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L'histoire des journaux à Rouyn-Noranda, du Copper-Gold Era à La Frontière

Les journaux sont d'importants moyens de conserver la mémoire de l'évolution de l'Abitibi-Témiscamingue. À Rouyn-Noranda, plusieurs publications se sont succédées au fil du temps, mais seulement deux ont réussi à s'établir à long terme : le Rouyn-Noranda Press et La Frontière. Sébastien Tessier, archiviste à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à Rouyn-Noranda, a présenté l'histoire des journaux de Rouyn-Noranda dans le cadre de sa chronique historique à l'émission Des matins en or.

Copper-Gold Era : les balbutiements de la presse locale

Avant l'arrivée de La Frontière et du Rouyn-Noranda Press, le journal Copper-Gold Era a été le tout premier à être publié dans la région de Rouyn-Noranda. Il est paru la première fois le 15 septembre 1926. Il s'agissait d'un journal artisanal produit localement par des gens de la communauté des villes sœurs. BAnQ Rouyn-Noranda en conserve des copies papier, d'ailleurs.

Bien que rudimentaire, ce journal imprimé sur quelques pages était le reflet de ce qui se passait dans le camp minier en pleine effervescence.

Le Copper-Gold Era annonce ses couleurs dès sa première parution : son objectif est de rétablir la réputation de Rouyn, notamment face à des rumeurs voulant que des femmes nues soient vues à courir dans les rues de la ville en plein jour et que deux maisons sur trois soient occupées par des « bootleggers ».

Principalement rédigée en anglais, la première édition contenait toutefois un article en français écrit par le premier maire de Rouyn, Joachim Fortin.

Le Copper-Gold Era se détaillait au coût exorbitant de 25 cents la copie, ce qui pourrait expliquer sa courte existence. En effet, son dernier numéro paraît vers les débuts de l'année 1927. À titre comparatif, La Frontière se vendait 5 cents en 1937 et 20 cents en 1972.

Rouyn-Noranda Press : l'organe de la droite

Entre 1929 et 1933, aucun journal local ne paraît. Le Rouyn-Noranda Press arrive à ce moment, s'établissant comme le premier journal à être publié sur une longue période, c'est-à-dire de 1933 à 1990.

Au départ, le Rouyn-Noranda Press faisait surtout la promotion de l'industrie minière avec l'objectif d'attirer les investisseurs américains et canadiens-anglais. Le but était de contribuer au développement de la région. Cependant, ce qui se passait dans la vie quotidienne des gens de la ville était quasi absent du journal.

La situation a toutefois été corrigée avec l'arrivée d'un nouveau directeur de la publication, en juillet 1933. Dan A. Jones améliore le contenu du journal, sans éloigner sa ligne éditoriale de celle du patronat des compagnies minières.

La ligne éditoriale du journal est mise de l'avant lors de la fameuse grève des « Fros », en 1934. Le Rouyn-Noranda Press publiait alors de nombreux articles de propagande anticommuniste et antisyndicale.

En 1939, son tirage de 3000 copies faisait de lui un des plus importants joueurs médiatiques abitibiens. Cependant, sa clientèle décline durant la Seconde Guerre mondiale. Le lent exode de la population anglophone et l'apparition d'un hebdomadaire francophone expliquent en partie cette régression.

Le 24 juin 1937 - la date n'est pas une coïncidence - paraît la première édition du journal francophone La Frontière, alors dirigé par un ardent nationaliste, Georges-Antoine Rioux.

La conjoncture était favorable à l'émergence d'un journal en français. On constatait alors une augmentation de la population canadienne-française à Rouyn grâce à leur entrée dans le monde minier à la suite de la grève de 1934. Au milieu des années 30, les plans de colonisation gouvernementaux contribuent aussi à augmenter la population francophone en créant une douzaine de paroisses autour de Rouyn-Noranda. Jusque-là, le seul journal francophone de la région provenait d'Amos.

L'orientation éditoriale de La Frontière, à ses débuts, était de défendre les intérêts des canadiens-français face aux étrangers capitalistes et communistes qui faisaient la propagande d'une doctrine sociale contraire aux principes de l'Église.

Le rédacteur en chef et éditorialiste, Julien Morissette, était souvent en conflit avec son homologue du Rouyn-Noranda Press, Dan A. Jones. Leur seule orientation commune était la haine pour les communistes.

Après 3 ans d'existence, en 1940, La Frontière est tirée à plus de 3000 exemplaires par semaine. La publication atteint les 6000 copies au tournant des années 1950. Il s'agir d'ailleurs du seul journal régional à s'être vendu à plus de 5000 copies avant 1950.

En janvier 1964, La Frontière est vendue à Jean-Pierre Bonneville, ancien propriétaire du journal Le Progrès, qui donne un ton très polémiste à la publication. Québecor fait l'acquisition de La Frontière en 1974 avant de vendre le journal à Transcontinental 40 ans plus tard, en 2014. Le journal La Frontière est toujours actif.

D'après les informations de Sébastien Tessier

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