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L'histoire de Khate : changer de sexe en région

Il y a à peine un an, l'Amossoise Khate Lessard vivait à Montréal. Celle qui a d'abord quitté la région en tant que Cédric est finalement revenue en Abitibi afin d'y d'amorcer son processus pour devenir une femme. Rencontre.

Un texte d’Angie LandryD’après une entrevue d’Annie-Claude Luneau

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Khate Lessard a toujours ressenti en elle cette féminité, cette identité de femme.

« J’étais un petit garçon qui jouait avec des jouets de petite fille. J’ai toujours fait comme une petite fille, en fait. Les jouets de petits garçons ne m’ont jamais servi! », raconte Khate Lessard d’emblée.

Autant qu’elle le pouvait, Khate se souvient avoir tenté d’entrer dans le moule et de pratiquer certains sports, « des sports de garçons » comme elle les qualifie, mais toujours sans succès. « Il m’arrivait toujours une grosse gaffe à chaque fois que j’essayais un sport de garçon », avoue-t-elle.

C’est notamment par la gymnastique et la danse que Khate trouvera la voie de la réussite sportive, deux disciplines qui la suivront pendant plusieurs années jusqu’à la fin de l’adolescence.

« L’ami des filles »

« Au primaire, j’étais le petit garçon plus efféminé, qui se tenait plus avec les petites filles », explique Khate. « J’inventais des danses et on jouait aux Barbie », ajoute-t-elle, tout en soulignant qu’aucune remarque face à son identité n’a été soulevée tout au long de son parcours scolaire au primaire.

« Je me suis toujours fait dire de faire des choses de petit garçon, soutient Khate Lessard. Mais il y avait toujours un petit côté féminin qui ressortait… et je ne savais pas de où ça sortait! Pour moi, c’était normal de trouver les petits garçons beaux. J’étais en deuxième année, et c’était normal », affirme-t-elle.

À Montréal, les réponses

Khate Lessard avoue que ce n’est qu’une fois à l’école secondaire qu’un questionnement plus important et concret sur son identité de genre est survenu.

« C’est quelque chose qui me passait par la tête un peu, mais ça me travaillait », dit-elle

Mais c’est en quittant la région pour les études à Montréal que Khate voit les réponses s’éclaircir.

C’est notamment en fréquentant des personnes « qu’elle n’aurait pas trouvé en Abitibi », dit-elle, qu’elle réussit à se poser les bonnes questions par rapport à son identité sur le plan global.

Au fil du temps dans la métropole, la jeune femme a d’ailleurs offert des spectacles de drag queen.

« J’ai aimé ça, mais on dirait que ça s’en venait de plus en plus sérieux. Ce n’était plus nécessairement des maquillages de drag queen que je faisais, c’e n’était plus des costumes de scène que je m’achetais et à un moment donné, j’ai arrêté de m’acheter du linge de garçon. J’avais maintenant ma garde-robe de rêve que j’avais voulu depuis longtemps », raconte-t-elle.

Revenir en Abitibi

Après quelques années, Khate prend finalement la peine de parler de ces changements avec ses parents. Elle estime que cette confession n’a pas été prise au sérieux au départ. « Pour eux, c’était quelque chose comme une "passe" », soutient-elle.

Celle-ci a donc évité d’en rajouter à ce moment, n’étant elle-même pas à l’aise de discuter de ce sujet voyant que ses parents ne comprenaient peut-être pas tout à fait le sérieux de cette réflexion.« C’est pour ça que j’ai donc pris la décision de revenir en région. Ça a été une grosse décision », souligne-t-elle.

Un bon moment a passé entre le retour de Khate à Amos et sa capacité à sortir de la maison familiale « en fille ».

« Je le faisais vraiment à Montréal, mais ici, c’est une petite place et les gens me connaissent beaucoup, donc j’avais un peu peur du jugement des autres, de ce que le monde allait dire », avoue-t-elle.

Avoir l’approbation de sa famille avant tout

Quand les parents de Khate ont démontré une ouverture face à sa situation, il était temps d'en discuter avec les membres de la famille.

La jeune femme avoue avoir mis beaucoup d’énergie pour faire accepter cette décision à sa famille.

« Je savais que je voulais ça, mais il fallait qu’eux l’acceptent pour que moi je l’accepte après. Je suis proche de ma famille, je les aime énormément, mais il fallait ça », dit-elle.

Une transition en région

Un suivi serré se fait pour amorcer un processus médical de transition sexuelle. Des psychologues et sexologues sont notamment impliqués à travers les étapes afin d’assurer une évaluation des aspects psychologiques et sociaux d’une telle transformation physique et mentale pour un individu.

C’est à la suite de ces dispositions que l’hormonothérapie peut enfin être amorcée.

Une procédure qui ne se fait pas sans « montagnes russes ».

« Les émotions!, s’exclame Khate. Veux-tu qu’on en parle? La première semaine, je ne ressentais rien. Je me disais qu’il n’y avait aucun changement. Mais les deux ou trois premières semaines ont amené plusieurs changements physiques et c’est dur émotionnellement! »

Sensibiliser sur les réseaux sociaux

Dès le moment où Khate a ressenti l’approbation de ses parents et une confiance face à la pression sociale qu’elle pouvait alors ressentir, cette dernière a ressenti l’aplomb pour s’afficher et s’assumer publiquement.

« J’ai changé mes choses sur Facebook et sur mes réseaux sociaux, et à ce moment, c’est là que tout a commencé à prendre forme, on dirait », dit-elle.

Sur sa chaîne YouTube notamment, Khate se permet de parler ouvertement de sa transformation, amorcée il y a maintenant quelques semaines.

« Je suis plus à l’aise, on dirait. Ça vient naturellement de faire ces vidéos et j’adore ça! », soutient-elle.

Khate Lessard reçoit en ce sens plusieurs messages positifs de jeunes, autant de l’Abitibi-Témiscamingue que de l’extérieur. « Ça me fait du bien à moi aussi de voir qu’il y a des gens comme moi », souligne-t-elle.

Khate Lessard fait depuis peu des conférences pour sensibiliser àla réalité vécue par les personnes en processus de changement de sexe.

Elle a d’ailleurs tenu des conférences à Rouyn-Noranda et Amos, tant au secondaire que dans les cégeps.

Pour écouter la rencontre intégrale :

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