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Le ballon rond comme moyen d'intégration en Abitibi-Témiscamingue?

Le soccer peut-il favoriser l'intégration des nouveaux arrivants? Alors que le coup d'envoi de la Coupe du monde vient d'être donné en Russie, ICI Abitibi-Témiscamingue s'est demandé si cette discipline pratiquée sur les cinq continents pouvait en partie contribuer à l'intégration des nouveaux arrivants, alors que la région est aux prises avec une pénurie de main-d'oeuvre. Récits croisés.

Un texte d'Émilie Parent-Bouchard

Mardi soir, après l'heure du souper. Deux équipes de la Ligue de soccer mixte de Rouyn-Noranda (LSMRN) croisent le fer au terrain St-Luc, secteur Noranda-Nord. Il fait soleil. L'ambiance est détendue. Des enfants encouragent leurs parents.

Sur le terrain, des Français, des Tunisiens, des Sénégalais, des Marocains d'origine se mêlent aux Québécois. Les mots d'encouragement aux accents colorés fusent. « Encore, encore, on essaie encore! Pression! Pression! Pression! », lance tout sourire Ousseynou Kamara, débarqué du Sénégal pour compléter un baccalauréat en génie électromécanique à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et qui dit « s'être fait plein d'amis avec le football ».

Faire bouger les étudiants internationaux

La conseillère en services aux étudiants étrangers de l'UQAT, Ann Gervais, l'admet d'emblée : dès qu'ils arrivent en ville, les étudiants des quatre coins du monde s'informent sur les sports qu'il est possible de pratiquer à Rouyn-Noranda. Le soccer est souvent parmi les premiers cités.

« Je trouve vraiment que c'est un sport intégrateur. Je les oriente beaucoup vers la LSMRN, parce que c'est l'intégration autant des hommes que des femmes. C'est aussi multiculturel, c'est un bon moyen de rencontrer des gens et de s'intégrer dans la ville », explique celle qui évolue aussi depuis huit ans dans cette ligue sociale, qui compte plus de 550 joueurs, dont environ le dixième sont issus de l'immigration.

« Les étudiants trouvent ça drôle de me voir sur le terrain!, poursuit-elle. On a vraiment du plaisir, et c'est vraiment facilitant pour les intégrer, les rencontrer, prendre un verre, discuter. [...] On peut poser des questions : Quand est-il arrivé? Pourquoi est-il ici? On apprend à les connaître et souvent aussi les conjointes, les enfants viennent, donc c'est aussi un bon moyen pour [eux] de s'intégrer et de rencontrer des gens. »

Au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, on utilise même la carte des équipes collégiales lors des missions de recrutement à l'étranger.

Trouver un job à la mi-temps?

Le président de la LSMRN, Jocelyn Lévesque, qui est aussi directeur général de la Société d'aide au développement des collectivités (SADC) de Rouyn-Noranda, confirme que chaque année, les étudiants internationaux viennent grossir les rangs de la ligue. Il ajoute cependant que les entreprises sont de plus en plus conscientes de l'importance des facteurs extérieurs au marché du travail pour la rétention des travailleurs.

« On a les classiques, les firmes d'ingénierie, des minières qui embauchent des professionnels, des spécialités et ainsi de suite, illustre-t-il. On est un "à côté" du besoin de main-d'oeuvre : les gens viennent ici, mais ils viennent aussi ici pour vivre. »

Selon lui, la question revient si souvent dans les entretiens d'embauche à l'international que certains employeurs n'hésitent pas à commanditer des équipes complètes, tant pour cimenter l'esprit d'équipe entre employés que pour faciliter l'intégration des nouveaux venus.

« J'avais des discussions récemment avec une firme d'ingénierie qui disait que parmi les questions d'embauche qu'ils reçoivent, rapidement vient : ''Est-ce qu'il y a du soccer à Rouyn-Noranda?'' Avant, les gens passaient des entrevues et on leur [demandait s'ils jouaient] au hockey, maintenant ils sont embauchés parce qu'ils sont de bons joueurs de soccer! »

Immigration réussie grâce au ballon rond

Le Sénégalais Sanéo Thioub confirme que bien des marchés se concluent sur les lignes de côté : offres de stages ou d'emplois, des couples se forment même parfois. Et lui-même ne s'en cache pas : le soccer a joué un rôle « très important » dans son intégration. Littéralement.

Débarqué à Montréal après un doctorat en physiologie du sport complété en France, il visite des amis à Rouyn-Noranda lors d'un week-end d'hiver. C'est le coup de foudre instantané. Pas de circulation. Les grands espaces. Une ville qui s'arpente à pied et où il fait bon vivre.

Quelques mois plus tard, il postule sur un poste de coordonnateur régional de Soccer Abitibi-Témiscamingue, l'une des 18 associations régionales affiliées à la Fédération de Soccer du Québec. Quelques années plus tard, il obtient le poste de directeur technique du Club de soccer Boréal de Rouyn-Noranda. Puis, il fait venir sa femme du Sénégal.

« J'ai une petite fille de deux ans et demi qui est là également. On se sent bien à Rouyn-Noranda! Et c'est grâce au soccer que je me suis retrouvé à Rouyn-Noranda. C'est pour ça que j'encourage tous les immigrants à aller vers les clubs dans toute la région. Oui, jouer pour la santé, pour se maintenir en forme, mais aussi jouer pour se faire des amis, pour se créer un réseau. »

Et pourquoi pas pour trouver l'amour?

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