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La crise du logement à Val-d'Or frappe durement les personnes à faible revenu

La hausse du prix des loyers et le peu de disponibilités de logements constituent des obstacles majeurs pour les travailleurs à faible revenu à Val-d'Or. C'est ce que constatent plusieurs acteurs du milieu.

Un texte de Thomas Deshaies

Dans les derniers mois, l'organisme la Piaule, qui vient en aide aux personnes en situation d'itinérance, est intervenue auprès de travailleurs, comme le rapporte leur président, Stéphane Grenier. « Ce sont des personnes qui se sont déplacées d'autres localités, même de l'extérieur de la région, parce qu'il y avait de l'emploi à Val-d'Or. Mais la faiblesse de leurs revenus ne leur permet pas d'avoir n'importe quel appartement », constate-t-il.

Il invite les employeurs à faire preuve de vigilance, notamment parce que les intervenants de la Piaule ne constatent que « la pointe de l'iceberg ».

Taux d'inoccupation en baisse et hausse du prix des loyers

Le taux d'inoccupation à Val-d'Or est de 1,7 %, alors qu'il se situait à 3,1 % en 2016. Le prix moyen des loyers a également considérablement augmenté dans la dernière décennie, et ce, partout dans la région. Le coordonnateur de l'Association des locataires de l'Abitibi-Témiscamingue (ALOCAT), Bruce Gervais, affirme que les données de la Société canadienne d'hypothèques et de logement démontrent qu'il y a eu une hausse moyenne de plus de 40 % entre 2005 et 2018.

Le développement de projets miniers d'envergure fait croire à Bruce Gervais que la situation deviendra de plus en plus difficile pour les personnes ayant un faible revenu. « C'est clair que cela va impacter sur le prix des logements, c'est sûr. Il n'y a pas beaucoup de logements, on n'en construira pas tant, il va se construire des logements plus de luxe, et ils vont coûter plus cher, bien sûr », craint-il.

Malgré la construction de plusieurs logements sociaux à Val-d'Or dans les dernières années, plus de 11 % des locataires de Val-d'Or consacrent plus de 50 % de leurs revenus à leur loyer.

Stéphane Grenier estime quant à lui qu'il est normal que les retombées positives tardent à se faire sentir. Il explique que ce sont les personnes vivant dans une « cohabitation toxique » qui bénéficient en premier lieu de ces nouvelles portes. « C'est-à-dire, monsieur et madame tout le monde qui restent ensemble, mais qui ne s'aiment plus. Quand il y aura de la disponibilité, ils vont se séparer, explique-t-il. Ce n'est pas pour rien qu'en 2016 (lorsqu'il y avait davantage de logements inoccupés), on a vu le taux de signalements (à la Direction de la protection de la jeunesse) diminuer, alors que la courbe de la crise du logement s'est un peu réduite. »

Un marché déréglementé

M. Gervais craint que certains propriétaires soient tentés de procéder à des hausses drastiques des loyers. « C'est un marché qui n'est pas réglementé », s'insurge-t-il.

Du côté de la Régie du logement, on rappelle que le propriétaire est dans l'obligation d'indiquer le prix le plus bas payé au cours des 12 mois précédant le début du bail.

Lors d'une entente via un bail verbal, le propriétaire doit acheminer un écrit obligatoire au locataire, dans les 10 jours suivant l'entente. « On doit y retrouver essentiellement les mêmes informations que le formulaire standard du bail », précise leur porte-parole, Denis Miron. Il est également illégal d'exiger un dépôt.

Plusieurs démarches sont en cours pour faire face à la crise, alors que les représentants du milieu municipal, des gens d'affaires et des locataires, s'entendent avec une certaine unanimité sur le sérieux du problème.

Pour Stéphane Gernier, le développement de coopératives d'habitation pourrait être une autre option intéressante. Il estime que les citoyens corporatifs pourraient appuyer financièrement ce type d'initiative.

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