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L'incendie de l'hôtel Albert en 1938 : une des pires tragédies de l'histoire de Rouyn-Noranda

L'incendie de l'hôtel Albert est une des pires tragédies de l'histoire de Rouyn-Noranda. Sept personnes ont perdu la vie dans le brasier survenu au milieu de la nuit du 11 au 12 novembre 1938. Après toutes ces années, plusieurs éléments demeurent nébuleux dans cette affaire. L'archiviste à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) de Rouyn-Noranda, Sébastien Tessier, est revenu sur ce terrible événement dans le cadre de sa chronique archives à l'émission Des matins en or.

Un texte de Félix B. Desfossés

Un mineur en peine

C'est aux petites heures du matin, vers 3 h, que résonne l'alarme d'incendie dans les corridors de l'hôtel Albert. Le foyer du brasier se trouve dans la chambre 23 de l'établissement emblématique de la rue Principale, à Rouyn.

La chambre 23 est occupée par John Grant. Ce soir-là, le jeune travailleur minier attendait sa femme. Elle devait arriver en train le vendredi soir. Elle n'est jamais arrivée. Esseulé, il noie sa peine dans l'alcool. Affecté par l'alcool et achevé par l'heure tardive, il s'endort avec une cigarette allumée à la main. La cigarette serait tombée sur la robe qu'il avait achetée à sa femme. L'incendie aurait ainsi pris naissance.

Des sauvetages et des actes héroïques

Un mouvement de panique suit le retentissement de l'alarme. Le brasier prend de l'ampleur très rapidement. Les pompiers dépêchés sur place sont contraints de faire plusieurs sauvetages in extremis, puisque la fumée et les flammes bloquaient les issues de secours. Les victimes devaient être sorties par les fenêtres à l'aide d'échelles.

Certains désespérés sautaient sur les toits des immeubles adjacents. Un dénommé John Dolan s'est suspendu à l'enseigne de l'hôtel en attendant le secours des pompiers. Les flammes sortant par une fenêtre, ses vêtements prennent feu. Il est brûlé au deuxième degré.

Alex Leclerc, secrétaire-trésorier de la Ville de Rouyn, s'accroche à un poteau de téléphone pour s'enfuir. Il court ensuite réveiller les occupants du bâtiment voisin, l'hôtel Commercial.

Malgré l'intervention des pompiers de la Ville de Noranda et de la mine Noranda appelés en renfort, en moins de deux heures, l'hôtel Albert est réduit en cendres. Outre les opérations sauvetage, les pompiers ont surtout concentré leurs énergies à protéger les bâtiments avoisinants.

Selon des témoins, les flammes se sont élevées jusqu'à une hauteur de 100 pieds dans les airs. Selon un autre témoin, la chaleur était tellement intense que les fenêtres de l'hôtel Windsor, situé de l'autre côté de la rue, fondaient. Le système de gicleurs de l'édifice Reilly se serait lui aussi déclenché, bien que ce bâtiment se trouvait à 200 pieds de l'incendie.

L'hôtel Albert n'est pas le seul édifice à être la proie des flammes. Le feu s'est propagé à plusieurs commerces adjacents, détruisant l'hôtel Commercial, le garage Régaudie, les deux magasins Ansara, l'épicerie Bastien ainsi que deux maisons situées rue Horne, à l'arrière de l'hôtel. Les dommages sont évalués à 300 000 $ à l'époque.

L'origine du brasier

À la suite des événements, les journaux locaux tentent d'expliquer les faits. Selon le rapport du Coroner, cité par les journaux à l'époque, John Grant, le jeune mineur en peine d'amour, a été interrogé à deux reprises par les policiers afin qu'il fournisse sa version des faits.

Lors de son premier témoignage, Grant aurait affirmé ne pas avoir consommé d'alcool ce soir-là. Il soutient avoir quitté sa chambre après avoir aperçu un peu de fumée, mais aucune flamme.

Selon Ambroise Brouillard, un pompier ayant participé à l'opération, Grant serait sorti par la fenêtre arrière de l'hôtel pour aller chercher de l'aide au garage Régaudie, mais en vain. Il aurait tenté cette solution plutôt que d'aller avertir le garçon de nuit. Ce n'est qu'après être revenu bredouille du garage qu'il serait retourné à l'accueil de l'hôtel pour annoncer qu'un feu était en cours dans sa chambre.

Selon le récit des journaux de l'époque, lors de son deuxième interrogatoire, Grant avoue qu'il était en état d'ébriété le soir de l'événement et qu'il a vu des flammes avant d'évacuer sa chambre. Lorsqu'on lui demande pourquoi il a nié avoir consommé de l'alcool, il répond : « Je ne m'en souvenais pas, mais M. Coutu [propriétaire de l'hôtel Albert] m'a rappelé qu'on m'avait vendu une bouteille de bière vers 11 h 30. Et lorsqu'on lui demande s'il était ivre, il offre comme réponse : « On m'a dit que oui. »

Un témoignage nébuleux

Les aveux de John Grant semblent assez clairs sur les origines du brasier. Mais en ce qui concerne le fil des événements et l'intervention des pompiers, le témoignage de Milton Jones, un jeune ingénieur minier de la Noranda, vient semer la confusion.

Jones affirme que les pompiers sont arrivés 25 minutes après le déclenchement de l'incendie. Il dit avoir eu le temps de sauver trois femmes et un enfant avant leur arrivée. Toutefois, d'autres témoins soutiennent qu'il n'y avait pas d'enfant à l'hôtel durant l'incendie.

L'ingénieur minier affirme également avoir averti le garçon de nuit de sonner l'alarme à 3 h 05. Pourtant, l'alarme aurait été officiellement déclenchée à 3 h 25, selon la standardiste qui a reçu l'appel d'urgence. Les pompiers seraient arrivés à 3 h 30 sur les lieux.

La confusion persiste aujourd'hui puisque les journaux de l'époque se contredisent sur l'heure exacte du déclenchement de l'alarme. Une publication spéciale du Rouyn-Noranda Press sur la tragédie mentionne que l'alarme aurait sonné à 2 h 50.

Pour compliquer les choses, Jones a entrepris de contacter lui-même le journal Toronto Star à 5 h du matin pour leur donner sa version des faits et leur fournir des photos de l'incendie. Il aurait mentionné au quotidien torontois que les pompiers sont arrivés une heure après le déclenchement de l'incendie, omettant de dire que ces pompiers arrivés tardivement étaient de Noranda, appelés en renfort. L'article du Toronto Star publié le 12 novembre sème l'émoi chez les autorités de la Ville.

Une ville en deuil

Plus de 200 personnes ont assisté à la session d'ajournement de l'enquête où le jury s'est entendu pour dire qu'il s'agissait de morts accidentelles.

Le jour des funérailles, le maire de Rouyn, J. O. Tardif, ordonne la fermeture de tous les commerces et entreprises de la ville afin que la population entière puisse assister aux obsèques des victimes. 1500 personnes, sans compter les gens rassemblés à l'extérieur, s'entassent à l'église Saint-Michel pour rendre un dernier hommage aux 7 victimes de l'incendie de l'hôtel Albert.

L'hôtel Albert a été reconstruit après l'incendie. L'entreprise est toujours en activité de nos jours. Il s'agit d'un des commerces emblématiques de la rue Principale, à Rouyn-Noranda.

D'après une chronique de Sébastien Tessier

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