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L'Infonie de retour sur vinyle : la troisième naissance de Raôul Duguay et Walter Boudreau

Le 16 décembre, L'Infonie sera de retour... sur vinyle! L'étiquette montréalaise Mucho Gusto, spécialisée dans la réédition de musique underground, donnera une troisième vie à l'album Vol. 333 sur lequel le « personnage » du Valdorien Raôul Duguay a lancé son premier « alllô! ». Walter Boudreau, chef d'orchestre du collectif, y signait la composition Paix, oeuvre phare de L'Infonie.

L'Infonie à son apothéose

Fondée en 1967, L’Infonie prenait sur scène une géométrie variable. Ils ont compté jusqu’à 33 artistes sur les planches, dont certains jouaient des instruments – incluant le Quatuor de Jazz libre du Québec – alors que d’autres faisaient de la peinture (dont l'Abitibien Roger Pellerin) ou encore de la poésie en direct. Affublés de toges et de chapeaux aux allures presque ‘pataphysiques, on comprend que L’Infonie nageait en plein courant hippie.

En 1972, au moment de lancer Vol. 333, L’Infonie était à son « apothéose », de dire Raôul Duguay, qui se voulait le grand prêtre de ce collectif multidisciplinaire. « L’Infonie était au maximum d’une créativité vraiment originale et innovatrice », juge-t-il. Duguay et Walter Boudreau, génie musical derrière l’orchestre, ont créé cette unité musicale dont l’objectif était l’expérimentation, l’ouverture d’esprit à 360 degrés, la projection de la culture québécoise vers une avant-garde artistique qui emboitait le pas au Refus Global.

La maison de disques Mucho Gusto sentait la nécessité, il y a près de dix ans, de ramener cette musique sur CD. « Tu regardes les dates où c’est sorti, tu regardes le contenu : prog, free jazz, musique contemporaine… en comparatif, ils étaient en avance et en plein dans ce qui se faisait du côté de Sun Ra, peut-être de Zappa aussi un moment donné. Vraiment, c’est incontournable au niveau du poids que ça a pu avoir sur la culture au Québec », affirme Nicolas Bouchard, copropriétaire de Mucho Gusto.

Paix

En ouverture de l’album, « c’est la grande œuvre de Walter [Boudreau] qui s’appelle Paix, qui est en deux segments, ce sont deux côtés de disque complets », explique Raôul Duguay. Boudreau l’a divisée en 50 mouvements. D’ailleurs, M. Boudreau a insisté pour retourner en studio et retoucher la matrice du disque avec minutie.

Selon plusieurs observateurs, Paix est l’œuvre phare de la discographie de L’Infonie. Mais c’est aussi « la seule dans laquelle j’interviens personnellement, sur le plan vocal. Comme c’est en 1972, je pense que c’était la première fois que j’enregistrais dans un studio où j’étais soliste », se souvient Raôul Duguay. Bien que Vol. 333 était le troisième disque du groupe, ce dernier avait déclamé des poèmes, joué de la trompette, mais il n’avait pas encore chanté sur album.

Le premier « alllô! »

Paix débute avec un « alllô » de Raoûl Duguay « flyé » et « capoté ». « C’est la première fois que je chantais [sur disque et je commence avec] "alllô, tout le monde", ce que j’ai fait pendant 50 ans et que je fais encore. Je ne fais jamais un spectacle sans dire "alllô" et faire chanter tout le monde. C’est comme une tradition qui est partie d’une manière très concrète ici, mais c’était tout improvisé! », raconte-t-il. Ce moment d'anthologie peut être entendu ici, sur la page Bandcamp de L'Infonie/Mucho Gusto.

NDLR : Raôul Duguay écrit et prononce ses « alllô » avec trois « L ».

Retour vers le futur

Après une première édition sur vinyle en 1972, une deuxième édition sur CD et cette troisième édition sur vinyle en 2016, la boucle est bouclée avec Vol. 333.

Raôul Duguay salue le retour de la musique de L’Infonie sur vinyle. « Il y a une sensibilité, il y a des nuances que l’on saisit dans l’analogue qui sont insaisissables dans le numérique parce que le numérique a tendance à uniformiser les densités et les intensités et même les couleurs des instruments. Je pense que ce retour à l’origine du phonogramme, en quelque sorte, est le facteur qui est souligné par la nouvelle génération qui dit : « On veut avoir la source ».

Le numérique est plus froid, l’analogue est plus chaud. Il représente vraiment une réalité telle que l’enregistrement s’est fait.

Raôul Duguay

« Il y a toujours eu un goût assez prononcé au Québec pour tout ce qui est progressif – ne serait-ce qu’avec Harmonium récemment, c’est assez monumental! Je crois que l’auditeur, les fans [de l’époque] vont y retrouver leur plaisir, vont se resituer dans l’époque et dans ce que ça représente et pour le nouvel auditeur, c’est une super aventure… ça va dans tous les sens ce truc-là, s’étonne encore Nicolas Bouchard. C’est vraiment, vraiment far out! »

333

L’Infonie a lancé quatre albums au cours de sa carrière, intitlés, en ordre chronologique, Vol. 3, Vol. 33, Vol. 333 et Vol. 3333. Pourquoi cette récurrence du chiffre trois? « Ça a l’air drôle, mais en réalité, c’est un élément structurel, explique l’artiste. Ça aide dans la composition. Par exemple : je travaille avec les fractals. Les fractals sont basés sur le triangle équilatéral, donc, qui contient trois triangles, qui contiennent trois triangles, etc. Donc, le trois représente l’infini pour nous. L’Infonie vient du mot « infini » : l’infini qui sonne. L’infini audible. »

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