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Il y a 40 ans, 13 personnes périssaient dans le lac Témiscamingue

Il y a 40 ans, le Témiscamingue était plongé au cœur d'une véritable tragédie : 13 personnes, dont 12 adolescents, se noyaient dans le lac Témiscamingue lors d'une expédition en canot.

Un texte de Tanya Neveu

Pour marquer la fin de l’année scolaire, 28 élèves âgés entre 12 et 14 ans et 4 adultes de l’école privée de St-John’s, près de Toronto, participaient alors à un voyage de 3 semaines.

Ils avaient pour objectif de traverser le lac Témiscamingue en canot, avec comme destination finale la Baie-James.

Treize personnes ne sont jamais revenues.

Plusieurs citoyens de Témiscaming gardent en mémoire ce triste événement, dont Scott Sorensen, que Radio-Canada a rencontré sur le lac.

Sur le lac Témiscamingue, la journée est belle, le soleil brille et le vent souffle légèrement.

Une journée à l’image du 11 juin 1978, où 28 adolescents et 4 adultes prennent place à l’intérieur de 4 canots.

Ils partaient à l’aventure, espérant faire un voyage de 845 kilomètres. Ils en auront fait à peine une cinquantaine avant qu’un premier canot ne chavire sous l’emprise des vagues, suivi d’un deuxième, plongeant à l’eau plusieurs adolescents.

Si certains ont pu regagner la rive, d’autres n’ont pas eu la même chance. Même s’ils portaient une veste de flottaison, ils sont morts de froid ou d’épuisement.

L’écrivain américain Scott Sorenson possède une résidence près des chutes Topping, entre St-Édouard-de-Fabre et Laniel. Il était à la pêche cette journée-là. Ce n’est que le lendemain, le 12 juin, que son aide sera sollicitée.

Un pilote d’hélicoptère, qui avait aperçu des canots chavirés sur le lac, s’était arrêté chez Scott Sorenson.

« Le pilote d’hélicoptère, Garry Smith, nous a dit qu’il avait vu deux canots et deux corps à 9 km au nord de notre domaine et deux autres canots à 1 km au nord avec trois autres corps. Mon ami et moi avons pris le bateau et sommes partis. Nous avons crié pour voir s’il y avait des survivants », raconte-t-il.

Ce n’est que quelques heures plus tard que des survivants ont été repérés, sur le côté ontarien du lac Témiscamingue. Ils étaient 18.

« Ils nous faisaient des signes, tenant leur veste de sauvetage dans les mains. Je suis allé les rejoindre là où ils venaient de passer la nuit. On les a amenés chez nous, je dirais vers 3 ou 4 h de l’après-midi. Ils étaient traumatisés. C’est normal, 3 d’entre eux venaient de perdre leur frère », se souvient M. Sorenson.

Au même moment, à Ville-Marie, des appels étaient lancés à la radio locale pour trouver de l’aide. Des propriétaires de bateau voulaient participer à la recherche des adolescents disparus.

Plusieurs personnes ont été mobilisées pour les recherches, dont Léo Delorme. Il revit cette époque avec beaucoup d’émotions.

« Je les ai tous vus… en tout cas… c’est des mauvais souvenirs. Des mauvaises visions qui me reviennent encore souvent », confie Léo Delorme.

Faisant partie de la protection civile du Québec, il est parti avec sa chaloupe de 16 pieds et un agent de la Sûreté du Québec.

« L’hélicoptère nous dirigeait où il y avait des corps. On est allé en repêcher un autre. On en a rescapé deux [corps]. J’étais tout crispé, assez que j’avais de la misère à conduire mon bateau. Il faisait froid. L’eau était environ à 8°. On était trempé, parce qu’il y avait une vague qui était entrée dans le bateau. »

À travers le monde, les médias se sont emparés de cette nouvelle. Plusieurs avions et hélicoptères ont débarqué au Témiscamingue. Certains médias ont même offert jusqu’à 400 $ à des plaisanciers pour qu’ils les mènent à l’endroit de la tragédie.

À Radio-Canada, c’est le journaliste Alexandre Dumas qui a couvert l’événement.

Il se souvient très bien de la consternation des gens devant cette tragédie.

« Les gens avaient de la difficulté à exprimer les sentiments qui étaient les leurs. La seule ligne de dénominateur commun que j’ai pu observer, c’est la désolation qui se lisait dans les yeux de tout le monde et l’incompréhension », se rappelle Alexandre Dumas.

Dans son rapport rendu le 7 juillet 1978, le coroner Stanislas Déry avait privilégié la thèse de l’accident. Le coroner notait toutefois plusieurs irrégularités sur l’organisation du voyage, comme le manque de communication entre les canots ou avec le monde terrestre. Aucun plan d’urgence, aucun trajet; seule une carte géographique à petite échelle guidait le groupe de l’école St-John’s.

Depuis une vingtaine d’années, tout près de la tragédie, un arbre est marqué d’une croix en bois rappelant que 13 victimes ont péri dans les eaux du lac Témiscamingue.

40 ans plus tard, les souvenirs refont surface et plusieurs souhaitent honorer la mémoire de ces petites victimes. Quelques survivants et des membres de la famille des défunts devraient d’ailleurs se rendre sur les lieux de la tragédie au début du mois de juillet afin d’y installer une nouvelle plaque commémorative, qui pourra perdurer dans le temps... et dans la mémoire de ceux qui restent.

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