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La protection des milieux humides menace-t-elle le développement de Val-d'Or ?

Le commissaire industriel de Val-d'Or, Jean-Yves Poitras, soutient que les nouvelles normes gouvernementales en ce qui concerne la protection des milieux humides ne sont pas viables pour le développement du parc industriel de Val-d'Or.

Avec les informations de Thomas Deshaies

Rappelons que la Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques a été adoptée par l'Assemblée nationale du Québec le 16 juin 2017. Elle prévoit une série de mesures de protection, dont l'obligation pour les entreprises qui construisent dans un milieu humide, de verser une compensation financière au gouvernement. Auparavant, il était possible d'éviter de payer, en proposant un projet de création de milieux humides.

L'argent récolté va dans un fonds administré par Québec précise par courriel le relationniste du ministère de l'Environnement, Clément Falardeau.

M. Falardeau affirme qu'il s'agit d'une « mesure transitoire ». Un projet de règlement sera en effet publié au plus tard le 16 juin 2018 et définira les modalités pour que les entrepreneurs puissent de nouveau proposer leur propre projet de compensation des milieux humides.

Le commissaire industriel de Val-d'Or, Jean-Yves Poitras, soutient cependant que cette nouvelle loi n'est pas adaptée à la réalité abitibienne et empêche le développement du parc industriel de Val-d'Or.

Compensation trop élevée?

« La compensation qu'on nous a annoncée est de 20 $ du mètre carré. Un terrain développé avec une rue, on le vend aux alentours de 13 $ du mètre carré, explique M. Poitras. Quelqu'un qui voudrait s'installer chez nous, ça lui coûte donc 33 $ du mètre carré pour être propriétaire. »

Les acheteurs ne seraient pas prêts à payer un tel montant, selon lui. « Ça remet en question tous les plans de développement de la ville », s'insurge-t-il.

Le parc industriel de Val-d'Or est situé dans un territoire « présumé en milieu humide », explique M. Poitras. « Le développement de la ville a été planifié sur un territoire où il y a plusieurs années, n'avait pas de contraintes environnementales », indique-t-il, tout en précisant qu'il ne s'oppose pas à des mesures de protections de l'environnement à « l'échelle humaine. »

M. Poitras estime aussi que les délais au ministère sont de manière générale beaucoup trop longs et coûteux.

Jean-Yves Poitras estime que l'objectif du gouvernement d'aucune perte nette de milieux humides est inapplicable dans la région. Il aimerait que les municipalités aient la responsabilité de déterminer un pourcentage du territoire à protéger. « Les autres portions de ces milieux pourraient être utilisées pour du développement urbain, tranche-t-il. Laissons aux municipalités le soin d'en faire le développement sans être obligé de compenser. »

Selon le préfet de la MRC, Pierre Corbeil, près de 40 % de la région serait constitué de milieux humides. Une proportion beaucoup plus importante qu'au sud de la province, qui est plutôt de 8 %. « Si on n'appliquait pas en Abitibi-Témiscamingue quelque chose qui va dans le centre-ville de Montréal ou sur l'île des Sœurs, on raccourcirait les délais et on serait plus efficace dans nos développements », mentionne M. Poitras.

L'OBVAJ invite à la prudence

Du point de vue de la directrice générale de l'Organisme de bassin versant d'Abitibi-Jamésie (OBVAJ), Geneviève Mongeau, ce n'est pas parce qu'il y aurait davantage de milieux humides en région, qu'il est moins important de les protéger. « Je ne suis vraiment pas d'accord avec le fait que parce qu'on en a beaucoup, on devrait en protéger moins », s'exclame-t-elle.

Elle précise qu'il y a un déficit de connaissance sur la quantité et qualité des milieux humides. La nouvelle loi obligera d'ailleurs la MRC de mettre sur pied un plan de gestion des milieux humides dans les prochaines années.

Rappelons que les milieux humides et hydriques ont une fonction essentielle à la vie. « Faut vraiment faire une analyse du territoire pour les MRC avant de faire quoi que ce soit, plaide Mme Mongeau. Ce sera un travail de plusieurs années puisque c'est quelque chose qui n'existe pas. » Elle concède cependant qu'il s'agit d'un enjeu majeur pour la MRC de la Vallée-de-l'Or et Val-d'Or, qu'on présume être entouré de milieux humides.

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