ils choisissent] une fois un steak, une autre fois une côtelette de porc, puis une autre fois une saucisse, dit-il. [Donc] finalement, on a vu une augmentation dans d'autres produits. C'est un peu épeurant, soyons honnête parce que si les habitudes alimentaires changent pour de bon, ça va être difficile après pour l'industrie bovine canadienne de retrouver sa part de marché. Ce qu'on veut nous, comme boucherie spécialisée, c'est de donner la meilleure information, mais aussi on ne veut pas que les gens changent complètement leurs habitudes parce que ça reste un gros marché pour nous le boeuf. »

Casse-tête pour les restaurateurs

Les restaurateurs suivent aussi de près la hausse du prix du boeuf. La copropriétaire du restaurant Moulin noir, spécialisé en grillades, calcule qu'il y a eu une hausse de près de 40 % du prix du boeuf depuis un an et demi. Mais pour Alexandra Tzavaras, il n'est pas envisageable d'augmenter la facture du client dans les mêmes proportions.

« Il y a plusieurs endroits qui le font, dans les plus grandes régions, mais ici on ne se voit mal vendre un filet mignon disons à 45-50$ juste pour assurer qu'on entre dans nos frais, illustre-t-elle. Mais oui, dès que les gens voient une augmentation de un ou deux dollars sur une assiette, c'est sûr qu'ils vont avoir une préférence pour par exemple du porc, de la volaille, du poisson ou des pâtes », ajoute-t-elle, précisant qu'il est difficile d'associer une légère diminution de l'achalandage de l'établissement puisque la hausse marquée du prix du boeuf s'est fait ressentir au début de l'été et que le restaurant n'est pas doté de terrasse. Mme Tzavaras note cependant que le boeuf compte aujourd'hui pour 50 % des ventes cette année, comparativement à 70 % l'an dernier.

Pression financière sur les abattoirs

Les abattoirs du Québec peinent aussi à tirer leur épingle du jeu, en raison de la forte compétition dans l'industrie pour l'abattage des bêtes. « Les abattoirs n'ont pas les moyens des géants de l'Ouest américain, plaide le propriétaire des Viandes Forget à Terrebonne, André Forget. Eux, ils ont la majorité du volume des bouvillons abattus au Canada. Ce sont des milliers par jour et puis eux vont dicter les prix. Alors on a augmenté le volume ailleurs, on a augmenté l'agneau. On a augmenté le veau, mais on a baissé le boeuf parce qu'on n'est pas capable d'arriver et de dégager une marge bénéficiaire. J'abattais, il y un an et demi, environ 60 000 kilos par semaine de bouvillon de boeuf. J'en vends peut-être 10 000, 15 000 aujourd'hui! »

Selon André Forget, une façon d'assurer la santé financière des abattoirs dans ce contexte, qui avantage les industries étrangères, ce serait de mettre en place des mesures qui protègent les entreprises québécoises. « Il faudrait avoir pas des mesures protectionnistes, mais on devrait avoir un tarif à l'entrée pour la viande [de boeuf] qui vient d'ailleurs et puis une conscientisation pour acheter local, croit-il. C'est sûr ça va coûter quelques sous du kilo de plus, mais on va garder des éleveurs ici. On va encourager notre économie locale. »

M. Forget ajoute qu'il voit d'un bien mauvais oeil l'avenir des abattoirs au Québec, si les choses demeurent ce qu'elles sont. « Ce n'est pas fini. Mais c'est presque éteint. »

Le Québec ne compte actuellement que six établissements agréés qui font l'abattage de viandes bovines.

Selon la Financière agricole du Québec, la hausse du prix va durer quelques années.

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