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La marquise de la Scène Paramount sera détruite

La marquise de la Scène Paramount de Rouyn-Noranda sera détruite. Devant la désuétude avancée de l'enseigne, l'entreprise Les Frangines, propriétaire de la salle, se voit contrainte d'adopter cette solution. Le rideau tombe sur un des derniers vestiges de l'époque où Rouyn-Noranda était peut-être la « capitale québécoise du cinéma ».

Un article de Félix B. Desfossés

« Une grande responsabilité historique »

La décision n’a pas été facile à prendre. « On n’avait pas réalisé en achetant la Scène Paramount de la responsabilité qu’on aurait, admet Danielle Roy, copropriétaire de l’entreprise Les Frangines qui possède le bâtiment. Selon plusieurs experts, on serait propriétaires de la dernière enseigne authentique de la ville de Rouyn… C’est le fun, mais c’est une grande responsabilité historique! »

La marquise d’inspiration art déco a été conçue en 1948, au même moment où l'institution de la rue Gamble a été construite. Les propriétaires promettent de conserver ce cachet. « L’enseigne actuelle, la structure est trop maganée pour penser la rénover alors on va carrément enlever l’enseigne actuelle pour en mettre une nouvelle qui va être pas mal dans le même style, assure Mme Roy. Un peu plus actuelle quand même. C’est sûr que l’enseigne qu’il y a là présentement, il y avait 800 lumières là-dessus! Là, on va en avoir 100! »

Les lettres de l'enseigne seront conservées et mises en valeur à l'intérieur du bâtiment. La marquise devrait disparaître au début du mois de mai.

Un renouveau pour la Scène Paramount

Pour Les Frangines, cet élan de renouveau concorde avec le 15e anniversaire de l’entreprise. La Scène Paramount deviendra leur quartier général. « On y déménage le 1er juin nos bureaux administratifs, on a rénové à l’intérieur, on fait installer une fenêtre, on va rénover la marquise et on a d’autres projets qu’on annoncera sous peu. On voulait, en 2017, marquer [le fait] que ça va faire 15 ans que Rachel et moi on est en affaires. Alors on voulait se payer le luxe de marquer 2017 de façon importante et on a décidé de centraliser ces énergies-là à la Scène Paramount », indique Danielle Roy.

« Tellement dommage »

Comme Les Frangines, Michel Lessard ne cache pas sa tristesse de voir cette enseigne disparaître. « Je trouve ça tellement dommage qu’on ne puisse pas la restaurer. C’est la dernière relique visible de la présence du cinéma dans quasiment la capitale du cinéma québécoise à l’époque… c’est triste », déplore l’ancien professeur de cinéma au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue et principal spécialiste de l’histoire du cinéma à Rouyn-Noranda.

Rouyn-Noranda, capitale québécoise du cinéma?

Si le cinéphile affirme que Rouyn-Noranda a été une capitale du cinéma, c’est que ses recherches historiques ont permis de démontrer que la fréquentation des cinémas dans les villes sœurs était « phénoménale » à une certaine époque, dit-il.

« Le nombre de sièges, c’est absolument incroyable. Par exemple, à la fin des années ’40, il y a au-delà de 2800 sièges pour une population de 22 000. Les statistiques nous démontrent qu’en ’49 précisément [on dénombre] 760 000 entrées. En moyenne, si on divise par 365 jours, ça donne au-dessus de 2000 entrées de moyenne par jour! », lance-t-il.

La marquise, un symbole

Le cinéma Paramount a été construit en 1948. M. Ted Soucy en a été le gérant durant de nombreuses années, jusqu’à son décès. Sa femme a ensuite pris le relais, jusqu’à ce que la salle soit vendue à la famille Gaudreault. En 1996, le cinéma ferme ses portes afin de laisser place au complexe multisalles de la rue Perreault. L’entreprise Les Frangines achète la salle en 2010. Avec sa marquise prominente, le cinéma Paramount est demeuré un symbole de la vitalité passée du cinéma dans les villes jumelles.

Le tabouret de « Madame Bonbon »

Fait intéressant, Michel Lessard conserve un artefact de la belle époque du cinéma Paramount : le tabouret de « Madame Bonbon ». Quelque temps avant que le bâtiment ne soit vendu aux Frangines, le maniaque d’histoire du cinéma visitait la salle avec Pierre Gaudreault, alors propriétaire.

« Je vais avec lui et je suis intéressé à voir l’envers du décor, derrière la scène, ce qu’il y avait. On descend dans une sorte de sous-sol derrière la scène et il y avait le tabouret de "Madame Bonbon", raconte-t-il. On l’appelait "Madame Bonbon", c’était son tabouret derrière le petit snack-bar où elle vendait des barres de chocolat, de la réglisse, du popcorn et tout ce qu’on pouvait se procurer. C’était son banc. Pierre me dit : "Si ça t’intéresse, tu peux l’apporter!" J’ai sauté dessus assez rapido, merci! C’est un artefact qui est assez intéressant pour moi, qui date sûrement des tout débuts du Paramount… 1948, l’année de ma naissance en plus! »

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