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L'histoire de la fusion de Rouyn et Noranda, deux villes jumelles pas toujours fusionnelles

Rouyn et Noranda ont longtemps été deux villes voisines qu'on disait « jumelles », mais qui sont loin de toujours avoir été fusionnelles. En 2016, il y a officiellement 30 ans qu'elles ont été fusionnées. Sébastien Tessier, archiviste chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Rouyn-Noranda rappelle que ça aura pris deux référendums pour y arriver!

D'après une chronique de Sébastien Tessier

Rouyn et Noranda, deux villes distinctes

Noranda a été fondée par la compagnie Noranda Mines Limited et a été incorporée le 11 mars 1926 à titre de ville. La compagnie avait alors un pouvoir décisionnel important dans la gestion de la ville. Jusqu’en 1949, un haut dirigeant de la mine fait office de maire. C’est aussi Noranda Mines Limited qui a fait construire la majorité des infrastructures importantes, dont les maisons des employés, l'aréna, le glace de curling, les terrains de golf et de tennis, une piscine, etc.

De l’autre côté du lac, il y a Rouyn, qui devient un village le 5 mai 1926 puis une ville en juin 1927. Au départ, Rouyn était un camp de prospecteur qui s’est rapidement développé une vocation commerciale avec l’ouverture de l’usine de Noranda.

Géographiquement, la frontière entre les deux villes passe par l’hôpital, en direction du palais de justice jusqu’au lac Noranda, aussi connu sous le nom de lac Kiwanis.

Une première tentative de fusion

C'est la publication d'un rapport de la firme Bélanger, Chabot et Cie, en 1980, qui déclenche la volonté chez certains de fusionner les deux villes. Le rapport en question affirmait qu'une éventuelle fusion la fusion permettrait un gain en cohésion, dynamisme et développement. On soulignait que deux administrations municipales rendaient le tout trop lourd. Les conséquences négatives de la fusion étaient rares et à long terme, elle occasionnerait des baisses de taxes.

Un référendum est donc déclenché sur la question. Seule la population de Noranda est invitée à se prononcer sur son affiliation avec Rouyn. Dans le clan du non, mené par Eugène Bédard, les citoyens avaient peur que Noranda devienne une succursale de Rouyn et qu’elle perde son identité et sa fierté. Les gens du non étaient très émotifs durant la campagne. Pour eux, Rouyn se cherchait simplement de nouveaux payeurs de taxes pour réduire les coûts de ses futurs projets immobiliers, tels que la construction du viaduc et l’agrandissement des bâtiments municipaux.

Du côté du oui, avec le Dr Achille Juneau en tête, la coexistence des deux villes était un non-sens. Rouyn et Noranda étaient deux villes similaires qui avaient les mêmes besoins et qui avaient trop de projets en communs pour être deux entités distinctes.

Le référendum a lieu le 3 mai 1981. Le non l’emporte par 51 voix seulement. 1135 personnes se prononcent pour le non contre 1084 pour le oui. Parmi les bulletins, 26 sont rejetés. Bien que le non l’ait emporté, le référendum a créé une scission dans la population de Noranda qui allait inévitablement mener à un autre référendum dans un futur rapproché.

Le référendum de 1986

La seconde valse référendaire débute le 20 janvier 1986 lorsque les maires des deux villes rencontrent le ministre des Affaires municipales à Québec. La loi 190 autorisant le référendum a été appliquée et un décret a été émis pour fixer les conditions administratives et financières de la fusion. On y prévoyait la formation d’un conseil provisoire et la gestion des finances des deux villes. Le protocole a été jugé équitable pour les deux villes par le maire de Rouyn, Jacques Bibeau.

Le 21 janvier débute le recensement des villes de Rouyn et de Noranda pour la création des listes électorales. Cette fois-ci, les habitants des deux villes voteront. Plus de 20 000 personnes pourront voter sur une population de 25 991.

Le Comité anti-fusion mène une campagne très agressive et bénéficie de l’appui du maire Eugène Bédard et de la ville de Noranda qui injecte 51 000 $ dans la caisse du comité. La Ville de Noranda interdit formellement aux sympathisants du oui d’installer leurs affiches « pro-fusion » dans la ville, pendant qu’elle autorise aux « anti-fusionnistes » de placarder la ville avec leurs affiches et banderoles. La Ville de Noranda intente même une poursuite pour faire invalider la loi 190, soutenant qu’elle violerait les droits fondamentaux des employés municipaux et qu’il n’y avait pas de version officielle en anglais.

Du côté du oui, la campagne a été menée de façon posée et raisonnable avec l’appui de la Chambre de commerce et d’une bonne partie de la ville de Rouyn.

Le débat dans les journaux était passionné. Les deux clans s’achetaient des pages complètes pour faire leur propagande. On pouvait y lire des slogans tels que : « Noranda, mon amour », « La fusion, pour grandir ensemble », « La Ville de Noranda ment à la population » et même « La fusion c’est du "rêvage" en couleur! »

C’est finalement le 23 mars 1986 que la population se prononce sur l’avenir des deux villes. Les citoyens votent majoritairement en faveur du oui dans les deux villes, soit par 6032 votes à Rouyn (95%) et par 578 votes à Noranda (56%). Ce chiffre signifie une augmentation de 527 votes en 4 ans à Noranda. Le taux de participation à Rouyn a été de 50 % et 69 % à Noranda.

Après le référendum, le maire Bédard souhaitait toujours que sa demande d’injonction soit acceptée afin d’invalider le résultat du vote populaire.

En 1995, Beaudry, Granada et Lac-Dufault s’ajoutent à la nouvelle ville et, en 2001, toute la MRC est regroupée en une seule ville incluant les villages de Bellecombe, Cléricy, Cloutier, D'Alembert, Destor, Évain, McWatters, Arntfield, Montbeillard, Mont-Brun, Rollet et Cadillac.

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