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Industrie du bois : trop d'usines de sciage en Abitibi?

La fermeture de deux usines pour une durée indéterminée dans le secteur de Lebel-sur-Quévillon et Senneterre soulève des questions sur les approvisionnements. Depuis quelques années, les industriels se plaignent de la rareté du bois auquel ils ont accès.

Avec les informations de Claude Bouchard

Trop de scieries?

Il y a quelques jours, Produits forestiers Résolu annonçait la fermeture indéterminée de la scierie Comtois à Lebel-sur-Quévillon à compter de ce vendredi, une décision qui touche 50 travailleurs. Lundi, c'était au tour de Tembec d'annoncer la même chose à ses 148 employés de Senneterre.

Le directeur québécois du syndicat Unifor qui représente les employés de Comtois, Renaud Gagné, note qu'il y a trois scieries dans un rayon de 100 kilomètres. « Il y a une usine de Résolu à Senneterre, il y a une usine de Tembec à Senneterre. La vérité, c'est qu'il y aurait probablement le volume pour une seule usine », soutient-il.

Vérification faite, les deux usines de Senneterre ont une garantie d'approvisionnement de base qui représente 44 % de leur capacité de traitement. La scierie Comtois est approvisionnée à 60 % de sa capacité.

Le vice-président gestion des ressources forestières et de la fibre chez Tembec, Michel Lessard admet que « oui, il y a une rareté. Si on regarde justement l'usine de Senneterre, nous depuis une dizaine d'années, c'est 65 % de notre approvisionnement qui s'est vu couper. »

Garantie d'approvisionnement et refonte du régime forestier

La situation qui prévaut actuellement dans l'industrie forestière implique que les compagnies ont une garantie d'approvisionnement. Pour plusieurs d'entre elles, dont Tembec, ce volume garanti a été diminué au cours des dernières années. Plusieurs raisons expliquent cette baisse, dont la signature de la Paix des braves, la diminution des secteurs disponibles à la coupe en raison des zones protégées ainsi que la refonte du régime forestier, entrée en vigueur le 1er avril 2013.

Parmi les autres changements qui ont été introduits par la refonte du régime forestier, on compte la création d'un Bureau de mise en marché des bois. Son travail est de mettre aux enchères de 20 à 25 % des volumes de bois des forêts du domaine de l'État.

Les entreprises peuvent compléter leur approvisionnement en faisant une demande de volume au Bureau de mise en marché des bois et en participant à ses enchères, « à moins de trouver sur le marché libre ou d'aller chercher le bois plus loin pour combler le manque d'approvisionnement à l'usine », précise Renaud Gagné du syndicat Unifor qui représente les employés de Comtois.

Rareté du bois, augmentation du prix aux enchères

Pour le professeur en politiques forestières et d'évaluation environnementale à la Faculté de foresterie de l'Université Laval, Luc Bouthillier, la situation qui se déroule en Abitibi représente un cas de géopolitique forestière intéressant. « Il n'y a probablement pas tout à fait assez de bois pour rencontrer les demandes de tout le monde et c'est probablement pour ça que dans ce contexte de certaine rareté du bois, bien le mécanisme d'enchères, il induit une hausse des redevances », avance-t-il.

Michel Lessard de Tembec semble abonder dans le même sens. « Je vous dirais que le Bureau de mise en marché des bois en Abitibi nous fait extrêmement mal. À partir de la rareté ou à cause de la rareté du bois qu'on a en Abitibi, il y a une très grande pression pour avoir accès à ses volumes-là, ce qui fait en sorte que ça fait monter les prix à la hausse. Ça peut avoir un effet, je vais utiliser le terme "pervers", d'avoir une trop grande rareté et de prendre un certain volume et le mettre en enchères. Oui, en effet, ça a une pression à la hausse sur les prix et c'est certain que ce n'est pas sans nous nuire », dit-il.

Le ministère défend son régime

Au cabinet du ministre Lessard, on affirme être bien au fait de la situation des usines de l'Abitibi-Témiscamingue. On rappelle que la capacité forestière est calculée par le Forestier en chef. En ce qui concerne le Bureau de mise en marché des bois, il a été créé pour mieux refléter le coût réel du bois sur le marché. Quand les prix montent, effectivement les enchères peuvent monter, mais c'est l'inverse lorsque les prix baissent, indique-t-on. Le gouvernement souligne avoir a aussi diminué de 19 millions de dollars la valeur marchande des bois sur pieds pour les détenteurs d'une garantie d'approvisionnement en avril 2015.

Le ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs qui chapeaute le Bureau de mise en marché des bois n'a pas voulu commenter le dossier.

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