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L'histoire du Paris Café, un restaurant populaire et cosmopolite qui a marqué Rouyn-Noranda

Durant plus de 50 ans, le Paris Café de la rue Principale de Rouyn-Noranda était un restaurant très populaire où familles, travailleurs, adolescents et fêtards se sont relayés sur les banquettes. La Brochetterie Grecque, qui occupait ses anciens locaux depuis 1986, s'apprête à laisser sa place à un Boston Pizza. Mais pour toute une génération, les souvenirs du Paris Café demeurent vifs.

Le Paris Café immortalisé dans un roman

« Marie se lève, elle ne retouche même pas ses cheveux avant de sortir, elle ne prend pas son sac. Dans le soir moins âcre que le jour, car le vent a rabattu vers le nord les fumées des hautes cheminées, il reste une odeur de poudre. « Dans cette ville, c’est un parfum », dit-elle sitôt franchi le coin de la rue […] Au coin du Paris Café, devant le vert des vitres opaques et sous les odeurs de frites que pousse le ventilateur, on est au cœur de la ville. Des adolescentes s’échangent des cigarettes avant de s’y enfermer encore une heure. » Lise Bissonnette décrivait ainsi le centre-ville de Rouyn dans son roman Marie suivait l’été. L’ex-directrice de la Grande Bibliothèque de Montréal et éditorialiste au Devoir, notamment, y évoquait ses souvenirs de jeunesse.

L'angle des rues Principale et Mgr Tessier était effectivement le centre nerveux du centre-ville de Rouyn-Noranda. L'historien Benoit-Beaudry Gourd rappelle qu'à une certaine époque, deux marchés publics se trouvaient sur la rue Noranda. Les cultivateurs pouvaient aller y vendre leur récolte, de la viande ou du bois de chauffage alors que les citadins y allaient pour acheter leurs victuailles. Le secteur était animé.

Shoestrings et Boston cream pie

Invités à partager eux aussi leurs souvenirs du Paris Café sur la page Facebook d’ICI Abitibi-Témiscamingue, plusieurs internautes de la région gardent aussi de vifs souvenirs de jeunesse de l’endroit. Une majorité de souvenirs rapportés sont campés dans les années 50 et 60. Sorties entre amis, blind dates et autres rencontres sont racontées. Certains se souviennent de jukebox aux tables. Ne manquerait que Marlon Brando, cheveux gominés, buvant un lait frappé au bar.

Pour certains, le restaurant du centre-ville était un lieu où on allait casser la croûte avec ses parents lors des journées de magasinage. L’endroit était réputé pour ses frites juliennes ou d’appellation populaire, ses shoestrings. Semble que le plat était particulièrement bon quand on y ajoutait de la sauce.

Pour d’autres, le Paris Café était l’endroit où aller manger un morceau à la fin de « soirées bien arrosées ». L’endroit était ouvert 24 heures sur 24, dit-on. Aussi, à l’instar du tout aussi fameux Dick Woo Radio Grill, on y servait un riz frit au poulet accompagné d’un « ordre de toasts »! Cette étrange tradition d’accompagner des mets chinois de rôties est devenue une coutume populaire chez bien des gens de la région.

Mais le plat qui est revenu le plus souvent dans les différents souvenirs évoqués par les anciens clients du Paris Café était plutôt servi au dessert. La tarte à la crème Boston du restaurant était carrément « la meilleure au monde », déclare Paul Trépanier. De nombreux internautes gardent un délicieux souvenir de cette fameuse tarte, au point où certains ont voulu en retrouver la recette.

Symbole cosmopolite

M. Trépanier, consultant en patrimoine, histoire de l’art et de l’architecture, ajoute qu’« il n’y a qu’à Rouyn où un restaurant chinois (il me semble que c’était la famille Chan) pouvait s’appeler "Paris Café" et être célèbre pour son spaghetti italien et sa Boston Cream Pie. » En effet, le Paris Café représente bien la société cosmopolite de Rouyn-Noranda à cette époque.

« La rue Mgr Tessier , alors appelée Noranda, est au couer de la vie communautaire des immigrants. On y trouve plusieurs maisons de chambres, le marché public ainsi que les salles communautaires des Polonais et des Finlandais », souligne Benoit-Beaudry Gourd dans son livre Avec le rêve pour bagage.

D’ailleurs, Marta Saenz de la Calzada, fraîchement arrivée d’Espagne à la fin des années 60 se souvient être allée au Paris Café « manger une omelette espagnole ». « On a été pour le moins mystifiés [mon mari] et moi quand on a reçu notre plat. Ça n’avait rien à voir avec ce qu’en Espagne est une omelette espagnole! », raconte-t-elle.

Le Paris Café fait partie des nombreux restaurants chinois qui ont été tenus à Rouyn-Noranda, dont l'Hollywood Café, le Royal Café, le New Horne Grill, le Radio Grill, La Pagode, le Nankin...

Un des plus anciens restaurants de Rouyn-Noranda

L’année exacte de l’ouverture du Paris Café demeure à confirmer. Cependant, certains éléments permettent d’avancer que le restaurant soit un des plus anciens de Rouyn! En effet, dans l’édition du 5 novembre 1926 du journal La Gazette du Nord, on cite le journaliste Émile Benoist du Devoir. « Il n’y a probablement pas de villes au monde qui ait une population plus disparate, plus cosmopolite que Rouyn. L’on y retrouve des Mexicains et des sujets de la reine Marie la Roumaine […] et même des Asiatiques, les propriétaires du Café de Paris, notamment, d’authentiques Chinois », écrit-il. Des photos disponibles à la BAnQ Rouyn-Noranda montrent également le Paris Café en 1927 et 1929, environ, avec pignon sur la rue Perreault.

À quel moment l’édifice de la rue Principale a-t-il été érigé? L’information n’est pas complète. Mais M. Jean Racicot, ancien membre du conseil d’administration de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda, affirme y avoir été client de 1941 à 1946, alors qu’il travaillait pour « le chemin de fer ». En 1941, les rues du centre-ville de Rouyn-Noranda n’étaient pas encore pavées, mais le somptueux édifice de la rue Principale s’y dressait déjà, au travers d’anciens « shacks » en bois rond datant des balbutiements de la ville.

Le Paris Café ferme ses portes au tournant des années 80. Les propriétaires d’origine chinoise, Gary et Pinkie Chan, seraient alors déménagés à Toronto. On peut donc affirmer que l’institution a été en affaires pendant plus de 50 ans!

Au début des années 80, le restaurant est converti en bar et renommé Le Manic. Des spectacles de danseuses érotiques sont donnés au deuxième étage, alors que des combats de femmes dans la boue sont souvent organisés au premier étage.

En 1986, c’est La Brochetterie Grecque qui investit le bâtiment, y demeurant 30 ans.

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