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L'histoire des McPherson, une famille métisse en Abitibi-Témiscamingue

Le fait Métis n'est généralement pas associé à l'Abitibi-Témiscamingue. Pourtant, certains pionniers de la région sont bel et bien de cette culture. La famille métisse McPherson est arrivée ici à l'époque de la traite des fourrures et a encore des descendants dans la région. C'est un des faits mis en lumière par le livre Les francophones et la traite des fourrures du Grand Témiscamingue de l'historien rouynorandien Guillaume Marcotte, lancé cette semaine.

Les racines

On peut retracer l’histoire de la famille métisse McPherson jusqu’à la naissance de l’homme du couple fondateur, Andrew McPherson. On se trouve alors à Trois-Rivières, au cours de la décennie 1780.

Engagé par la Compagnie du Nord-Ouest, McPherson devient traiteur de fourrures au Grand lac Victoria, au cœur de ce qui est aujourd’hui la réserve faunique La Vérendrye. Selon toutes vraisemblances, c’est là qu’il aurait fait la connaissance de Marie Pinesi Okijikokwe (ou encore Ikwesens), « probablement une algonquine de l’Abitibi, même si on ne peut pas affirmer à 100 % de quel endroit elle était originaire », précise M. Marcotte. Ils unissent leurs destins et fondent une famille. C’est le début d’un arbre généalogique métis.

Le Grand lac Victoria est l’un des trois postes de traite qui se sont trouvés sur le territoire qui est aujourd’hui l’Abitibi-Témiscamingue, avec le Fort Témiscamingue et le Fort Abitibi. Mais la presqu’île sur laquelle se trouvait ce poste de traite était, avant tout, le lieu d’établissement d’été des Anicinabés, dits Algonquins, qui peuplaient le secteur. Encore aujourd’hui, le village d’été de la communauté autochtone de Kitcisakik s’y trouve. Notons qu'à cette époque, les membres des communautés de Lac-Simon et de Kitcisakik formaient un même groupe.

La vie au quotidien au poste de traite du Grand lac Victoria

« Si on se replonge dans les années 1830, c’est un poste de traite qui est près de la frontière. Ce que la Compagnie de la Baie d’Hudson appelait la vie de frontière, c’était le front de colonisation où des colons étaient envoyés et commençaient à défricher des terres pour des activités agricoles […] Le Grand lac Victoria c’est un des postes remparts. Si on remonte en canot les rivières, disons qu’on quitte la frontière et qu’on entre en pays autochtone, le Grand lac Victoria, c’est un des premiers postes qu’on rencontre sur notre trajet. Donc, il n’y a pas encore de bûcherons, pas encore de colons. Il n’y a que des traiteurs de fourrures et des chasseurs algonquins », raconte Guillaume Marcotte.

« Le poste de traite du Grand lac Victoria, à cette époque-là, il y a environ, cinq ou six employés qui hivernent là, qui sont là à l’année, avec un commis qui travaille pour la Compagnie de la Baie d’Hudson. On a quelques bâtiments : un entrepôt, la maison du bourgeois et la maison des employés », continue-t-il.

« Si on arrive là en plein hiver, il y a cinq ou six personnes seulement. Les Algonquins sont partis chasser sur leur territoire de chasse et reviennent généralement seulement au printemps pour échanger leurs fourrures.Les hivers y sont très longtemps, il ne se passe pas grand-chose durant l’hiver. Le Bourgeois passe son temps à écrire, à lire, à écrire des lettres. Au printemps, là, il y a toute une activité qui se déroule avec l’arrivée des chasseurs, l’échange des fourrures, les canots qui partent, les canots qui reviennent pour l’approvisionnement du poste de traite », décrit l'historien.

Les familles métisses, elles, servent souvent d’intermédiaires, c'est-à-dire de guides ou d'interprètes dans les postes de traite.

François Naud, une nouvelle branche de l'arbre généalogique

Au cours de la première moitié des années 1830, le voyageur François Naud, à l’emploi de la Compagnie de la Baie d'Hudson (HBC), vient s’installer au poste du Grand lac Victoria. Il y fait la rencontre d’Elizabeth McPherson, fille d’Andrew. Mariés à la « façon du pays », c’est-à-dire sans prêtre, François et Elizabeth ont plusieurs enfants.

Au cours de l’été 1838, Naud prend sa retraite de la HBC et, par le fait même, le poste du Grand lac Victoria en direction de Montréal. Sur son chemin, il rencontre le missionnaire Bellefeuille. Celui-ci décrira plus tard l’équipée qu’il avait rencontrée.

« Le deux d’août après avoir passé le 25e et dernier rapide ou portage, nous rencontrâmes un grand canot chargé d’une vingtaine de personnes en comptant hommes, femmes et enfants. C’était la famille du ci-devant commis du Grand lac et celle de son gendre qui s’en allaient à Montréal. »

« À Montréal, on est en pleine crise. C’est la rébellion des Patriotes avec la répression britannique qui suit, rappelle Guillaume Marcotte. Donc, la famille McPherson et François Naud sont en mauvaise posture dans ce contexte-là. »

Sainte-Marie

La décision est prise de retourner en forêt, vers le nord. Rejoignant un groupe de voyageurs, ils s’installent au lac Sainte-Marie, situé entre les actuelles villes de Maniwaki et Gatineau. De façon indépendante, ils fondent le village de Sainte-Marie. Contrebande d’alcool, traite de fourrure de manière indépendante, travaillent avec les bûcherons « C’était des gens très indépendants ces Métis-là qui faisaient les choses comme ils l’entendaient », souligne M. Marcotte.

Devant les inquiétudes de la Compagnie de la Baie d’Hudson en ce qui concerne le commerce de fourrure indépendant des Métis de Sainte-Marie, Andrew McPherson est muté dans l’ouest de l’Ontario.

Des missionnaires ayant passé par là mentionnent plusieurs « sauvagesses » mariées à des canadiens-français. C'est donc dire que Métis, Autochtones et Canadiens se mélangent à cet endroit. D'ailleurs, la sœur d’Elizabeth McPherson, Philomène, unit son destin à celui du voyageur Louis Fournier en 1841.

Guillaume Marcotte arrive à la conclusion que « de nos jours, plusieurs descendants [d’Andrew et Marie Pinesi McPherson], tant en Ontario, qu’en Outaouais, qu’en Abitibi-Témiscamingue […] ont conservé une forte identité métisse. »

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